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Andrzej Bargiel au camp 2 du Nanga Parbat
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Avec le Nanga Parbat, Andrzej Bargiel devient le premier homme à skier les cinq 8 000 du Pakistan, tous sans oxygène

  • 1 juillet 2026
  • 3 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

En 2018, il entrait dans l’histoire avec la première descente intégrale du K2 à ski, avant de devenir, en septembre 2025, le premier homme à gravir puis skier l’Everest sans oxygène supplémentaire. Un an après cet exploit, le skieur-alpiniste polonais de 38 ans Andrzej Bargiel, désigné « Aventurier de l’année » par National Geographic en 2019, aurait ajouté une nouvelle première mondiale à son impressionnant palmarès : l’ascension puis la première descente intégrale à ski du Nanga Parbat (8 126 mètres), toujours sans oxygène supplémentaire. Une performance qui reste toutefois à confirmer officiellement par l’intéressé ou son partenaire Red Bull, mais qui parachèverait une série inédite sur les plus hauts sommets pakistanais.

Le 10 juin, Bargiel s’envolait pour le Pakistan afin de lancer une nouvelle expédition de son projet Hic Sunt Leones (« Ici sont les lions »), une référence aux anciennes cartes où cette expression latine désignait les territoires encore inexplorés. L’idée reste inchangée depuis plus de dix ans : gravir les quatorze 8 000 sans oxygène supplémentaire, puis les descendre à ski. En ligne de mire cette fois-ci, le Nanga Parbat, neuvième plus haut sommet de la planète, culminant à 8 126 mètres. 

« J’attends cette expédition avec impatience, car j’aime beaucoup le Pakistan. Ce pays a quelque chose de particulier, tant par son atmosphère que par ses montagnes, qui offrent encore de vastes possibilités pour des projets ambitieux et novateurs », expliquait Bargiel à Red Bull, son sponsor, avant son départ. 

Le Nanga Parbat, 8 126 mètres, n’a pourtant rien d’une évidence. Considérée comme l’une des montagnes les plus exigeantes de l’Himalaya pakistanais, il est réputé autant pour la difficulté de son terrain que pour ses dangers objectifs. Séracs, avalanches, crevasses, auxquelles s’ajoutent des longues sections rarement favorables au ski. Ce n’est pas pour rien que les habitants de la région le connaissent sous le nom de Diamir, le « Roi des montagnes », et la surnomment la « Montagne tueuse » en ourdou….

La descente à ski de la « Montagne tueuse », une première

Contrairement à l’Everest, où l’itinéraire est connu de longue date, Bargiel abordait ici une montagne qu’il ne connaissait pas. « Je n’ai jamais évolué sur le Nanga Parbat auparavant ; nous devons donc appréhender le terrain de zéro, analyser les options d’itinéraire possibles et élaborer un plan d’action détaillé. »

Avant même son départ, le Polonais savait que le principal défi ne résiderait pas seulement dans l’ascension, mais surtout dans le choix d’une ligne de descente suffisamment logique et continue. « Le Nanga Parbat est une montagne qui exige énormément de patience et d’humilité. J’aimerais trouver une ligne de descente logique, continue, et la skier de la manière la plus propre possible », expliquait-il alors. Plusieurs options étaient envisagées, notamment la voie Niezapominajka (« Ne m’oublie pas »), ouverte par Denis Urubko en 2015, ou encore l’itinéraire emprunté par Reinhold Messner. Une autre référence provenait du skieur-alpiniste autrichien Luis Stitzinger, qui avait déjà démontré la skiabilité d’une face dans le même secteur que celle de Messner. Il n’avait pas atteint le sommet faute de temps, et était donc parti d’une altitude comprise entre 7 500 et 7 600 mètres. « À nos yeux, c’est l’une des options les plus intéressantes à explorer », déclarait Bargiel avant son départ.

Le déroulement de l’expédition semble finalement semble s’être déroulé exactement comme prévu. Pour préparer sa tentative, Bargiel s’est notamment acclimaté sur le Ganalo Peak, un sommet voisin du Nanga Parbat, depuis lequel il a pu observer les différentes lignes de descente envisageables.

Le plan prévoyait une ascension par la voie classique de la face du Diamir. Selon les informations relayées par The Tourism Times, Bargiel et son compagnon de cordée Janusz Gołąb auraient rejoint directement le camp 3, vers 7 000 mètres, avant de se lancer dans une très longue journée vers le sommet, les Sherpas n’ayant finalement pas installé de camp 4. En revanche, la ligne exacte empruntée lors de la descente n’a, à ce stade, pas encore été précisée.

Une aventure commencée il y a huit ans, sur le K2

Si elle est confirmée, cette descente porterait à huit le nombre de sommets de plus de 8 000 mètres skiés par Andrzej Bargiel sans oxygène supplémentaire, après le Shishapangma (2013), le Manaslu (2014), le Broad Peak (2015), le Gasherbrum II (2015), le K2 (2018), le Gasherbrum I (2018), l’Everest (2025). Il deviendrait surtout le premier homme à avoir skié les cinq sommets de plus de 8 000 mètres du Pakistan.

Cette réussite intervient à peine un mois après le doublé réalisé par son compatriote Bartek Ziemski sur le Lhotse puis l’Everest. Lui aussi est engagé dans une course discrète pour devenir le premier homme à skier les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres sans oxygène. Avec neuf sommets à son actif ( le Broad Peak, le Gasherbrum II, l’Annapurna, le Dhaulagiri, le Makalu, le Kangchenjunga, le Manaslu, le Lhotse et l’Everest), Ziemski conserve une courte avance sur Bargiel.

Pourtant, la course n’en est peut-être plus une. Après son retour de l’Everest, Ziemski confiait ne plus être certain de vouloir poursuivre coûte que coûte son projet des quatorze 8 000, jugeant que la haute altitude himalayenne avait perdu une partie de son intérêt face à la fréquentation croissante des grands sommets.

Bargiel, lui, résumait ainsi sa philosophie avant son départ : « Pour moi, la montagne ne se résume pas à un objectif ou à un résultat. J’apprécie avant tout le privilège de me trouver dans ces lieux. Si le plan initial ne se concrétise pas, cela ne signifie pas pour autant que c’est un échec. L’expérience reste précieuse. »

En attendant une confirmation officielle de cette descente historique, la course aux quatorze 8 000 est loin d’avoir livré son verdict. Et si Ziemski venait réellement à se tourner vers des montagnes plus sauvages et moins fréquentées, comme il le laisse entendre, Bargiel pourrait bien se retrouver seul en lice pour devenir le premier homme à skier les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres. À moins que lui aussi ne s’en lasse…

Photo d'en-tête : @pawlikowski.bartek
Thèmes :
Pakistan
Record

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