Avez-vous déjà songé à transformer une veste Arc'teryx transformée en bikini, une polaire Patagonia en ensemble de plage ou encore un CamelBak en bob ? C’est le genre de créations éphémères que la grimpeuse Nicole McLaughlin confectionne. Des oeuvres satiriques plébiscitées aussi bien par le milieu outdoor que par le monde de la mode ; pour preuve, l'Américaine s'est vu consacrée par un portrait dans Vogue ! Et si l’on donnait finalement une chance au recyclage ?
Si vous avez passé un peu temps sur les réseaux sociaux ces deux dernières années, il se peut que vous soyez tombé sur les créations virales de Nicole McLaughlin, une jeune femme de 28 ans créant ses propres collections à partir de vêtements et d'équipements recyclés, principalement issus des marques outdoor. Elle a ainsi transformé des bonnets Carhartt en shorts, des polaires Patagonia en ensembles de plage, une veste Arc'teryx en bikini, et a récupéré des CamelBak pour en faire une veste et un bob.
Si ses créations sont souvent fonctionnelles (la veste CamelBak peut contenir de l'eau), elles ne visent pas à être réellement utilisées. En effet, pour Nicole, l'objectif est de montrer aux gens à quel point les matériaux existants peuvent être réutilisés et de lancer ainsi une réflexion autour de la durabilité. D’ailleurs, ses créations sont éphémères. Une fois achevées, l’artiste les photographie dans le but les diffuser. Ensuite, elle les démonte afin d’en utiliser les matériaux pour ses futurs projets. Une balle de volley lui a permis de confectionner une chaussure, un coussin, un gant ou encore un sac à main commandé par Gucci. "Il a vécu tant de vies !”, explique-t-elle. Il se trouve actuellement dans sa bibliothèque de matériaux, attendant d'en vivre une autre. "J'essaie toujours d'utiliser tout ce que j'ai, chaque morceau de chaque projet".
“Je voulais simplement travailler de mes mains et créer quelque chose d’authentique”
Un travail qui se démarque parce qu'elle sait comment créer un impact visuel, une compétence qu'elle a perfectionné en travaillant chez Reebok, d'abord comme stagiaire, puis comme graphiste à plein temps. "C'est un peu là que j’ai commencé à développer mon activité personnelle", se souvient-elle, évoquant l'époque où elle créait des visuels pour les chaussures et les vêtements. "J'avais en moi ce sentiment d'émerveillement, le même que l’on a enfant. Je voulais simplement travailler de mes mains et créer quelque chose d’authentique.” Dans cet objectif, elle a commencé à fouiller dans ses vieux cartons et a immédiatement su qu'elle venait de trouver un filon. "C'est quelque chose de très spécial", se souvient-elle. "Il me restait tant de vies à donner à ces produits".
Peu à peu, elle arrive à devenir une créatrice indépendante (à temps plein en 2019), compte près de 800 000 abonnés sur Instagram et collabore avec les plus grandes marques de mode et d'outdoor du monde, dont Arc’teryx, Rumpl et Hermès. Le milieu de la mode a été, depuis ses débuts, attiré par son travail, au point que très vite Vogue et GQ lui consacrent un portrait. « Mais j'ai toujours été très ancrée dans le monde sport dont le langage visuel est extrêmement fort", dit-elle. "J’adore le matériel outdoor pour son côté utilitaire. On vit des milliers d’expériences avec. Mon travail reflète une forme de nostalgie de ces moments-là. »
“Grimper un peu ou faire quelques tractions booste ma créativité »
Comme le souligne Nicole, les sports outdoor ont toujours eu une grande place dans sa vie. Ces dernières années, elle s'est même passionnée pour l’escalade, comme le suggèrent bon nombre de ses créations. D’abord via la salle d’escalade, lorsqu'elle travaillait pour Reebok à Boston, puis via une pratique davantage tournée vers l'extérieur. C’est d’ailleurs l’une des raisons principales pour laquelle elle a déménagé, en mai, à Boulder, au Colorado, lui permettant d’être plus proche des spots de grimpe (bien qu'elle conserve toujours son studio de design de Brooklyn).
Outre son travail, l’escalade est d'ailleurs la seule autre chose que vous verrez sur ses réseaux sociaux. « Je pense que j’y ai pris goût [parce que] c’est une expérience très axée sur la résolution de problèmes où l’on anticipe ses prochains mouvements, où il faut absolument trouver une solution. » Elle a même un mur d’escalade dans son studio. « C’est une pause mentale nécessaire à ma journée. Grimper un peu ou faire quelques tractions booste ma créativité. »
Comme beaucoup d’artistes, Nicole trouve son inspiration partout, aussi bien dans les rues de New York que dans les friperies ou lors de ses activités outdoor. Lors d’une récente opération de nettoyage, un morceau d’emballage lui a même inspiré un nouveau projet. « Il était là, devant moi. Il me fallait juste être capable d'imaginer comment en faire quelque chose. »

« C’est une façon de rassembler les gens tout en parlant de durabilité de manière plus accessible”
Ses oeuvres étant enracinées autour de la notion de potentiel, d'opportunité d'une deuxième vie, son travail, vu de loin, reflète une forme d'optimisme. Mais elle sait y glisser une pointe de satire. Nicole joue sur la réputation de la marque en mettant leurs logos en évidence et en intégrant des articles universellement reconnus comme les sacs à dos Jansport et les doudounes The North Face. Un clin d’œil taquin, mais acerbe, à la consommation capitaliste. « Si l’on ne voyait pas le logo de la marque, on ne porterait probablement pas autant d’attention à mon travail. Pour le meilleur et pour le pire. Face mes créations, nos habitudes de consommation sautent aux yeux. » En effet, il est impossible de s'empêcher de sourire face à un string confectionné à partir des vêtements de travail Dickies, portant de vrais outils. « Je trouve qu'il y a de l’humour dans mon travail. C’est ce qui, selon moi, encourage les gens à participer à cette réflexion », souligne-t-elle. « C’est une façon de rassembler les gens tout en parlant de durabilité de manière plus accessible. Espérons qu’ils viendront pour les oeuvres et qu’ils resteront, dans un second temps, pour discuter recyclage. »
Du côté des marques, l'un de ses partenariats les plus importants à ce jour est Arc’teryx. « Arc’teryx a été pour moi d'un grand soutien d’un point de vue matériel, m’aidant, par la même occasion, à éduquer autour du recyclage », dit-elle. En effet, outre ses oeuvres, Nicole anime également des ateliers visant à enseigner aux gens comment fabriquer leurs propres produits recyclés, un lien facilité par la communauté déjà existante autour de la marque selon elle. « Il est important de rassembler les gens, d'unir le milieu de l'outdoor. Plus les gens vont sortir, plus ils voudront protéger la nature qui les entoure. »

« Comprendre ce que nous pourrions améliorer, et ainsi essayer de mettre en œuvre une économie circulaire au sein d'une entreprise me motive »
« Lorsque j'entreprends un projet, il est très intéressant selon moi de voir là où il y a un potentiel en matière de durabilité et de recyclage. » C'est pourquoi bon nombre de ses partenariats impliquent des marques qui atteignent leurs objectifs dans ces domaines, ou qui tendent vers cela. Toutefois Nicole ne refuse pas de collaborer avec une entreprise en raison de son faible engagement écologique, à condition d'y voir une occasion de faire avancer les choses. « Ca me motive de comprendre ce que nous pourrions améliorer ensemble, et d'essayer de mettre en œuvre une économie circulaire au sein d'une entreprise. » L’un de ses objectifs étant que les marques prennent conscience du potentiel des matériaux dont elles disposent déjà, et de les aider à monter des projets.
Nicole espère en fait que son travail inspire les autres à percevoir la valeur des choses qu’ils possèdent et à donner une chance au recyclage. « Prendre un vêtement d’occasion, un article trouvé dans une friperie, ou toute autre pièce de votre placard que vous êtes prêt à jeter ou à donner, et l’utiliser au final pour essayer d'en faire quelque chose de nouveau, c'est incroyable ! », conclut-elle. « Les possibilités sont infinies. »
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