Après trois tentatives avortées, le skieur-alpiniste polonais de 37 ans signe un exploit historique : l’ascension de l’Everest sans oxygène, suivie d’une descente intégrale à ski jusqu’au camp de base. Une première mondiale dont le récit devrait être porté à l’écran en 2026.
« C’est l’un des moments les plus importants de ma carrière sportive. Descendre l’Everest à ski sans oxygène, c’était mon rêve depuis si longtemps. », raconte Andrzej Bargiel à l’issue de son exploit. Le 22 septembre 2025, à 15 heures, le Polonais chausse ses skis au sommet de l’Everest, 8 849 mètres. À peine 24 heures plus tard, il boucle la première descente intégrale du plus haut sommet du monde sans oxygène, en atteignant le camp de base. Une prouesse : « À cette altitude, sans oxygène, le corps doit se battre pour chaque pas, explique Patrycja Jonetzko, médecin de l’expédition. Ce qu’Andrzej a accompli va au-delà des capacités humaines. »
Trois échecs avant l’exploit
Ce succès n’a rien d’un coup de chance. Bargiel le prépare depuis près d’une décennie et a connu plusieurs revers avant d’y parvenir :
- 2019 : sa tentative est annulée, les conditions météo étant trop dangereuses.
- 2022 : un genou blessé l’oblige à abandonner.
- 2023 : son troisième essai est stoppé net par l’instabilité de la cascade de glace du Khumbu.
Il aura fallu attendre l’automne 2025 pour que toutes les planètes s’alignent enfin. « Je savais que tracer une ligne de descente à travers le glacier du Khumbu serait le plus grand défi de ma vie », confie-t-il. Aussi l’intervention de son frère, pilote drone, aura-t-elle été décisive.

Une expédition au cordeau
Baptisée Everest Ski Challenge 2025, l’expédition a suivi une organisation rigoureuse, dont voici le déroulé. Du départ depuis le camp de base, le 19 septembre, au retour après l’ascension suivi de la descente à ski, le 23 septembre.
- Camp de base – Camp IV : le 19 septembre à 4 h 30, Bargiel quitte le camp de base et suit un protocole d’acclimatation en effectuant plusieurs rotations entre les camps I, II et III. Il s’installe finalement au camp IV, au col Sud (7 900 m), pour préparer son assaut final.
- Assaut final : le 21 septembre à 23 h 24, il quitte le camp IV. Les fortes chutes de neige ralentissent sa progression. Après près de 16 heures passées dans la zone de la mort, il atteint le sommet à 15 h le 22 septembre, sans oxygène.
- Descente à ski (sommet – camp II) : quelques minutes après son arrivée au sommet (15 h 17), il chausse ses skis et entame sa descente. À 15 h 35, il a franchi le Hillary Step, puis la South Summit. À 17 h 20, il est sous le camp IV, poursuit à gauche de l’éperon de Genève et rejoint le camp II (6 400 m) à 20 h 30. La nuit l’empêche d’aller plus loin.
- Descente à ski (camp II – camp de base) : le 23 septembre à 7 h, il repart à ski, passe le camp I à 7 h 50, traverse les pentes du Nuptse, puis s’engage dans le dangereux Khumbu Icefall. Guidé en partie par un drone piloté par son frère Bartek, il franchit ce dédale de séracs et de crevasses sans cordes fixes ni cordes statiques. Andrzej Bargiel rejoindra, sain et sauf, le camp de base à 8 h 45 ajoutant ce jour-là une nouvelle performance à un solide parcours.
Naviguer dans un tel terrain pour guider mon propre frère n’a rien eu de simple. Quand il a franchi l’arête et le glacier, j’ai enfin pu respirer
Bartłomiej Bargiel

Un palmarès hors norme
Bargiel n’en est pas à son premier coup d’éclat. En 2018, il avait déjà marqué l’histoire en réalisant la première descente intégrale du K2 à ski, sans oxygène — un exploit toujours inégalé. Son CV aligne depuis les premières mondiales : Broad Peak (2015), Gasherbrum II (2019), Gasherbrum I (2019), toujours sans oxygène. Sans oublier un record en 2016 : l’ascension des cinq sommets de plus de 7 000 m de l’ex-URSS en seulement 30 jours.
« Sa descente du K2 avait déjà établi un nouveau standard, souligne l’alpiniste et cinéaste Dariusz Załuski, membre de l’expédition. L’Everest confirme des compétences hors du commun, en performance, endurance et résilience mentale. »
À 8 849 mètres, l’air contient en effet à peine un tiers de l’oxygène disponible au niveau de la mer. Longtemps, les scientifiques pensaient qu’un effort intense sans oxygène était impossible. Reinhold Messner et Peter Habeler avaient brisé ce tabou en 1978, ouvrant une voie restée marginale. « Beaucoup ont skié des sections de l’Everest, analyse Adrian Ballinger, guide américain parvenu neuf fois au sommet. Mais Andrzej a tracé une ligne complète, du sommet au camp de base. Réussir ça sans oxygène demande une énergie et une concentration inimaginables. »

Un duel polonais au sommet des 14 x 8 000
Avec cet exploit, Andrzej Bargiel devient le seul alpiniste de l’histoire à avoir skié à la fois du sommet de l’Everest et du K2, sans oxygène. Mais la compétition ne s’arrête pas là : un autre Polonais, Bartek Ziemski, s’est lancé dans le défi des 14 x 8 000 à ski. En réussissant enfin l’Everest après trois échecs, Bargiel reprend l’avantage dans cette course symbolique.
Le récit de cette expédition fera l’objet d’un documentaire produit par Red Bull, dont la sortie est prévue en 2026. Après le film remarqué K2 : The Impossible Descent, consacré à son exploit sur le deuxième sommet du monde, ce nouveau projet promet de dévoiler les coulisses de l’une des plus grandes réalisations de l’histoire du ski-alpinisme.

Le palmarès d’Andrzej Bargiel
- Everest (2025) : première descente intégrale à ski sans oxygène du plus haut sommet du monde.
- Gasherbrum I (2019) : première descente à ski sans oxygène.
- Gasherbrum II (2019) : première descente à ski sans oxygène.
- K2 (2018) : première et seule descente intégrale à ski de l’histoire, sans oxygène.
- Snow Leopard (2016) : enchaînement des cinq sommets de 7 000 m de l’ex-URSS en 30 jours, record battant Denis Urubko de 12 jours.
- Broad Peak (2015) : première descente à ski sans oxygène.
- Manaslu (2014) : premier Polonais à skier depuis le sommet, record ascension + descente en 21 h 14.
- Shishapangma (2013) : premier Polonais à skier depuis le sommet central, sans oxygène.
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