Alors que le Népal est en pleine saison automnale de trekking, le cyclone Arnab qui se développe actuellement dans le Golfe du Bengal pourrait provoquer, dès jeudi 29 octobre au soir, de fortes pluies dans plusieurs régions et d’importantes chutes de neige en haute montagne, avec un risque accru d’avalanches. Les autorités appellent à ne pas poursuivre l’ascension vers les zones de haute altitude, à suspendre les départs vers les cols, à mettre à l’abri les trekkeurs présents dans les secteurs à risque et à interrompre les expéditions d’alpinisme. L’ alerte intervient alors que les intempéries de septembre ont déjà fragilisé plusieurs circuits de trekking. Voici les itinéraires les plus exposés et les précautions à prendre.
Après le retrait officiel de la mousson, annoncé le 14 octobre, le temps plus stable avait laissé espérer une fin de saison automnale de trekking dans de meilleures conditions. Mais un nouveau système météorologique s’apprête à toucher le pays. Baptisé Arnab, le cyclone qui se développe dans le golfe du Bengale devrait d’abord toucher la côte indienne, près de l’Andhra Pradesh, le 28 octobre, après s’être renforcé jusqu’à devenir une tempête cyclonique sévère, voire très sévère. [ Le service météorologique indien distingue plusieurs catégories de cyclones, de la tempête cyclonique jusqu’au super cyclone, la catégorie la plus élevée. Ce n’est pas la première fois que le Népal subi les effets de tels systèmes, ndlr.] En poursuivant sa trajectoire vers l’intérieur des terres, ses restes pourraient entraîner une dégradation des conditions météorologiques au Népal dès le 29 octobre. Le département de l’Hydrologie et de la Météorologie (DHM) a ainsi émis une alerte pour la période du 29 au 31 octobre, en raison de fortes pluies attendues dans plusieurs provinces et de chutes de neige abondantes possibles en haute montagne.
Si cet épisode n’est pas inédit – les cyclones formés dans le golfe du Bengale n’atteignent pas systématiquement le Népal, mais les systèmes qui remontent vers le nord peuvent y acheminer d’importantes quantités d’humidité et provoquer des précipitations, parfois neigeuses en altitude – il survient dans un contexte déjà fragilisé par les intempéries des dernières semaines. Le 26 août, une crue dévastatrice provoquée par l’effondrement d’une partie d’un glacier près de la frontière entre le Népal et le Tibet chinois, avait fait environ 1 500 morts, selon les bilans rapportés par Reuters. À la fin du mois de septembre, de nouvelles pluies intenses avaient provoqué des inondations et des glissements de terrain, perturbant notamment les accès aux régions de trekking de l’Annapurna et du Manaslu. Sur le Himlung Himal, une avalanche avait enseveli le camp de base le 26 septembre, alors que des équipes népalaises préparaient l’ascension pour les expéditions d’automne. Quinze personnes ont été retrouvées mortes et une autre est restée portée disparue. Les intempéries avaient également contraint des trekkeurs de l’Annapurna Circuit à interrompre leur itinéraire ou à être évacués par hélicoptère.
Des prévisions encore incertaines, mais un risque accru en altitude
Selon le DHM, les effets du cyclone Arnab devraient commencer à se faire sentir dans la soirée du jeudi 29 octobre, avant de s’intensifier vendredi 30 et samedi 31. Les provinces de Koshi, Madhesh, Bagmati, Gandaki et Lumbini figurent parmi les zones les plus susceptibles d’être touchées.
Les régions de moyenne montagne et les vallées pourraient, quant à elles, être exposées à de fortes pluies. Selon le météorologue Binod Pokharel, professeur associé au département central d’hydrologie et de météorologie de l’université Tribhuvan, cité par le Nepali Times, certains secteurs de la province de Bagmati pourraient recevoir plus de 150 mm de précipitations entre le 29 octobre et le 1er novembre, avec des cumuls susceptibles de dépasser 200 mm dans les zones les plus exposées. En haute montagne, les précipitations pourraient prendre la forme d’importantes chutes de neige. Dans une analyse préparée avec le météorologue Krishna Bhakta Manandhar, la Nepal National Mountain Guide Association (NNMGA) anticipe une dégradation des conditions dès le 28 octobre dans l’est de l’Himalaya, notamment dans les régions du Khumbu et du Kanchenjunga, au-dessus de 6 500 à 7 000 mètres. Les précipitations pourraient ensuite s’étendre à d’autres secteurs, dont celui du Makalu. Selon les estimations de l’agence de trekking népalaise Discover Parbat, les chutes de neige pourraient atteindre 25 centimètres à 1,5 mètre dans les secteurs de haute montagne les plus exposés, notamment autour du Dhaulagiri, des Annapurnas et du Manaslu. De telles chutes pourraient compliquer la progression sur les sentiers et les cols, et accroître le risque d’avalanche sur les versants chargés de neige fraîche.
Plusieurs grands itinéraires de trekking traversent ces régions et pourraient être affectés par ces conditions météorologiques : le circuit des Annapurnas et celui du Manaslu dans la province de Gandaki, les treks du Langtang et du Gosaikunda dans celle de Bagmati, ainsi que les itinéraires de l’Everest, notamment le Three Passes Trek, du Makalu et du Kanchenjunga dans la province de Koshi. L’impact devrait être plus limité dans les provinces occidentales de Karnali et de Sudurpashchim, même si des pluies localement fortes y restent possibles.
Ces prévisions doivent toutefois être considérées avec prudence. L’analyse de la NNMGA repose notamment sur le modèle météorologique GFS, et les quantités de pluie et de neige restent incertaines. Les conditions attendues à partir du 31 octobre sont également plus difficiles à anticiper. Les prévisions devraient gagner en précision à mesure que le cyclone se rapprochera des côtes indiennes et que les modèles intégreront sa trajectoire et son intensité réelles.
En haute montagne, les trekkeurs appelés à la prudence
La Trekking Agencies’ Association of Nepal (TAAN) a ainsi demandé aux agences de revoir leurs programmes à l’approche de l’épisode cyclonique. Elle recommande notamment de suspendre les départs vers les destinations et les cols de haute altitude à partir du 29 octobre, de déplacer les voyageurs présents dans des secteurs à risque vers des lieux plus sûrs et, lorsque cela est nécessaire, d’interrompre les déplacements vers les camps de base des expéditions. L’association appelle également à la prudence près des rivières, sur les zones exposées aux glissements de terrain et sur les routes, sentiers et ponts temporaires déjà endommagés, en particulier dans les secteurs du Manaslu, du Manang, du Myagdi et du Mustang. Ces recommandations ont également été transmises aux guides sur le terrain, confirme Ram Puri, guide népalais francophone et fondateur de Pyrénées Népal Treks & Trails, que nous avons contacté. Fort de près de vingt ans d’expérience dans la vallée de Langtang, il prévoit pourtant de partir dès le lendemain avec un groupe pour le Haut-Mustang. « Pendant les trois prochains jours, il faut rester vigilant. Nous éviterons le high pass trek », résume-t-il. Il prévoit notamment de se réfugier dans une teahouse et d’attendre que les conditions météorologiques s’améliorent avant de reprendre sa randonnée.
L’épisode à venir n’est pas sans rappeler celui d’octobre 2014, lorsque les restes du cyclone Hudhud avaient provoqué des chutes de neige exceptionnelles dans la région de l’Annapurna. Au col du Thorong La, des trekkeurs avaient été pris au piège par la neige et la visibilité quasi nulle ; plusieurs personnes avaient péri dans une avalanche près du village de Phu, dans le district du Manang, tandis que cinq alpinistes avaient été tués ou portés disparus dans un autre accident au camp de base du Dhaulagiri.
La prudence est donc de mise pour les départs prévus entre le 29 et le 31 octobre. Les trekkers déjà sur les sentiers sont invités à rester en contact avec leur guide ou leur agence, à suivre les bulletins météorologiques locaux et à privilégier un hébergement sûr. Dans les zones reculées, disposer d’un moyen de communication par satellite peut aussi être déterminant si les réseaux téléphoniques sont interrompus ou si les routes deviennent impraticables.
Où suivre les alertes météo pendant un trek au Népal ?
Service météorologique officiel du Népal (DHM) : prévisions et alertes météo.
Bulletins météo : prévisions actualisées et bulletins spéciaux.
NNMGA : analyses spécialisées des conditions en haute montagne.
Portail de prévision des crues : suivi hydrologique et alertes aux inondations
Depuis le Népal : le service météorologique népalais indique le 1155, un numéro gratuit à appeler depuis le Népal pour obtenir des informations sur les phénomènes météorologiques extrêmes. Appuyez sur 1 pour les informations météorologiques et sur 2 pour les alertes aux crues. Pour l’assistance en cas de catastrophe, le numéro d’urgence népalais est le 1234 (disponibilité en français non confirmée).
