2025 sera l’année internationale de la préservation des glaciers. Un sujet majeur pour les climatologues mais aussi pour les explorateurs polaires. Parmi eux, un observateur privilégié, Borge Ousland, le premier à atteindre les pôles Nord et Sud en solitaire et en autonomie totale, le premier également à traverser, sans l’aide de quiconque, l’océan Arctique et le continent Antarctique. A 62 ans il pourrait se reposer sur ses lauriers. Pas le genre du Norvégien. Avec son fils spirituel, l’explorateur Français Vincent Colliard, il s’est attelé à un immense projet : « Ice Legacy ». Une série d’expéditions à ski traversant les 20 plus grandes calottes glaciaires de la planète. Une aventure un peu folle montée afin d’évaluer, en prise directe, l’état de santé de ces témoins d’exception dont l’étendue et la surface diminuent dramatiquement. Dernière en date, cet automne, le Juneau, en Alaska. Une traversée dangereuse et très inquiétante, confie l’explorateur, interviewé à son retour.
« Avec Vincent Colliard nous avons traversé le champ de glace du Juneau en Alaska, dans le cadre de notre Ice Legacy Project. Nous nous efforçons de donner une voix plus forte au recul des glaciers et à la fonte de ces immenses glaciers qui continuent à réguler les températures de notre belle planète. », écrit Borge Ousland sur Instagram. « Au cours de cette aventure, nous avons relevé toutes sortes de défis dans un environnement dangereux ». Pendant vingt jours cet automne, ils ont dû faire face à des immensités de neige fondue, un brouillard épais, d'innombrables crevasses et beaucoup de portage, tant il leur était difficile de faire glisser leur pulka. Au final, c’est pourtant 172 km que les deux explorateurs sont parvenus à faire, en skiant du nord au sud -depuis Skagway jusqu’à Juneau - à raison de dix heures de marche par jour, à une vitesse moyenne de 8,6 km.
Situé à la frontière entre l'Alaska et la Colombie-Britannique, le Juneau couvre environ 3 900 km². C’est l’un des plus grands champs de glace de l'hémisphère occidental en dehors des régions polaires. Il alimente plus de 40 grands glaciers, notamment le Mendenhall, le Taku et l’Herbert. Pour Borge Ousland, cette expédition était la quatrième et dernière en Alaska dans le cadre du projet Ice Legacy, trois calottes glaciaires sur l'île d'Ellesmere au Canada étant prévues pour avril ou mai de l'année prochaine.
"Nous, nous sommes les gars sur le terrain"
L'objectif du projet Ice Legacy depuis son lancement en 2012 : s'interroger sur notre impact sur le recul des glaciers. Essentiel quand on sait que ces glaciers sont les dernières grandes réserves d'eau potable. « Mieux connaître les glaciers, c'est mieux les préserver », insiste Borge Ousland, que nous avons interviewé à son retour. Pour le Norvégien, auquel on doit les expéditions polaires les plus marquantes des dernières décennies, il ne s’agit pas seulement de réaliser une performance, mais de transmettre, et de perpétuer la tradition des explorateurs travaillant main dans la main avec les scientifiques. Notamment l’Université d'Anchorage, en Alaska, qui va pouvoir analyser les prélèvements recueillis cet automne par le duo Ousland-Colliard. « Dans l’aventure, le volet science est capital », explique Ousland. « Nous, nous sommes les gars sur le terrain. Notre récit, la narration, est importante pour faire passer le message des scientifiques. Car face à l’urgence climatique, il ne faut pas baisser les bras, comme lorsque Vincent et moi nous avons dû affronter des dizaines de crevasses et des conditions de fonte que nous étions loin d'imaginer. C’est le message le plus fort que nous puissions transmettre !
"Nous sommes à mi-parcours, il va nous falloir accélérer"
Nous sommes aujourd’hui face au plus grand défi de l’humanité. Et à un moment donné, il faut savoir si on veut être du bon côté de l’histoire ou non. Moi, je veux pouvoir regarder mes petits enfants dans les yeux. Au moins, j’aurais essayé de faire quelque chose. Mais le temps nous est compté. J’en suis bien conscient. Le Juneau est le 10e d'une liste de 20, sans doute notre traversée la plus difficile à ce jour. Nous sommes donc à mi-parcours. Au départ, j’espérais terminer cet énorme projet avant mes 70 ans. J’en ai 62 maintenant, et au rythme où va la fonte, il va nous falloir accélérer un peu. Pas facile, d'autant que la situation politique complique encore la chose. Deux des vingt grands champs de glace que nous comptons explorer sont dans des zones militaires russes. Et je sais que face au désastre – les surfaces glacées se réduisent de jour en jour – beaucoup de gens se sentent dépassés, totalement démunis. Trop de gens pensent que désormais nous sommes réduits à l’impuissance. Mais j'essaie de dire que chaque action individuelle est importante. Nous ne devrions pas sous-estimer le pouvoir des consommateurs, de l’impact de choix au moment de faire nos achats ou d'opter pour un mode de déplacement. C’est une question très personnelle, mais chacun d'entre nous fait partie de la solution. »
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