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Nouria Newman Kayak
  • Aventure
  • Water Sports

Sans carte, Nouria Newman part explorer une rivière inconnue aux confins du Sikkim

  • 5 mars 2026
  • 9 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Cinq fois championne du monde de kayak extrême, quatre fois sacrée Female Paddler of the Year et première femme à franchir une chute de 30 mètres, Nouria Newman ne cesse de repousser les limites de son sport. Celle qui a failli mourir en Inde en 2018, coincée dans un siphon, y retourne avec un nouvel objectif : tenter l’exploration d’une rivière encore largement inconnue dans le Sikkim, région de l’Himalaya. Un défi qu’elle a imaginé en combinant kayak et alpinisme, dans un territoire où, selon les rares récits disponibles, les dernières explorations remonteraient aux années 1930.

L’année dernière encore, Nouria Newman enchaînait les pays : Portugal, Madagascar, Chine, Mexique, Norvège, Colombie… La kayakiste, considérée comme la meilleure du monde, a connu une saison particulièrement dense, parcourant certaines des rivières les plus exigeantes de la planète, alternant compétitions, passages techniques et expéditions engagées. Le tout pour se préparer à son nouvel objectif, qu’elle nous a dévoilé il y a quelques jours. Le 20 mars, la franco-britannique, 34 ans, s’envolera pour le Sikkim, dans le nord-est de l’Inde, avec son kayak, un topo suisse… et devant elle, beaucoup d’inconnues. Après deux ans et demi de préparation assidue, son rêve est enfin à portée de main.

L’idée est née presque par hasard, raconte-t-elle. « Je regardais beaucoup les rivières dans les grandes chaînes de montagne. Parce que là où il y a de grosses montagnes, en général, il y a aussi de grosses rivières. » Avec l’alpiniste française Tiphaine Duperier, qui fera partie de l’expédition, les deux femmes commencent alors à éplucher cartes et images satellites à la recherche de lignes potentielles. C’est au cours de ces recherches qu'un article publié dans le Himalayan Journal retient leur attention. Son auteur, Anindya, y raconte une tentative d’exploration à pied des vallées le long des affluents du Grand Canyon du Sikkim. « Tiphaine est tombée sur cet article… et il y avait une photo de rivière juste incroyable. » Intriguée, la kayakiste ne tarde pas à prendre contact avec lui. Au-delà de la rivière, c’est surtout l’approche de l’explorateur qui la séduit. « À une époque où beaucoup d’expéditions se focalisent uniquement sur l’altitude et sur l’idée d’atteindre un sommet coûte que coûte, lui choisissait ses objectifs avant tout pour sa connaissance personnelle de la montagne. Il essayait de faire des boucles, de franchir des cols, de gravir des sommets sans nom, avec une démarche presque géographique de la découverte, encore très présente chez les explorateurs indiens. » Les échanges commencent alors, il y a plus de deux ans, et l’idée d’une descente en kayak de la rivière prend peu à peu forme. « Je lui ai demandé où ils avaient dû s’arrêter et s’il pensait que la rivière pouvait être navigable. Quand quelqu’un que tu ne connais pas te dit “oui, je pense que ça peut passer”, en kayak… on ne sait jamais trop. »

Nouria Newman Kayak

Un canyon presque invisible sur la carte

Le problème principal est simple : personne ne sait vraiment ce qui se trouve dans cette vallée. Le seul document disponible est une ancienne carte topographique suisse. Quant aux images satellites, elles s’avèrent presque inutilisables : « Tout est flou. Les montagnes font n’importe quoi, la rivière monte, elle descend… c’est trop profond, il y a trop d’arbres, trop d’ombres. Sur la carte, c’est un trou. On ne sait vraiment pas dans quoi on s'engage. » Quelques récits évoquent de possibles passages dans la vallée dans les années 1930, peut-être par des explorateurs tentant de contourner le Kangchenjunga, troisième plus haut sommet du monde, à la frontière entre l’Inde et le Népal. Mais rien de précis. La montagne la plus proche de la rivière, le Siniolchu, est sacrée et interdite d’ascension. La région reste donc très peu fréquentée.

Avant même de toucher l’eau, l’expédition devra franchir un premier obstacle de taille : atteindre la rivière. Le plan prévoit d’abord une première phase d’approche de sept jours de trek. L’équipe rejoindra un glacier, accompagnée de porteurs qui transporteront une partie du matériel et permettront aussi une acclimatation progressive à l’altitude. Viendra ensuite une section plus engagée : environ cinq jours d’alpinisme pour franchir un col situé à 5 000 mètres, avant de redescendre vers le glacier et de remonter la moraine. C’est là que s'installera le camp de base avancé.

Au total, douze jours seront nécessaires pour atteindre la source de la rivière — le tout en transportant les kayaks. Les bateaux pèsent environ 21 kilos à vide, mais leur poids pourra atteindre près de 35 kilos une fois chargés pour l’expédition (tentes, cordes, équipement d’alpinisme, matériel de sécurité et nourriture pour douze jours d’autonomie.) Un vrai défi, sachant qu'elle ne mesure que 1,63m. « Un kayak, c’est super chiant à porter, vu leur taille… ça tape le talon tout le temps, sourit Newman. J'ai bon espoir de pouvoir les tirer sur la neige par endroits, un peu comme une pulka ». Même si une équipe de Sherpas aidera à transporter une partie du matériel, la kayakiste préfère porter son propre bateau autant que possible. « Les porteurs, leur travail, c'est le matériel. Mais porter des kayaks… c’est autre chose. »

Nouria Newman Kayak
(Ali Bharmal / Red Bull Content Pool)

Deux équipes, deux itinéraires

Une fois la rivière atteinte, l’expédition se divisera en deux groupes. La première — celle des kayakistes — sera composée de trois pagayeurs : Nouria Newman, le Néo-Zélandais Sandy McQuarrie, avec qui elle avait déjà mené une expédition en Équateur en 2021. Une aventure au cours de laquelle ils étaient restés bloqués vingt-huit jours dans la jungle, une expérience qui a scellé leur confiance mutuelle : « C’est quelqu’un avec qui tu sais que, quand les conditions sont pourries, il ne va pas dire que c’est relax », dit-elle. L’Américain Eric Parker, qui a beaucoup navigué avec McQuarrie, complètera le trio et participera aussi à la réalisation des images : un film Red Bull est prévu autour de l’expédition. La seconde équipe — composée d’Anindya, de Tiphaine Duperier et d’un cadreur — suivra un itinéraire différent à pied, à travers la jungle, avec l’objectif de rejoindre les kayakistes plus bas dans la vallée. Une fois les chemins séparés, chacun avancera de son côté. « Eux vont faire leur truc, nous le nôtre. On ne saura pas où ils sont. »

Une fois sur la rivière — si l’équipe parvient à l’atteindre — les difficultés resteront nombreuses. Les premières estimations suggèrent environ quinze kilomètres particulièrement complexes, avec des rapides de classe IV à V (sur une échelle de VI) dans un canyon très encaissé. Mais la véritable inconnue reste le débit. « J'ai zéro info sur cette zone, explique Nouria. J’ai fait tous les relevés hydrologiques possibles : les bassins versants, les niveaux d’eau enregistrés par les barrages situés en aval… Ma grande peur, c’était d’avoir trop d’eau. Dans un canyon, si les rochers sont recouverts, tu ne peux même plus t’arrêter. Mais à l’inverse, j'espère qu'il y aura assez d’eau pour pouvoir descendre en kayak. » La pente de la rivière l’inquiète aussi. À partir de 5 %, la navigation devient déjà compliquée. Là aussi, tout dépend du débit. « Avec beaucoup d’eau, même à 1 ou 2 %, tu peux déjà avoir des passages monstrueux. Je sais d’avance qu’il y aura des sections à 10% qui ne passeront pas. »

Dans ces portions les plus engagées, les trois kayakistes devront systématiquement délaisser leurs bateaux pour inspecter les rapides. « Quand c’est très encaissé et complètement inconnu, on est obligés de sortir tous les trois, de regarder, de prendre les décisions ensemble, de trouver des contournements quand ça ne passe pas. Ça peut être extrêmement lent. » Sur une rivière relativement facile, Newman estime pouvoir progresser facilement à environ trois kilomètres par heure. Dans un environnement comme celui-ci, dans la jungle et qui s'avère très technique, la progression peut tomber à… un kilomètre par jour. D’où les douze jours prévus pour la descente. « Normalement, avec ce qu’on a prévu, on est censés s’en sortir. Mais le problème, c’est si tu as une grosse galère et que tu dois abandonner ton kayak pour avancer plus vite… » L’échec, donc, reste une possibilité. « Peut-être qu’à l’entrée du canyon, on ne pourra tout simplement pas descendre parce qu’on ne verra rien. » A-t-elle un plan B ? Oui, mais il ne l’enthousiasme guère. « L’idée serait de remonter un col et de basculer sur une autre rivière de l’autre côté. Mais ce ne sera pas forcément mieux... » Remonter la rivière, en revanche, est exclu d'avance : l’équipe n’aura jamais assez de nourriture pour faire demi-tour.

Un projet préparé depuis plus d’un an

L’expédition du Sikkim est en préparation depuis près d’un an et demi. Elle devait initialement se dérouler deux ans plus tôt, mais des moussons tardives avaient détruit certaines routes d’accès. Puis, l’automne dernier, Tiphaine Duperier a été victime d’un accident en montagne. Pour Newman, il était impensable de partir sans elle. « C’est un projet qu’on a imaginé à deux. Il y a bien sûr la partie kayak, mais toute la question de l’accès par la montagne compte tout autant — c’est vraiment du 50-50. Je ne me voyais pas lui dire : “Tu t’es blessée, on prend quelqu’un d’autre.” » Le projet a donc été décalé. Le départ pour l’Inde est désormais fixé au 20 mars.

Nouria tient aussi à rappeler que cette expédition doit beaucoup à Anindya. « Sans lui, on n’aurait jamais obtenu les permis pour y aller. Il est connu dans le Sikkim et il a les bons contacts avec les autorités locales. » L’obtention des autorisations s’est d’ailleurs faite dans des conditions assez particulières : participation à un meeting politique local et organisation d’une initiation au kayak dans une école du coin. Une contrepartie qui amuse et réjouit Newman. « Ça nous permet de rencontrer les gens qui vivent dans les derniers villages de la vallée. Les négociations qu’il a menées sont assez drôles. Si on était passés par une agence, en tant qu’étrangers, on n’aurait jamais eu accès à ça. »

Nouria Newman Kayak
(Ali Bharmal / Red Bull Content Pool)

Une logistique interminable et une préparation mentale tout autant que physique

Le plus dur? Se préparer à toutes les inconnues. Et ce projet en compte beaucoup. Avant même de partir, la logistique prend souvent le dessus. « J’ai des moments, vraiment, où je regrette », confie-t-elle, fatiguée. Entre les permis, le transport des kayaks en avion, la gestion du matériel ou encore la recherche de financement, l’expédition dépasse largement la seule question du kayak. « Je me retrouve à gérer des nébuleuses : calculer la puissance nécessaire pour les panneaux solaires, chercher des tailles de chaussures en rupture de stock, faire de la politique… Peut-être que dans d’autres sports, les athlètes ont des équipes pour s'occuper de ces détails. Dans le kayak, c’est très niche. Donc on gère toute la logistique. » Nouria ne perd pas pour autant son optimisme : « J’espère que ça me rendra meilleure si je veux refaire des projets compliqués. »

La préparation physique, elle, est plus classique : musculation, endurance… et surtout portage de kayak. « Une ou deux fois par semaine, je remonte des kilomètres avec mon kayak sur le dos, comme une tortue. Les gens me regardent en se demandant si je suis complètement débile », raconte-t-elle en rigolant. Mais la préparation mentale est tout aussi cruciale. « Si tu arrives devant un gros rapide au milieu de nulle part et que tu as été hyper conservateur pendant trois mois pour éviter de te blesser, ton niveau de confiance n’est pas optimal. C’est toujours dur de faire ces arbitrages. » Un équilibre qui ne l’a pas empêchée, il y a quelques semaines à peine, de se lancer dans la descente du saut du Doubs - vingt-deux mètres de chute, quand même.

Un projet d'exploration à l'alpiniste

S’inspirer de l’alpinisme l’a aidé à penser autrement ses projets. « Le fait de m’intéresser à ce qui se fait en montagne me permet de réfléchir différemment, d’être peut-être plus créative dans le choix des expéditions. » Car « toutes les rivières évidentes sur une carte ont déjà été faites, raconte-t-elle. Dans les années 2000, l’âge d’or du kayak d’expédition, une génération de pagayeurs au niveau technique exceptionnel — comme Scott Lindgren, Alan Ellard ou Mikey Abbott — a parcouru certaines des rivières les plus emblématiques du monde. Ils ont placé la barre très haut. Aujourd’hui, ce qui reste à explorer, c'est souvent des rivières qui n'ont pas été faites. Soit parce qu'elles se situent dans des zones de conflit, soit parce qu'elles sont jugées trop techniques, trop dangereuses, ou simplement parce que l’accès et la logistique rendent toute tentative extrêmement complexe. Et moi, j’essaie d’aller vers ça. »

Et puis il y a l’attrait de l’inconnu. « C’est un peu comme quand tu es gamin et qu’on te dit : “Ça, c’est interdit.” Tu n’as qu’une envie, c’est d’y aller. Là, on me dit qu’on ne sait pas ce qu’il y a… et je n’ai qu’une envie : aller voir. »

Cette expédition représente aussi une forme d’aboutissement, nourrie par toutes les expériences accumulées au fil des années. Bien qu'elle puisse réussir, ou s’arrêter avant même d’atteindre la rivière, l’essentiel, pour Nouria, est ailleurs. « La chose la plus incroyable, c’est de pouvoir progresser. Parfois tu prends des échecs, mais si tu apprends de ces échecs, ça t’autorise à rêver à d’autres projets. » Une philosophie façonnée notamment par sa descente du « Grand Canyon d’Asie », dans l’Himalaya indien, en 2018, où elle avait failli perdre la vie après être restée coincée dans un siphon. Avec le recul, elle analyse l’accident avec lucidité. « J’étais jeune et un peu à la ramasse. J’ai fait trop d’erreurs en amont : je n’avais pas assez étudié les topos, je n’avais pas fait de repérage… Je manquais vraiment d’expérience. Mais ça a été un bon apprentissage. » Aujourd’hui, face à un projet aussi engagé, le regard a changé. « Quand tu sais que c’est compliqué, tu es beaucoup plus concentré. Tu sais que tu n’es pas invincible et que rien n’est garanti. Il y a beaucoup de doute, beaucoup de peur. Je pense que justement, en 2018, je n'en avais pas assez. Et là, peut-être que j'en ai un peu trop. Mais je pense que c'est une bonne chose. »

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