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Népal inondation 2026
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Pourquoi le Népal est-il autant touché par des catastrophes cette année ?

  • 12 octobre 2026
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Dimanche 11 octobre, une nouvelle crue dévastatrice survenue dans le district de Gorkha, vient allonger la liste des désastres naturels qui frappent le Népal depuis la fin de l’été. Inondations meurtrières, glissements de terrain, avalanches… Le réchauffement est-il seul en cause ?

Depuis la fin de l’été, le Népal est frappé à répétition par des catastrophes dévastatrices. Après l’effondrement roche-glace survenu le 26 août sur le Langtang Lirung, suivi d’une crue meurtrière qui a fait plus de 1 400 morts, de fortes pluies ont provoqué de nouveaux glissements de terrain dans plusieurs régions du pays, notamment à Galkot, dans le Mustang et à Manang. Entre le 24 et le 27 septembre, les autorités népalaises ont recensé 542 incidents liés aux intempéries, dont 304 glissements de terrain. Selon le bilan de la NDRRMA rapporté le 29 septembre, ces quatre journées ont fait 27 morts, quatre disparus et huit blessés. Au total, 227 habitations ont été détruites et 31 ponts endommagés.

Hier, dimanche 11 octobre, dans le district de Gorkha, un glissement de terrain aurait temporairement obstrué un cours d’eau du bassin de la Budhi Gandaki, avant que la rupture du barrage naturel ainsi formé ne déclenche une violente crue chargée de boue et de débris. Selon le bilan publié lundi 12 octobre par l’AFP, cinq personnes étaient toujours portées disparues, plus de 200 habitations avaient été emportées et cinq ponts détruits. Plusieurs installations hydroélectriques ont également été touchées. Au moins 95 personnes, dont neuf étrangers, ont été secourues. Si les mécanismes diffèrent d’un événement à l’autre (le premier résultant de l’effondrement d’une paroi rocheuse ayant entraîné une partie du glacier, les suivants de glissements de terrain), tous semblent illustrer la capacité d’un aléa à en déclencher d’autres, dans une succession de phénomènes en cascade.

Le Népal n’en est pourtant pas à sa première catastrophe majeure. Il suffit de rappeler le séisme de 2015, de magnitude 7,8 et dont l’épicentre se situait dans le district de Gorkha, qui avait fait près de 9 000 morts et déclenché plus de 20 000 glissements de terrain dans quatorze districts du centre et de l’ouest du pays, la crue dévastatrice de 2012 dans la région de la Seti, près de Pokhara, ou encore les inondations de Melamchi, en 2021. Mais alors pourquoi le pays semble-t-il particulièrement éprouvé cette année ?

Trois facteurs qui se conjuguent

Cette succession d’événements tient principalement à trois facteurs : une géographie himalayenne particulièrement propice aux aléas, un réchauffement qui bouleverse les équilibres de la haute montagne et une forte exposition des populations. Ces trois dimensions se renforcent mutuellement, un phénomène naturel pouvant être aggravé par les transformations du milieu, puis prendre une tout autre ampleur lorsqu’il atteint des zones habitées.

D’abord, le relief. Les pentes abruptes et les versants parfois instables du Népal dominent des vallées étroites, où l’eau, les roches et les sédiments peuvent être entraînés rapidement vers l’aval. C’est ce qui a d’ailleurs pu être observé lors de la catastrophe du 26 août. Selon l’analyse publiée le 17 septembre par World Weather Attribution, la vague de boue, d’eau, de glace et de débris a parcouru 22 kilomètres en seulement sept minutes, atteignant une vitesse moyenne estimée à 188 km/h. Une rapidité qui laisse très peu de temps aux populations pour se mettre à l’abri. D’autant qu’à la saison de la mousson, les pluies abondantes saturent les sols et fragilisent davantage les terrains. Une étude publiée en 2022 dans la revue Landslides, qui a recensé plus de 26 000 glissements de terrain dans l’ouest du Népal, a notamment mis en évidence l’étroite corrélation entre les précipitations cumulées pendant la mousson et le nombre annuel de glissements superficiels.

L’Hindou Kouch-Himalaya, ou le « troisième pôle »

À cette configuration géographique s’ajoutent les effets du réchauffement climatique, qui modifie progressivement les conditions de stabilité des milieux de haute altitude. Le massif de l’Himalaya appartient à l’Hindou Kouch-Himalaya, une vaste région souvent surnommée le « troisième pôle » en raison de ses importantes réserves de neige et de glace. Étendu sur huit pays (l’Afghanistan, le Bangladesh, le Bhoutan, la Chine, l’Inde, le Myanmar, le Népal et le Pakistan), cet ensemble montagneux alimente douze grands systèmes fluviaux dont dépendent environ 240 millions de personnes dans les vallées et près de deux milliards d’habitants à l’échelle régionale. Or, selon un rapport publié en juin 2023 par le Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD), la perte de masse des glaciers de la région s’est accélérée de 65 % au cours de la décennie 2011-2020 par rapport à la précédente. « Lorsque les glaciers disparaissent, ils bouleversent un équilibre qui s’était maintenu jusqu’alors, explique Göran Ekström, professeur de sciences de la Terre et de l’environnement à l’université de Columbia, dans un article publié par Time. Leur recul favorise désormais des processus d’érosion qui s’accélèrent sous l’effet du réchauffement. Les glissements de terrain existaient bien avant le changement climatique, souligne-t-il, mais celui-ci tend à accélérer les transformations des versants et les processus qui les fragilisent. »

Il serait toutefois réducteur d’attribuer chaque catastrophe au seul réchauffement climatique. Dans une analyse publiée le 17 septembre 2026 sur l’effondrement du 26 août, le réseau scientifique World Weather Attribution insiste sur une « combinaison de facteurs ». Outre la géologie du massif du Langtang Lirung, les fortes précipitations et les effets du changement climatique, ayant notamment accéléré la fonte du pergélisol, le séisme de magnitude 7,8 qui a frappé le Népal en 2015 aurait également pu fragiliser durablement certaines parties du massif en élargissant des fractures dans la roche. Cette contribution du séisme reste toutefois une hypothèse, et non une cause démontrée de l’effondrement de 2026. L’analyse relève également une accélération du recul de l’étendue glaciaire dans le secteur, passée d’environ 0,5 % par an au cours des deux siècles précédents à 1 à 2,3 % par an depuis 2010. La remontée de la limite pluie-neige, liée à la hausse des températures, aurait, elle aussi, modifié les conditions dans lesquelles l’eau et la neige s’accumulent puis s’écoulent en montagne. Finalement, les températures de juillet et août 2026 près du site étaient exceptionnellement élevées. Selon World Weather Attribution, le changement climatique d’origine humaine aurait contribué à les augmenter d’environ 1,5 °C, tandis que son influence sur les températures annuelles serait de l’ordre de 2 °C. Les chercheurs soulignent cependant qu’il n’est pas possible d’attribuer directement cet effondrement au réchauffement climatique, même si celui-ci favorise plusieurs processus de déstabilisation des versants.

Près de 15 % de la population exposés à des glissements provoqués par les pluies

Reste un troisième facteur, déterminant pour comprendre le bilan humain de ces événements. Dans de nombreuses vallées népalaises, les contraintes du relief et la nécessité de relier les villages favorisent la concentration des habitations, des routes, des ponts et des installations hydroélectriques à proximité des cours d’eau. Ces aménagements se retrouvent alors en première ligne lorsque les rivières débordent ou qu’un glissement de terrain bouleverse leur cours. Comme le souligne Göran Ekström dans Time, les crues ne sont pas nouvelles, mais l’augmentation du nombre d’habitants et des infrastructures dans les vallées escarpées en aggrave désormais considérablement les conséquences. L’enclavement de certaines localités complique par ailleurs l’accès des secours et l’acheminement de l’aide. Les systèmes d’alerte précoce peuvent limiter les pertes humaines, comme l’ont montré les évacuations préventives lors de la crue du 11 octobre. Mais face à des phénomènes aussi rapides et complexes que celui du 26 août, leur efficacité trouve ses limites.

Une étude nationale publiée en 2024 dans la revue Earth’s Future, qui croise les zones susceptibles de subir des glissements de terrain avec les données de population et de bâti, estime qu’environ quatre millions de Népalais, soit près de 15 % de la population, vivent dans des secteurs présentant une exposition modérée ou élevée aux glissements provoqués par les pluies. Il s’agit d’une estimation fondée sur une modélisation, sensible aux paramètres retenus. Autre résultat notable : si les glissements de terrain sont plus susceptibles de se produire en haute montagne, c’est dans les collines de moyenne altitude, davantage peuplées, que l’exposition humaine est la plus importante. 

Le Népal est-il réellement plus touché que ses voisins ?

Pas nécessairement. Selon une analyse publiée en mai 2026 par l’ICIMOD, quatre des huit pays de l’Hindou Kouch-Himalaya ont enregistré plus de dix catastrophes majeures en 2025. À l’échelle de la région, les pertes économiques liées aux catastrophes dépassaient six milliards de dollars en 2024. En Inde, les exemples ne manquent pas. En février 2021, dans l’État indien de l’Uttarakhand, une avalanche de roches et de glace avait provoqué une crue dévastatrice, détruisant plusieurs installations hydroélectriques et faisant plus de 200 morts et disparus. Deux ans plus tard, au Sikkim, la rupture du lac glaciaire de South Lhonak a provoqué une nouvelle crue dévastatrice dans la vallée de la Teesta. Selon une étude relayée par l’ICIMOD en 2025, elle avait fait 55 morts et 70 disparus, tout en déclenchant 45 glissements de terrain secondaires. Des débordements de lacs glaciaires ont également été documentés au Bhoutan en 1994, en 2009 et en 2015. Plus au sud, les inondations de mousson qui ont frappé le Pakistan en 2022 ont touché 33 millions de personnes et fait plus de 1 700 morts. À l’échelle de la haute Asie, une base de données publiée par l’ICIMOD en 2023 recensait plus de 700 débordements de lacs glaciaires sur près de deux siècles, responsables de plus de 7 000 décès. Le Karakoram apparaît comme l’un des principaux foyers de récurrence de ces événements.

Difficile, dès lors, d’affirmer que le Népal est davantage touché que ses voisins. La comparaison dépend des indicateurs retenus : nombre de victimes, fréquence des événements, pertes économiques ou part de la population exposée. Surtout, les données régionales compilées par l’ICIMOD sur la période 1975-2024 montrent une tendance à la baisse du nombre de morts et de personnes touchées depuis 2013, malgré des catastrophes particulièrement meurtrières certaines années. Une évolution à interpréter avec prudence, compte tenu des lacunes statistiques, mais qui rappelle que l’intensification de certains aléas ne se traduit pas nécessairement par une augmentation continue des bilans humains. Le Népal concentre néanmoins plusieurs vulnérabilités majeures : des reliefs particulièrement abrupts, une forte activité sismique, des glaciers en recul et des populations installées dans des vallées exposées. Sa situation illustre ainsi un risque partagé par l’ensemble de la région himalayenne, celui de catastrophes dont les effets peuvent se propager très loin de leur point de départ.

Photo d'en-tête : UN Women / Srijana Bhatta
Thèmes :
Environnement
Népal

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