Après la traversée du Loch Ness, il y a tout juste un an, et celle du lac Tahoe fin août, c’est un exploit de plus à son palmarès que le nageur français Stève Stievenart peut afficher depuis lundi dernier : la traversée du lac Memphremagog, à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Une première pour un Français, et une nouvelle étape de bouclée pour Stève : la Triple Couronne des Lacs des Monstres. Presque une formalité pour ce nageur hors normes pour qui la nage en eaux libres est devenu la raison de vivre.
Dans le milieu, on appelle ça le circuit de la Triple Couronne des Lacs des Monstres. Les trois monstres en question ? Nessie pour le Loch Ness bien sûr, mais aussi Tessie, sur le Tahoe – le plus grand lac de montagne des États-Unis, à cheval entre deux États, la Californie et le Nevada - et enfin Memphré au Memphremagog, à la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. Une nouvelle performance - 18 h 22 de nage pour relier les 40 km du Canada aux Etats-Unis - que depuis le lundi 12 septembre, Stève Stievenart peut ajouter à un CV déjà bien fourni comptant déjà la Triple Couronne (La Manche, Tour de Manhattan et Santa Catalina - Los Angeles) ainsi que la double Triple Couronne (La Manche en aller-retour - Two-way -, deux tours de Manhattan et Santa Catalina - Los Angeles en aller-retour.
Surnommé « Le phoque » par ses amis anglais, Stève Stievenart, vit en effet au rythme des marées. Nageur de l’extrême, c’est aussi un militant écologiste, farouche défenseur des océans, car, il le répète souvent : la nage l’a sauvé. Dix ans plus tôt, suite à une séparation compliquée, il ne voit plus ses enfants. Il a 34 ans et professionnellement, rien ne va. Ce touche à tout sans diplôme se raccroche alors à ce rêve de gosse, celui qui à 7 ans admirait, avec son grand-père, les départs pour la traversée de la Manche. Rapidement, il prend la décision d’aller voir Kévin Murphy, 70 ans. Une pointure dans le domaine qui a rallié pas moins de 34 fois l’Angleterre à la France à la nage. S’en suit alors une préparation de trois ans. Au programme pour l’athlète basé à Wimereux dans le Pas-de-Calais : deux entraînements par jour, dont un de nuit, suivi de séances de méditations quotidiennes pour apprendre à canaliser sa respiration, très utile lors des longues traversées. Pour nager dans une eau à 15°C, Steve doit aussi s’habituer au froid, à base de douches froides dans son jardin entre autres. Dans son sport, les combinaisons sont interdites.
Pour lutter contre le froid, justement, il prend également du poids – 47 kg en quatre ans. Son régime de sportif de haut-niveau consiste à manger un 1 kg de poisson gras (sardines, maquereau, hareng) par jour ! Le tout réparti en 5 repas qui « sont assimilés très rapidement par l’organisme, isolant et apportant le carburant nécessaire » selon le nageur. Un programme élaboré à l’aide d’un nutritionniste, directement inspiré de celui des animaux marins, ce qui lui vaut son surnom, « Steve le phoque ».
Après quelques années d’entraînement, il vient à bout, en 2018, de sa première traversée de la Manche, 34 km minimum qui peuvent considérablement s’allonger du fait des courants. Constamment suivi par un bateau, qu’il n’a pas le droit de toucher, Steve rencontre des méduses, des poissons, des algues et… des porte-conteneurs. « Quand on nage, on a l’impression qu’un building passe à côté de nous, ça crée des vagues de 2/3 mètres, c’est assez impressionnant » raconte-t-il à France TV Sport. Depuis ce premier succès, le nageur enchaîne les exploits.
Premier Français à boucler le Two-Way (aller-retour Angleterre-France à la nage, 35 h d’effort) en juillet 2020 et la traversée du lac Baïkal (120 km en relais, dans une eau oscillant entre 5 et 9°C) l’année d’après. Un mois plus tard, en août 2021, il devient le premier Français à traverser le mythique Loch Ness, en Ecosse. Un exploit réalisé par seulement vingt-cinq personnes avant lui, dont son entraîneur britannique, Kevin Murphy. « On avale beaucoup d’eau, parce que les vagues arrivent de l’arrière, avec des creux d’un mètre parfois », en raison de la « météo très changeante » dans les Highlands. Et puis, « on a constamment le regard dans l’eau, et ça devient vite angoissant. Quand la nuit arrive, la tension est palpable », se souvient-il.
On l’aura compris, nager fait partie de son équilibre. Il y a pourtant fait des mauvaises rencontres, comme ce jour où il s’est retrouvé coincé dans un filet de pêche abandonné à la dérive. L’un des déclencheurs qui l’a conduit à faire de la pollution des océans son combat. S’il se fait discret vis-à-vis de ses prochains objectifs sportifs, il ne cesse de s’engager pour lutter contre les 6,5 millions de tonnes de plastiques déversées chaque année dans les mers, ce fléau qu’il perçoit à chacun de ses entraînements. Pour sensibiliser l’opinion publique Steve a ainsi fondé l’association Stop Plastic Pollution. Son objectif ? Collecter les objets abandonnés rejetés par la mer, trouver des alternatives au plastique et informer les enfants dans les écoles.
Pour en savoir plus sur les exploits de « Steve Le Phoque », prenez le temps d’écouter ce podcast, « Steve Stievenart, nageur de l’extrême » de la série « Vie d’aventure ».
Article initialement publié en mars 2022, mis à jour le 14 septembre 2022.
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