Et de 7 ! Avec sa descente à ski du Manaslu (8 163 mètres), le Polonais Bartek Ziemski continue d’écrire l’histoire du ski extrême en Himalaya. L’homme qui a appris à skier avant de savoir bien parler se positionne désormais comme le prétendant principal à la quête des quatorze descentes à ski des sommets de plus de 8 000 mètres. À moins que son compatriote Andrzej Bargiel, six descentes à son actif, ne lui vole la vedette ?
Bartek Ziemski n'en fait jamais des caisses sur les réseaux. Pourtant, il aurait largement de quoi publier au regard de ses performances. Pour le Polonais de 30 ans la quête débute en 2022, avec la descente du Broad Peak (8 051 mètres), dans le Karakoram, à la frontière sino-pakistanaise. Un premier 8 000 à ski qui en appelle d’autres. La même année, il enchaîne avec le Gasherbrum II (8 035 mètres). En 2023, il ride l’Annapurna (8 091 mètres) et le Dhaulagiri (8 167 mètres). En 2024 il ajoute à son CV le Makalu (8 466 mètres) et le Kangchenjunga (8 586 mètres).
Avec le Manaslu, qu'il vient tout juste de skier, Bartek Ziemski continue de faire sa trace. « J’étais condamné au ski », lâchait-il en octobre 2023 à l'agence de presse polonaise PAP. Originaire de Bielsko-Biała, une petite ville au sud de la Pologne proche des montagnes des Beskides silésiens, Bartek est initié au plaisir de la glisse vers l’âge de trois ans, par ses parents, skieurs amateurs. Bien plus tard, pendant ses études à l’École Polytechnique de Varsovie, il opte pour un programme Erasmus dans une ville proche des montagnes. Direction l’Autriche, Salzbourg, mais surtout direction les Alpes.
Ce qui était alors un loisir devient une passion, puis un choix de vie. Il se rapproche du groupe « Jeunes » de la Fédération polonaise d’alpinisme, du Klub Wysokogórski SAKWA – un club dédié aux sports de montagne fondé en 1997 – puis du programme Polski Himalaizm Sportowy (PHS), une initiative lancée en 2021 afin de former et soutenir les alpinistes polonais. Bartek Ziemski y participe activement et porte le « MAD Ski Project » en collaboration avec le PHS. Ce projet vise à réaliser des descentes à ski depuis des sommets de plus de 8 000 mètres.
Première à ski au Kangchenjunga
Toujours installé à Salzbourg, Ziemski travaille aujourd'hui comme développeur logiciel pour NativeWaves, une entreprise autrichienne spécialisée dans la technologie de streaming vidéo immersive. Surtout, il s’entraîne désormais « des sommets avec plus de 2 000 mètres de dénivelé à dix minutes en voiture de chez [lui] ». S’il est désormais le mieux placé pour skier les 14x8 000, il est aussi celui qui a réalisé plusieurs premières : le Dhaulagiri et l’Annapurna, tous deux en 2023, et le Kangchenjunga, en 2024.
La descente du Kangchenjunga, le 27 mai 2024, aura une saveur particulière pour le skieur polonais. Il s’agissait du dernier sommet de 8 000 mètres, le troisième le plus haut du monde, à n’avoir jamais été skié. Une performance qui fera date, d'autant qu'il grimpe en style alpin, sans oxygène, sans porteurs et sans la logistique des expéditions commerciales himalayennes. Quant aux descentes, il favorise toujours les intégrales depuis le sommet jusqu’au camp de base mais se voit contraint, parfois, d’utiliser des sections de cordes – sans déchausser toutefois – comme c’était le cas sur l’Annapurna. Sur certaines de ses expéditions, le Polonais est filmé par son compagnon de cordée Oswald Rodrigo Pereira, alpiniste et réalisateur. Un film est né de leurs performances sur l'Annapurna et le Dhaulagiri : « The Silent Escape ».
Un Polonais peut en cacher un autre
Avec sept sommets à son actif, Bartek Ziemski est désormais le skieur qui a descendu le plus de 8 000. Jusqu’ici, il partageait le record établi à six avec son compatriote Andrzej Bargiel. À 37 ans, ce dernier avance aussi ses pions dans la course au 14x8 000. Il est, entre autres, l’auteur de la première descente de l’histoire du K2 (8 611 mètres) en 2018, en descente intégrale. De quoi lui valoir, l'année suivante, le titre d'« Aventurier de l’année » par le magazine National Geographic. En 2016, c'est le Prix Léopard des Neiges qu'il recevait. La récompense absolue pour les alpinistes ayant gravi les cinq sommets de plus de 7 000 mètres de l’ex-URSS. Avec un temps record à la clef : 29 jours 17 heures et 5 minutes.
Bartek Ziemski ou Andrzej Bargiel ? Qui sera le premier à skier les quatorze 8 000 ? La course reste ouverte. Bargiel est aujourd’hui dans l’Himalaya, à l’assaut de l’Everest (8 848 m), son ultime sommet. Depuis 2019, il y revient, sans succès. Une réussite le placerait à hauteur de Ziemski. Mais la montagne n’a rien lâché : sa dernière tentative, il y a quelques jours à peine, a été stoppée net par la météo.
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