On a tous un jour croisé - sur une piste, sur une voie, sur un sentier - un vrai connard. Celui qui a été odieux, qui nous a regardé de haut ou encore qui nous a bousculé dans la file des remontées mécaniques. Qui sont ces gens ? Quels sont leurs réseaux ? Compliqué de trouver les réponses... Mais si votre rêve est d'en devenir un à votre tour, voici quelques astuces pour y parvenir sans difficulté.
Vous avez déjà pensé à devenir un connard/une connasse élitiste, mais sans savoir comment vous y prendre pour commencer votre carrière ou comment vous y prendre tout court ? Vous avez déjà eu secrètement l'impression (même légère) d'être mieux que tout le monde ? C'est un bon début. Vous ressentez une petite explosion de joie à l’intérieur de vous à chaque fois vous vous moquez de ceux qui font les choses différemment de vous ? Vous avez le sentiment que ça vous donne confiance en vous mais ce n’est pas suffisant ? C'est aussi un signe que vous avez les qualités requises pour être un connard élitiste. Il est temps de développer ce potentiel encore inexploité grâce à ces quelques conseils qui vous aideront à vous hisser au sommet d'une hiérarchie visible uniquement par vous.
Soyez convaincus que votre façon de faire est la meilleure et que tout le monde devrait suivre votre exemple. Par exemple, si vous skiez, les snowboarders ont tort - pas seulement à cause de la méthode de descente qu'ils ont choisie, mais probablement aussi dans bien d'autres choses de la vie, et peut-être même foirent-ils toute leur vie. D'autres personnes font mal les choses : ceux qui font du télémark (à moins, bien sûr, que vous ne fassiez du télémark, auquel cas tous ceux qui ne le font pas se trompent), ceux qui skient moins de fois par an que vous, ceux qui louent des skis, ceux qui utilisent des skis différents des vôtres, ceux qui ne portent pas les mêmes combinaisons de ski que vous, ceux qui skient dans des endroits qui ne vous intéressent pas et ceux qui ne skient jamais.
Moquez-vous de tous ceux qui ne pensent pas exactement comme vous. Tout est permis : la couleur du sac à dos, le niveau de la voie d'escalade, la politique, la religion, la hauteur des chaussettes, la largeur du guidon, les goûts musicaux, la préférence pour le miel liquide ou crémeux, la vitesse de la randonnée/de la descente à ski/de la course à pied. C’est bien simple, si vous avez une opinion, vous avez raison, et les gens qui ne sont pas d'accord ont tort. Si vous n'avez pas d'opinion sur un sujet, fabriquez-en une et commencez à en parler. Vous pensez que simplement parce que vous n'avez pas grimpé une voie en salle, vous ne pouvez pas dire à quelqu'un d'autre comment s’y prendre? Bien sûr que vous pouvez leur dire comment faire ! Et s'ils ne vous écoutent pas, c'est évidemment parce que ce sont des crétins.
Voyez les choses en grand. Si vous voulez vraiment vous mettre à dos les gens (enfin, vous élever au-dessus d’eux), il est beaucoup plus efficace de s’en prendre à des groupes entiers de personnes. Par exemple : ceux qui font du singlespeed, ceux qui ne font pas de singlespeed, ceux qui font du bloc, les grimpeurs à l’ancienne, ceux qui aiment la coriandre, ceux qui s’arrêtent en double-file, ceux qui vont plus lentement ou plus vite que vous, ceux qui préfèrent les sièges fenêtres, ceux qui préfèrent les sièges couloir et bien sûr ceux qui n’arrivent pas à faire sortir le ketchup d’une bouteille en verre.
Faites tourner en bourrique les gens quand ils ne sont pas d'accord avec vous. Par exemple, si vous dites : “Tous les vététistes sont des dégénérés, des meurtriers, et/ou le genre de personnes qui n’hésitent pas à doubler dans la queue au bar pendant un festival, sans aucun scrupule" et qu'un vététiste n’est pas d’accord et vous répond : “C’est ridicule de dire ça” ou “Va te faire foutre”, faites comme si c'était celui qui avait dépassé les bornes. Essayez ceci : “Je plaisantais…Calme-toi enfin…”.
N'oubliez personne. Amis, amis d’amis, connaissances, même les membres de votre famille - personne ne doit être épargné par votre snobisme. Sauf, bien sûr, vous, parce que vous êtes le meilleur. Un vrai connard élitiste ne partage la vue depuis les sommets (ou, plus exactement, la vue depuis le bout de son nez) avec personne. Si vous avez des amis, moquez-vous d'eux sans hésiter. Un jour ou l'autre, vous deviendrez quelqu'un que les amis évoquent avec une sorte de ton gêné : “Fais-moi confiance, c'est quelqu’un de bien, il faut juste apprendre à le connaître”. Ce qui en vrai veut dire : “C'est un vrai connard, mais si tu persévères, tu finiras par apprendre à le tolérer”.
Ne reculez jamais. Le but ultime est d'être complètement seul, assis sur le trône métaphorique que vous vous êtes créé, sans amis parce qu'ils pensent tous que vous êtes un connard. N'écoutez pas les autres, ne changez pas d'opinion sur quoi que ce soit (à moins que cela ne serve l'objectif ultime de se mettre à dos tout le monde), et ne remettez jamais en question le fait que la façon dont vous faites les choses pourrait ne pas être la bonne. Ce dont ce monde a besoin, c'est de plus de division, plus de disputes et plus de prise de tête (sur Internet, dans la vie réelle, dans les embouteillages et partout ailleurs). En devenant un connard élitiste, vous contribuerez à éloigner les gens, à créer une société qui voit tout à travers le prisme “Nous contre Eux”. Grâce à votre dévouement, nous pourrons être en désaccord sur tout, et vous pourrez vous sentir un peu mieux dans votre peau, et mourir en sachant que vous aviez raison. A propos de tout. Peut-être seulement incompris, par tous ces idiots.
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