Personne n'avait jamais fait tout le tour de l'Irlande à la nage. Il aura fallu 338 heures en mer réparties sur cinq mois au nageur irlandais Daragh Morgan, 27 ans, pour y parvenir. En 1 468 kilomètres, il a relié l'Ile a elle-même, baie après baie, cap après cap. Mais derrière les chiffres et l'exploit, se cache une aventure habitée par la patience, le froid, les rencontres et un amour profond pour un pays dont il est fou amoureux.
Daragh Morgan est entré dans la légende tranquille des hommes de mer. À 27 ans, ce nageur d’endurance irlandais a bouclé ce que beaucoup pensaient impossible : un tour complet de l’Irlande à la nage. En suivant le littoral, il a parcouru 1 468 kilomètres répartis sur 99 sorties en 93 jours et 338 heures passées en mer lors d’un périple de cinq mois. Cette performance repose sur une succession d’aubes froides, de plateaux de houle, de jours d’attente au mouillage et de petites victoires intimes : les dauphins aperçus sous l’eau, les plages découvertes, les mains serrées en arrivant dans un village côtier… Morgan a fini son voyage cette semaine. Ses premières brasses remontent au 31 mai dernier.
Le projet, mené sous la bannière « Swim Éire », a démarré depuis Galway, à l’ouest de l’île. Daragh Morgan a nagé par étapes de durées variables - environ quinze kilomètres par jour avec des pics à plus de trente kilomètres selon les courants. Un format appelé « tidal-assisted stage swim » (« nage par étapes assistée par les marées ») qui tire profit des courants et exige une minutieuse planification météo, logistique et humaine. Les journées actives alternaient avec des jours d’attente dus à de mauvaises conditions météo. Au cours de cette longue traversée, le nageur aura vécu un apprentissage permanent. Rien ne lui aura été épargné, les eaux froides, les bancs de méduses, les frottements, mais aussi les jours d’immobilité dans l'attente d'un créneau météo. Au fil des jours, la mer pouvait se révéler une précieuse alliée ou une redoutable adversaire.
Collecte de fonds pour les sauvetages en mer et les sans-abris
Daragh Morgan n’est pas un « surhomme », sur son site et sa page de collecte de fonds, il se présente comme un « adventure athlete » animé d’une « passion inarrétable pour la nage en mer et les défis d’endurance ». Le projet est né d’un double amour : l’entraînement et l’Irlande. « Comment combiner ces deux amours infinis ? », disait-il en résumé de sa motivation. Il semblerait qu’il ait trouvé la solution. Interviewé par la presse locale à son arrivée, Morgan a évoqué ses six années de préparation, d’essais avortés et d’attente, mais aussi son équipe, prête à l’accompagner jusqu’au bout.
Né à Dublin avant de grandir à Waterford puis de s’installer à Galway, Daragh Morgan ne sort pas du moule classique des athlètes de haut niveau. Rien, dans son enfance ou son adolescence, ne le destinait à devenir le premier homme à boucler à la nage le tour de l'Irlande. Pas de pedigree de champion junior, pas de filiation avec des nageurs élites : seulement un gamin attiré très tôt par la mer, puis un jeune adulte qui découvre dans l’endurance une façon de structurer sa vie. À l’Université de Galway, où il décroche un master en Ag Innovation, il développe même un petit business de pains et scones à base d’avoine : Daragh & Oats. À côté, il enchaîne les défis sportifs : longues traversées en mer dans la baie de Galway, ultras, triathlons, escapades de deux jours vers les îles d’Aran. Rien de professionnel au sens strict : Morgan travaille dans la vente et le marketing chez Innocent Drinks, une marque de boissons connue pour ses smoothies. Une vie simple, entre job classique et passion chevillée au corps.
Ses posts Instagram et certaines séquences vidéo montrent aussi un homme chaleureux, avide de rencontres, qui partage ses moments de mer. Sa façon à lui de raconter l’Irlande, plage après plage. Swim Éire n’était pas seulement un défi sportif. Morgan a lié son aventure à une collecte au profit de la RNLI (The Royal National Lifeboat Institution, une ONG pour le sauvetage en mer) et de la Simon Community (association d’aide aux sans-abris) qui ont pu ainsi réunir environ 27 000 €.
Un exploit qui raconte un homme et un pays
Sur le plan sportif, la réussite tient à trois piliers : préparation physique, préparation mentale et logistique. Daragh Morgan n’est pas un spécialiste d’une seule discipline. Son profil est celui d’un athlète d’endurance. Il connait les efforts longs et répétitifs. Morgan insiste aussi sur l’aspect mental, « un élément central ». Les jours de fatigue extrême, l’ennui du roulis, les heures d’attente au mouillage exigent de se plier à une discipline quotidienne et de fonctionner par « petite victoire, l’une après l’autre ». Sur le plan logistique, Swim Éire a nécessité une équipe de soutien qui a géré la météo, sa sécurité et sa nutrition. L’approche « par étapes » demandait d’anticiper les marées, de choisir des mouillages sûrs et de prévoir des fenêtres de passage pour les caps difficiles comme Malin Head ou Mizen Head. Une approche qui n'aurait pas été possible sans le soutien des clubs, pêcheurs et petites embarcations locales.
La fin du périple a été symbolique : à l'issue de presque cinq mois en mer, Morgan a bouclé la boucle au large de la côte de Clare, après un dernier tronçon qui a tenu tout le monde en haleine. Plusieurs journaux locaux racontaient les derniers miles comme une « dernière bataille » face aux éléments. Morgan a transformé l’Irlande en un parcours intime à son image, celle d'un homme calme, tenace, curieux, fou de son pays dont il ne lasse jamais, pour « sa beauté, sa folie, la mer, la terre, le temps… tout », dit-il.
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