Un mois après le « tsunami himalayen » du 26 août, qui a fait plus d’un millier de morts et laissé des milliers de disparus, de fortes pluies provoquent de nouveaux glissements de terrain au Népal. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre, le Premier ministre Balendra Shah a appelé la communauté internationale à financer la reconstruction et à partager les données nécessaires pour mieux anticiper les catastrophes. Son pays, a-t-il rappelé, paie le prix d’une crise climatique qu’il n’a pas provoquée.
Après les crues dévastatrices du 26 août, provoquées par l’effondrement d’une masse de glace et de roche dans l’Himalaya, qui ont fait plus de 1 400 morts et laissé plus de 6 000 personnes portées disparues, de fortes pluies provoquent de nouveaux glissements de terrain dans plusieurs régions du Népal. À Galkot, dans l’ouest du pays, un bâtiment administratif de deux étages s’est effondré dans la rivière Daram. Un pan entier de montagne s’est également dérobé dans la région du Mustang. Près de Chame, dans le Manang, des images montrent le sol se dérober sous les pieds des habitants. Entre le 24 et le 27 septembre, la National Disaster Risk Reduction and Management Authority (NDRRMA) a recensé 542 incidents liés aux intempéries, dont 304 glissements de terrain. En quatre jours, 27 personnes ont perdu la vie, 227 maisons ont été entièrement détruites et 31 ponts endommagés. Pour le glaciologue Jean-Baptiste Bosson, directeur de l’association Marge Sauvage, ces glissements de terrain s’inscrivent dans des « cycles d’érosion qui augmentent, avec des montagnes qui deviennent instables parce qu’il fait plus chaud », expliquait-il à franceinfo. Le pays a également été frappé, le 27 septembre, par une avalanche au camp de base du Himlung Himal, qui a fait quatre morts et douze disparus.
À l’ONU, Balendra Shah dénonce une injustice climatique
Un mois après l’une des pires catastrophes de l’histoire du Népal, son Premier ministre, Balendra Shah, a pris la parole le 24 septembre devant l’Assemblée générale des Nations unies. Il y a dénoncé les conséquences d’une crise climatique qui dépasse les frontières de son pays et appelé les États les plus riches à renforcer leur soutien financier et technologique aux pays les plus vulnérables. Âgé de 36 ans et ancien rappeur, il est arrivé au pouvoir six mois plus tôt, sur une promesse de renouvellement politique et de lutte contre la corruption.
« J’aurais aimé être ici aujourd’hui pour parler simplement de développement, de démocratie, de paix et des espoirs d’une jeune nation », a commencé le Premier ministre. « Au lieu de cela, je dois parler de morts et de destructions d’une ampleur considérable. De familles qui attendent des proches qui ne rentreront jamais. De communautés qui cherchent, dans la boue, les rochers et les eaux en crue, des personnes dont les corps ne seront peut-être jamais retrouvés. De ponts, de routes, d’écoles, de maisons et de moyens de subsistance emportés en quelques minutes. Et d’un pays dont les progrès vers les objectifs de développement durable ont été interrompus », a-t-il poursuivi.
Le Népal réclame des dons pour reconstruire
Le Népal représente moins de 0,1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, alors qu’il figure parmi les pays les plus exposés aux conséquences du réchauffement. Dans l’Himalaya, les températures augmentent à un rythme environ 50 % supérieur à la moyenne mondiale. En 2023, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait déjà alerté, depuis la région de l’Everest, sur la perte de près d’un tiers de la glace des montagnes népalaises en un peu plus de trente ans. Balendra Shah a rappelé cet avertissement : « Ce cri venu du sommet du monde n’a pas été suffisamment entendu. Les scientifiques du monde entier l’ont entendu. Ils l’ont répété, preuves à l’appui. Mais nous, les dirigeants politiques du monde, avons été trop lents à transformer ces avertissements en mesures concrètes, à la vitesse et à l’échelle qu’exige la situation des populations vulnérables. »
« Nous n’avons pas créé cette crise, et pourtant nous en payons un prix colossal », a poursuivi Balendra Shah. Les catastrophes contraignent, selon lui, un pays pauvre à emprunter pour réparer des dégâts dont il n’est pas responsable. Katmandou estime que la reconstruction après les crues du 26 août pourrait nécessiter entre 4 et 5 milliards de dollars, soit environ un dixième du PIB du Népal.
Dès le 31 août, les ministres népalais des Finances et de l’Agriculture, des Forêts et de l’Environnement ont demandé 20 millions de dollars au Fonds pour répondre aux pertes et préjudices. Créé en 2022 pour aider les pays vulnérables à faire face aux conséquences du changement climatique, ce mécanisme plafonne les demandes à 20 millions de dollars dans le cadre de sa procédure actuelle. Même accordée en totalité, la somme ne couvrirait qu’une faible part des besoins du Népal. Le Fonds a reçu 176 demandes représentant au total 2,8 milliards de dollars, bien au-delà des 342 millions mis à disposition pour sa première série de financements. À ce stade, aucun versement n’a encore été effectué.
Quand la maison brûle, nous ne demandons pas à la famille de remplir cinquante formulaires. Nous agissons.
Balendra Shah a également dénoncé le contraste entre les moyens consacrés aux conflits armés et ceux mobilisés face aux conséquences du changement climatique. Il a cité les pays voisins du Népal, « frappés par un climat que nous n’avons pas réchauffé, puis frappés à nouveau par des guerres que nous n’avons pas déclenchées ». Avant de lancer : « Un monde capable de livrer une arme n’importe où en soixante-douze heures n’a aucune excuse pour laisser un agriculteur sans les moyens de vivre dignement. »
Sur le financement de la reconstruction, son message a été tout aussi direct : « Quand une catastrophe liée au climat détruit les infrastructures d’un pays pauvre, la réponse ne peut pas simplement être un nouvel emprunt massif ou une mosaïque de petites subventions. Nous avons besoin d’un soutien suffisant sous forme de dons. » Les États-Unis ont annoncé un projet d’aide supplémentaire de 31 millions de dollars après les inondations, tandis que le ministre népalais des Affaires étrangères, Shishir Khanal, a indiqué que plusieurs pays du G7 avaient promis leur soutien de manière informelle.
Partager les données pour mieux prévenir les catastrophes
Au-delà de la question financière, Balendra Shah a consacré une partie de son discours à la prévention des catastrophes. Sa proposition fait écho aux failles révélées le 26 août : l’effondrement de glace et de roche à l’origine de la crue n’avait pas été détecté assez tôt pour permettre de protéger les populations en aval. Le Premier ministre a proposé la création d’un Himalayan Climate Resilience Mechanism réunissant le Népal, l’Inde et la Chine. Ces trois pays pourraient partager leurs données satellitaires et leur expertise scientifique, surveiller les lacs glaciaires et renforcer leurs systèmes d’alerte précoce. Lors de la catastrophe du 26 août, les chercheurs népalais n’avaient pas accès aux données recueillies du côté chinois de la frontière, où se trouvaient plusieurs stations potentiellement plus proches de la zone d’effondrement. « Le changement climatique ne connaît pas de frontières. Les glaciers et les inondations ne voyagent pas avec un visa », a rappelé Shah. Il a appelé à faire de l’Himalaya « un laboratoire de coopération internationale, plutôt qu’une frontière d’informations fragmentées ».
« La justice climatique ne doit pas rester une belle formule dans un document de l’ONU », a insisté Balendra Shah. Il a résumé sa réponse en six mots : « Secours. Réhabilitation. Reconstruction » pour agir après une catastrophe ; « Responsabilité. Réparation. Résilience » pour éviter qu’elle ne devienne une réalité permanente.
Photo d'en-tête : UN Women / Srijana Bhatta