Une montée très exigeante, un engagement total sans repère visuel en descente, une pente entre 55° et 60°. Additionnés, ces facteurs font de « Pas de rose sans épine » (5.6 E4), une ligne située sur l’Epéna (3421 m), en Vanoise, l’une des descentes de ski de pente raide les plus exigeantes au monde. Voilà ce que viennent de réaliser Xavier Cailhol et Symon Welfringer. Ce dernier, auréolé d’un Piolet d’Or, confirme sa palette impressionnante de talents. Une polyvalence qui lui permet de briller en escalade jusqu’au très recherché 9e degré, autant que dans les contrées himalayennes. Il nous raconte en détails ce dernier projet, revenant pour nous sur tous les ingrédients lui ayant permis de signer cette première.
« Cette face, on la regardait avec Xavier Cailhol depuis quelques semaines » se remémore Symon Welfringer. « C’était un des derniers gros projets de pente raide dans les Alpes. Mais au niveau des conditions, c’était toujours compliqué ». Il fallait en effet avoir à la fois beaucoup de neige en altitude et des températures assez douces afin qu’elle puisse coller aux surfaces les plus verticales. Ce qui a été le cas cette année. « On a eu un hiver très particulier, pas forcément très propice pour l’alpinisme » poursuit-il. « Parce que les faces étaient souvent neigeuses. Et les plaquages n’étaient pas forcément très intéressants en haute altitude. Mais par contre, ça a donné de superbes condis pour le ski de pente raide »
« On voyait que la face se remplissait au fur et à mesure » détaille Symon Welfringer. « L’idée, c’était vraiment de tenter le coup. Il n’y avait vraiment aucune certitude quant à la réussite du projet. Parce que tu peux très bien monter et te rendre compte qu’en fait ça ne passera pas ».

Beaucoup d’inconnues au départ
Un projet mené avec l’éthique propre à Symon Welfringer : relier la face à vélo. « On est partis jeudi dernier depuis Albertville » raconte-t-il. « Ça fait un petit 70 bornes de vélo, avec les skis et tout. On était quand-même bien chargés parce que le matos de ski pèse vite lourd. […] Mais finalement, ça ne nous a pas impactés physiquement, je pense. On a plus fait ça pour le côté sympa de l’approche à vélo […] Et ça nous aussi servi de sas de décompression une fois la descente achevée ».
Départ vendredi aux alentours de deux heures du matin. Et ce, avec beaucoup de données inconnues. « Car qui dit bonnes conditions en ski, dit mauvaises conditions en alpinisme » souligne Symon. Résultat : beaucoup de neige, des plaquages pas forcément très solides. « On a donc mis beaucoup de temps à faire les deux premières longueurs. Et au final, ça passait. […] Plus on montait, plus les conditions de neige avaient l’air intéressantes. Et stables, c’est quand-même important »
Arrivés au sommet, vers 13 heures, les deux alpinistes, estimant que c’est « trop pourri là-haut » désescaladent sur une centaine de mètres. « On n’a pas réussi à chausser les skis depuis le sommet. On n’avait pas envie de tenter le diable » explique Symon.



Une descente où engagement et concentration sont de mise
Les skis au pied, ils se rendent compte à quel point les conditions sont exceptionnelles. « Ca nous a donné envie de poursuivre l’aventure » se souvient l’alpiniste. « C’était raide, ça faisait peur. Mais ce sont des sensations très chouettes, très différentes de ce que l’on peut retrouver en grimpe ou en alpinisme. Parce que la gravité va forcément t’emmener vers le bas. Il suffit de se laisser glisser, en étant capable de se retenir à tout moment. Il y a un équilibre à trouver. Est-ce que tu tentes ton virage ? Est-ce que tu temporises un peu ? Comment tu vas lancer ton virage ? ». Tant de paramètres qui confèrent aux deux skieurs une importante charge mentale. « Ça ne dure pas longtemps, entre 3h et 3h30. Mais pendant ce temps-là, t’es vraiment focus à 2000% » insiste Symon Welfringer.
« C’est marrant parce que physiquement, ça ne nécessite pas des capacités de dingue. Mais ce qui est vraiment important, c’est la concentration. Et ce, pendant de longues heures » poursuit-il. La clé de cette descente ? Savoir s’engager. « Ta pente est suspendue au milieu de la face, avec 400 mètres en-dessous de vrai vide. Ça plonge. Si bien que visuellement, ton œil n’a pas de ligne de fuite, de repères qui pourraient lui permettent de se dire ‘Ok, ça va s’arrêter à cet endroit-là’ » décrit Symon Welfringer. « Tu as l’impression que ça ne va jamais s’arrêter. Parce que ça plonge dans le vide. […] Alors tu fais un peu abstraction. Tu essaies de compartimenter ta pente. En te disant que c’est un espace clôt, imaginant des limites autour de la zone que tu as envie de skier. Comme des piquets transparents ».



Symon Welfringer : « J’ai éprouvé cette peur qui me rend exigeant »
Pour l’alpiniste, le ski de pente raide est une activité plus proche de l’alpinisme. « Le ski que tu fais dans ces pentes-là, ce n’est pas du ski de géant ou de slalom » explique-t-il. « C’est vraiment de l’agilité. Et il faut surtout savoir dompter le vide autour de toi. Pour faire ça, il est essentiel d’être bon en montagne, plutôt qu’en ski. Et une fois que tu te sens habile dans ce milieu, tu auras moins de mal à exprimer ton ski. […] J’ai senti que mes capacités de grimpeur m’avaient beaucoup servi. Être dynamique, avoir de bons réflexes, être agile, me sentir dans mon élément. J’avais confiance dans la neige, je sentais que mes skis tenaient. J’avais peur. Mais c'est cette peur qui me rend exigeant envers moi-même. Qui fait que je suis bon à ce moment-là ».
Mais outre la performance, qui fait de cette ligne l’une des plus difficiles au monde, Symon Welfringer et Xavier Cailhol ont voulu mettre en avant « le potentiel de l’Epéna, une montagne hyper sauvage au cœur de la Vanoise où il reste encore plein de belles choses à ouvrir ».
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