S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Vincent Colliard Chute dans une crevasse
  • Aventure
  • Exploration

L’explorateur polaire Vincent Colliard chute dans une crevasse : « Nous avons commis de grosses erreurs »

  • 6 juin 2025
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

« C’est un moment effrayant où l'équilibre de la vie était au bord du gouffre », rapporte le Français à l’issue de l’accident qui a failli lui coûter la vie fin mai. Le Français était engagé depuis 38 jours dans une traversée à ski en autonomie de 1 100 km de l'île d'Ellesmere au Canada avec le Norvégien Børge Ousland quand il a chuté dans une profonde et étroite crevasse avec son traîneau. Par chance, il en est sorti indemne, mais profondément choqué, comme on le voit dans la vidéo qu’il a partagée sur Instagram. Ce n’est pas la première fois que les deux explorateurs polaires se retrouvent confrontés à des conditions extrêmes, aggravées ces dernières années par le réchauffement climatique.

« L’accident s’est produit il y a dix jours alors que nous sortions de la calotte glacière Agassiz [ sur l'île d'Ellesmere, au Canada] » écrivait hier Vincent Colliard. Héritier spirituel de Børge Ousland, il s’est engagé avec l’immense explorateur polaire dans un ambitieux projet, Ice Legacy. Une série d’expéditions à ski traversant les vingt plus grandes calottes glacières de la planète. Une aventure un peu folle montée afin d’évaluer, en prise directe, l’état de santé de ces témoins d’exception dont l’étendue et la surface diminuent dramatiquement. « Depuis l'accident, nous avons pris un peu de recul et décidé d'en parler en toute transparence. », poursuit le Français. «  En fait, nous avons commis de grosses erreurs. Nous avons baissé la garde car nous étions fatigués : déjà 26 jours que nous avançons, c’est très éprouvant pour le corps. Nous avons peut-être agi avec trop de confiance. Nous connaissons pourtant les exercices de sécurité : nœud de blocage relié à l'arrière des traîneaux, tension maximale sur la corde, accès facile au kit de sauvetage en crevasse / portage de ce dernier, etc ».

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Vincent Colliard (@vincentcolliard)

Des précautions qui n’auront pas suffi : Colliard a chuté dans une étroite crevasse dont il est sorti miraculeusement indemne. Une issue heureuse qu’il doit notamment à son expérience. Le Français a plus d’une trentaine d’expéditions à son actif. La plupart du temps en solo. Bien qu’il lui arrive parfois de partir à plusieurs, notamment aux côtés de sa compagne, Caroline Coté – exploratrice et cinéaste québécoise, détentrice du record féminin sur la traversée du pôle Sud en solitaire et sans assistance. « Il a toutes les qualités, la passion pour l’aventure, sans assistance, les valeurs morales, sans compter qu’il est doté d’une force physique incroyable », nous résumait son mentor norvégien, Børge Ousland, début 2023, alors que l’explorateur français préparait une expédition en Arctique.

Reste que tout aurait pu être différent, si Ousland n’avait pas été à ses côtés le jour de l’accident. Les deux hommes, âgés respectivement de 36 et 62 ans, voyagent en autonomie totale, et ne peuvent compter que l’un sur l’autre. Trois générations ont beau les séparer, Ousland reste un partenaire hors pair. Doté de capacités physiques et mentales exceptionnelles, il est dans la droite filiation d’un Fridtjof Nansen ou d’un Roald Amundsen, ses compatriotes norvégiens. Comme eux, c’est un dur à cuire, tôt confronté à des univers plutôt hostiles. Son environnement immédiat, la Norvège bien sûr, mais aussi les grands fonds marins, où pendant dix ans il a exercé le métier hautement dangereux de plongeur pour l’industrie pétrolière, avant d’intégrer les forces spéciales norvégiennes, les « Marinejegerkommandoen ».

De quoi forger un homme, et placer très haut le curseur en matière d’adrénaline. De quoi aussi lui fournir un mental d’acier dans les situations les plus extrêmes. Tous ceux qui ont partagé ses expéditions ou l’ont vu s’y préparer sont unanimes. Børge Ousland est parfaitement dans son élément dans ce monde que la plupart d’entre nous considérerions comme franchement hostile. Autonome, minutieux jusqu’à la maniaquerie, champion du monde de la préparation, il sait anticiper le moindre problème qui pourrait vite devenir fatal par -40°C. Ses maîtres mots ? « Savoir acquis et expérience accumulée », dit Benoit Heimermann, son biographe.

A la publication de sa remarquable biographie, Børge Ousland, rencontré à Paris, nous expliquait les qualités essentielles en milieu polaire :

Il faut anticiper, deviner, lire comme personne la glace, exploiter au mieux ses capacités physiques et mentales », mais aussi « savoir régler tous les problèmes qui, forcément, vont surgir en cours de route. Et donc être multitâches. Sans parler bien sûr d’être capable d’endurer la souffrance et de rester vigilant.

« J’observe constamment et attentivement mon environnement pour discerner ce qui pourrait mal tourner, histoire de pouvoir anticiper», poursuivait-il. «C’est quelque chose que j’ai développé lors de mes plongées en eaux profondes. Tu dois rester très focus quand tu sais que ta vie tient au moindre détail. Tu comprends alors que dans ces conditions, la seule personne sur laquelle tu peux compter, c’est toi. Toi seul. En milieu polaire, c’est pareil. Tu essais de décrypter le moindre détail, voir pourquoi ce monticule de glace a l’air soudain si bizarre. Tu es alors incroyablement présent dans l’instant, ce qui te sert aussi dans ta vie en général. »

Une ligne de conduite mise à mal par la fatigue il y a dix jours. Les deux explorateurs en sont parfaitement conscients et redoublent aujourd’hui de prudence : « Nous sommes de nouveau sur nos gardes avec des précautions triples », explique Vincent Colliard qui reste confiant. «  Nous sommes toujours en route pour tenter une traversée complète sans assistance de l'île d'Ellesmere. C'était un moment magique de revoir la lumière du soleil et de s'éloigner de l'obscurité de ce trou ».


Hamilton, Steffen, Dansercoer, Bhatia, tous disparus dans des crevasses en zone polaire

Dire que Vincent Colliard l’a échappé belle lors de l’accident survenu il y a dix jours sur l'île d'Ellesmere n’est pas exagéré. Depuis qu’avec Borge Ousland, il est impliqué dans l’Ice Legacy Project, les deux explorateurs ont dû relever toutes sortes de défis dans un environnement dangereux et faire face à des immensités de neige fondue, un brouillard épais et surtout d’innombrables crevasses, dont beaucoup auraient pu leur être fatales. Avant eux, d'autres explorateurs et scientifiques n’ont pas eu leur chance et ont trouvé la mort. Les corps ont rarement été retrouvés.

  • Octobre 2016, l’Américain Gordon Hamilton, de l'Institut du changement climatique de l'Université du Maine, perd la vie alors qu'il menait des recherches sur le terrain en Antarctique. Sa moto neige est tombée dans une crevasse.
  • Août 2020, c’est le Suisse Konrad Steffen, un éminent chercheur sur le changement climatique, qui a un accident fatal au Groenland. Il chute dans une crevasse remplie d'eau lorsque la neige cède sous lui. Il se trouvait alors à une centaine de mètres de son camp.
  • Juin 2021, le célèbre explorateur polaire belge, Dixie Dansercoer, chute dans une crevasse de 90 mètres de profondeur sous les yeux de ses coéquipiers. Son corps n’a jamais été retrouvé. Il avait exploré l’Antarctique avec Alain Hubert en 1998, battu le record du monde de la plus longue expédition non motorisée au pôle sud en 2012 avec Sam Deltour, écrit de nombreux livres sur les expéditions polaires et co-fondé l’agence Expeditions Unlimited. Lors de l’accident, il s’était lancé dans une nouvelle mission au Groenland, aux côtés du Canadien Sebastien Audy et de la Néerlandaise Johanna Adriana Simone Maria. Leur objectif : réaliser environ 2200 kilomètres en snowkite, de Narsarsuaq au sud à Qaanaaq au nord-ouest, tout en menant des recherches scientifiques sur le dérèglement climatique.
  • Août 2023, la Canadienne Maya Bhatia biogéochimiste et professeure agrégée à la faculté des sciences de l'Université de l'Alberta, tombe dans une crevasse du glacier Jackman alors qu’elle effectuait l’un de ses nombreux voyages de recherche dans la communauté inuit, au Nunavut. Son accident sera très controversé, car elle n’aurait pas respecté les procédures de sécurité. « Maya Bhatia survolait en hélicoptère le glacier Jackman, près de Grise Fiord, dans le Haut-Arctique, le 16 août 2023, lorsqu'elle a vu un filet d'eau [où elle comptait faire un prélevement] et pris la décision en une fraction de seconde qui allait mettre fin à sa vie », rapporte la presse canadienne. « La chercheuse a demandé au pilote d'atterrir pour prélever un échantillon d'eau sur le glacier. Le pilote a accepté, mais en raison des conditions, il n'a pas pu faire atterrir l'hélicoptère. Bhatia est descendue sur l'immense plaque de glace sans équipement de sécurité approprié ( pas de crampons, piolet, harnais, cordes ni de mousquetons). Quelques minutes plus tard, elle a glissé dans le ruisseau où elle allait chercher de l'eau. Elle a été entraînée sur plus de deux kilomètres dans les eaux tumultueuses avant de tomber dans un puits vertical d'une profondeur estimée à 20 mètres. Présumée morte dans les jours qui ont suivi sa disparition. Son corps n'a jamais été retrouvé. »

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

coupures journaux Raymond Maufrais
Marina Abello Buyle

Disparu dans la jungle en 1949, l’explorateur Raymond Maufrais est déclaré mort 76 ans plus tard

Chris Brown Explore
Marina Abello Buyle

Après les Seven Summits et les 14×8000, la nouvelle quête des pôles d’inaccessibilité

Nouria Newman Kayak
Marina Abello Buyle

Sans carte, Nouria Newman part explorer une rivière inconnue aux confins du Sikkim

Kārlis Bardelis
Maxime Dewilder

Kārlis Bardelis, premier homme à traverser l’Atlantique et le Pacifique à la rame, s’est fait la belle pour toujours

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications