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coupures journaux Raymond Maufrais
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Disparu dans la jungle en 1949, l’explorateur Raymond Maufrais est déclaré mort 76 ans plus tard

  • 19 mars 2026
  • 6 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Si l’histoire de Raymond Maufrais refait surface aujourd’hui, ce n’est pas tant pour raviver le souvenir de ses aventures au cœur de la Guyane que pour clore, enfin, une disparition demeurée sans réponse pendant plus de sept décennies. Soixante-seize ans après s’être volatilisé dans la forêt amazonienne, l’explorateur français a été officiellement déclaré mort mercredi par le tribunal judiciaire de Cayenne. L’occasion pour nous de retracer son odyssée pionnière, portée par une forme d’insouciance.

« Il aurait 99 ans aujourd’hui, cela laisse peu de place au doute ». Selon Le Monde et l'AFP, la mort de Raymond Maufrais a été fixée au 13 janvier 1950, dernière date consignée dans les carnets de route retrouvés du jeune explorateur, seul trace qui atteste de sa disparition dans l'Amazonie guyanaise. La décision vient refermer administrativement une énigme longtemps restée ouverte, tout en redonnant une cohérence chronologique à un destin brutalement interrompu, celui d’un jeune homme dont l’existence, brève mais intense, s’était très tôt placée sous les rêves d'un aventurier plus romantique que réaliste.

Une vie tournée vers l’aventure

Né le 1er octobre 1926 à Toulon, Raymond Maufrais s’engage très tôt dans une trajectoire qui échappe aux chemins ordinaires. À dix-sept ans, il participe aux combats de la Libération aux côtés de son père, Edgar Maufrais, et se voit décoré pour son engagement. Ancien scout, se rêvant écrivain et aventurier en devenir, il se détourne rapidement d’une existence qu’il juge trop étroite, mû par une fascination profonde pour les territoires inexplorés.

Il part une première fois au Brésil, dans l’espoir de rejoindre des expéditions auprès des Indiens Chavantes. Mais ces premières expériences, marquées par l’errance et et l’échec éditorial de ses récits, ne lui permettent ni de vivre de sa plume ni de financer ses ambitions. En 1949, à seulement vingt-trois ans, il se lance pourtant dans un projet d’une ampleur considérable : traverser seul les monts Tumuc-Humac, région alors largement méconnue de la Guyane, afin de relier le fleuve Maroni à l’Amazone, puis gagner Belém, au nord du Brésil. Un objectif autant géographique qu’existentiel.  Dans un entretien accordé à la revue Élites françaises, repris par Vice, il dit vouloir fuir une société qu’il exècre pour « respirer l’air pur du risque » et retrouver une forme de vérité primitive. « J’ai horreur de la vie dite civilisée, horreur des gens qu’on y rencontre et des habitudes qu’on y prend. (…) Je vais essayer de comprendre des hommes primitifs, je vais vivre avec eux. Je vais retrouver les vieux instincts oubliés. (…) J’ai mis ma persévérance à partir comme d’autres la mettent à rester bourgeois.(…) »

L’exploration, écrit-il, constitue pour lui une manière d’éprouver pleinement son existence, « sans porteur, sac au dos, la hachette à la main », au cœur d’une nature qu’il entend affronter. Après avoir remonté la rivière Mana puis rejoint à pied Maripasoula, il s’enfonce dans la forêt guyanaise accompagné de son chien, Boby. Le 13 décembre 1949, après avoir quitté la famille de Noirs marrons avec laquelle il avait progressé sur un affluent du Maroni, il s’engage seul sur le sentier des Émerillons, chargé d’un sac d’une trentaine de kilos. Plus personne ne le reverra vivant.

Les carnets, entre témoignage brut et reconstruction

Ce que l’on sait des dernières semaines de Raymond Maufrais provient essentiellement des carnets retrouvés en avril 1950 dans un abri de fortune, découverts par un habitant de Camopi, à l’est du territoire, une zone alors majoritairement peuplée par les communautés autochtones Wayãpi et Teko.

L’explorateur aurait emporté avec lui plusieurs supports d’écriture : un journal de marche, un carnet consacré à ses observations de la faune, flore, et pharmacopée du territoire, ainsi qu’un lexique franco-indien, témoignant de son désir d’écrire. Car Raymond Maufrais ne se contentait pas de vivre l’aventure : il entendait la documenter minutieusement, dans l’espoir d’en faire œuvre. Dans ces pages, il décrit avec une rigueur presque clinique la dégradation progressive de son état, ses tentatives de survie, mais aussi les décisions extrêmes auxquelles il est contraint, notamment celle de tuer et de manger son chien pour subsister.

Au fil des pages, Maufrais laisse apparaître un esprit oscillant entre détermination et lucidité sur ses propres limites. « À nous deux, maîtresse jungle », écrit-il encore, Je t’exploiterai à fond comme jamais un souteneur ne l’a fait de sa maîtresse. » Les témoignages recueillis à l’époque confirment d’ailleurs le scepticisme général face à son entreprise : lui-même note, dès le 20 août, qu’on le donne « perdant à 99,5 % », tandis qu’un douanier lui confie, le 14 novembre, avoir « l’impression de [le] conduire à l’échafaud ».

Son journal permet de retracer ses derniers déplacements. Selon ces notes, il atteint Dégrad Claude, sur le Petit-Tamouri, le 1er janvier 1950, incapable de poursuivre sa route. Le 13 janvier, épuisé et affamé, il abandonne une partie de ses affaires et se jette dans la rivière Tamouri, dans l’espoir de rejoindre le village d’orpailleurs de Bienvenue, situé à 70 kilomètres en aval. Son périple n’aura duré qu’un mois.

Reste une question essentielle : quelle part de vérité ces carnets reflètent-ils exactement ? Leur existence ne fait aucun doute, attestée notamment par des rapports de gendarmerie. Toutefois, le texte connu aujourd’hui, publié sous le titre Aventures en Guyane, repose sur une version dactylographiée, vraisemblablement dictée ou retranscrite par son père, ce qui laisse subsister des incertitudes quant à d’éventuelles coupes ou altérations. Les originaux, très dégradés, n’ont jamais été largement consultés et ont depuis disparu. Malgré ces zones d’ombre, l’intensité de ces écrits a frappé ceux qui les ont étudiés. Geoffroy Crunelle, qui a préparé la réédition de Aventures en Guyane, souligne pour Le Monde la force littéraire d’un texte rédigé dans des conditions extrêmes : « Rendez-vous compte, Raymond Maufrais vient de tuer son chien, il est en train de mourir de faim. Il n’a même plus la force de tenir un fusil et il arrive à écrire de manière très riche ! »« Chez Maufrais, tout repose sur ces carnets. Sans eux, il n’y a pas d’histoire », résume-t-il.

La quête obstinée d’un père

L’histoire de Raymond Maufrais ne s’interrompt pourtant pas avec sa disparition. Elle se prolonge dans la trajectoire singulière de son père, Edgar Maufrais, qui réorganise entièrement son existence pour tenter de le retrouver, fidèle à une promesse formulée au moment du départ : « Si tu n’es pas de retour dans six mois, j’irai te chercher ».

Comptable de métier et ancien résistant, il se transforme progressivement lui aussi en explorateur, entreprenant à partir de 1952 une série d’expéditions en Amazonie. Pendant douze ans, il parcourt plus de 12 000 kilomètres de fleuves et de pistes, présentant la photographie de son fils à chaque village, remontant inlassablement les mêmes itinéraires, sans jamais parvenir à obtenir de preuve décisive de la mort de Raymond. Cette obstination s’inscrit pourtant à rebours des conclusions officielles : dès le printemps 1951, la gendarmerie a classé l’affaire, concluant à une disparition suivie d’une « mort naturelle ». Douze années et une vingtaine d’expéditions ne suffiront pas à élucider le mystère. Il finit par renoncer, contraint de regagner la France auprès de son épouse, profondément éprouvée par le deuil.

Une mémoire persistante

Si l’histoire de cet intrépide aventurier est aujourd’hui relativement oubliée en métropole, certains passionnés guyanais tentent encore de localiser les traces du dernier campement de Raymond Maufrais. « Son histoire émeut toujours, le mystère qui entoure sa disparition y est pour beaucoup », a raconté à l'audience Monika Borowitch, relais local de l'Association des amis d'Edgar et Raymond Maufrais (AAERM).

Plus de soixante-seize ans après sa disparition, la déclaration officielle de décès, prononcée ce mercredi 18 mars 2026 et fondée sur l’article 88 du Code civil, permet désormais d’inscrire une date sur l’acte de naissance de Raymond Maufrais, ainsi que sur le registre communal de Camopi, où il est officiellement déclaré décédé (Le Monde avec l'AFP). Une décision qui referme l'histoire inachevé d’un homme dont la trace s’était perdue au cœur de la jungle.

https://youtu.be/SPghk4-bRh8?si=Zh65Gbc-AdqxPUbM
https://youtu.be/UQ241p3iHPw?si=joFelcozyWB7m_2_

Ouvrages et œuvres consacrés à Raymond Maufrais

  • Aventures en Guyane (1952, éditions Julliard, rééditions notamment chez Points Aventure)
    Publié à titre posthume à partir des carnets retrouvés, l’ouvrage retrace le dernier périple de Raymond Maufrais en Guyane.
  • À la recherche de mon fils (1956, éditions Julliard, réédité depuis)
    Dans ce récit, Edgar Maufrais relate les expéditions qu’il a menées en Amazonie pour tenter de retrouver son fils.
  • Amazonie. Sur les traces d’un aventurier perdu (Payot, 2020)
    L’écrivain-voyageur Eliott Schonfeld, qu'Outside a eu l'occasion d'interviewer, y raconte, sous forme de journal, son propre périple de quarante-cinq jours dans la jungle guyanaise sur les traces de Raymond Maufrais. À travers cette démarche, il cherche autant à comprendre l’homme qu’à éprouver concrètement les conditions de son expédition, dans une tentative assumée de prolonger — ou d’achever symboliquement — le projet initial.
  • Amazonie, dans les pas de Raymond Maufrais (documentaire, 52 minutes)
    Tiré de cette même expérience, le film d'Eliott Schonfeld propose une immersion visuelle dans l’environnement parcouru par Maufrais.,
  • La Vie pure (2015)
    Réalisé par Jérémy Banster, ce long métrage s’inspire librement de l’histoire de Raymond Maufrais.

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