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UTMB Val D'Aran départ 2025
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Ultra-trail : quand l’argent pèse plus que le podium

  • 6 juillet 2026
  • 5 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

« Ils vont me faire perdre 10 000 euros ! » Alors qu’il dominait l’ultra-trail du Val d’Aran, le traileur espagnol Julen Calvo a été sanctionné pour une assistance non conforme au règlement. Plus que le podium qui s’envole, c’est bien la somme qu’il aurait dû empocher qui semble alors le préoccuper. L’argent qui s’invite sur les sentiers, ça ne date pas d’hier. Mais rarement les enjeux financiers n’ont été autant assumés. Le trail a longtemps gardé ses distances avec le sport professionnel. On y venait d’abord pour courir longtemps, en montagne, pas pour toucher un chèque. Cette ligne semble pourtant s’effriter, à mesure que les prize money augmentent et que les élites se professionnalisent. Et avec elle, la crainte de voir l’argent peser parfois autant, sinon plus, que la place sur le podium.

En tête du 110 km du Val d'Aran by UTMB, l’Espagnol Julen Calvo a écopé d’une pénalité d’une heure pour avoir bénéficié d’une assistance par deux personnes lors d’un ravitaillement, alors que le règlement n’en autorise qu’une seule. Sur une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, on l’entend protester : « Ils vont me faire perdre 10 000 euros ! » Une somme qui correspondrait au prize money de 5 000 euros de l’épreuve, auquel pourraient s’ajouter des primes de sponsors. La pénalité lui coûtera finalement la victoire, l’athlète terminant sixième. Difficile, bien sûr, de résumer ses motivations à une phrase lancée sous le coup de la frustration. Mais la scène dit quelque chose du moment que traverse le trail : une sanction ne fait plus seulement perdre une place au classement. Elle peut aussi coûter plusieurs milliers d’euros.

Une montée en puissance des primes

En première ligne de cette évolution, l’UTMB Mont-Blanc. Vitrine mondiale du trail, l’événement est devenu, en quelques années, l’un des plus généreux en matière de prize money. Depuis l’instauration des premières primes en 2018, l’organisation n’a cessé de revoir ses dotations, jusqu’à les doubler en 2024.. Le vainqueur de l’épreuve reine, 175 kilomètres autour du Mont-Blanc, perçoit désormais 20 000 euros, contre 10 000 auparavant. Les deuxième et troisième repartent respectivement avec 12 000 et 8 000 euros, tandis que les sept concurrents suivants sont également récompensés, jusqu’à la dixième place, dotée de 1 500 euros. Les autres courses phares de la semaine suivent la même trajectoire : les vainqueurs de la CCC, 100 km, et de l’OCC, 57 km, empochent 13 000 euros, avec des primes distribuées jusqu’au top 10.

Au total, les finales de l’UTMB World Series représentent désormais plus de 150 000 euros de prize money. À cela s’ajoutent les dotations des quatre Majors du circuit — Val d’Aran, Ultra-Trail Australia, Kodiak et Chiang Mai — qui offrent 5 000 euros aux vainqueurs des formats 50 km, 100 km et 100 miles, contre 3 000 euros pour le deuxième et 2 000 euros pour le troisième. Là encore, les primes ne se limitent plus au podium, mais s’étendent jusqu’au top 5.

L’objectif affiché : permettre aux meilleurs athlètes de mieux vivre de leur discipline et reconnaître le niveau d’exigence qu’impose désormais le très haut niveau en trail. « Il était très important pour nous d’augmenter les prize money afin d’appuyer notre engagement pour le sport et pour les communautés », expliquait en 2024 Frédéric Lénart, directeur général du groupe UTMB. « Nous sommes fiers de soutenir les athlètes, femmes et hommes, dans l’accomplissement total de leur passion et dans la possibilité de vivre de leur sport. »

À titre de comparaison, les Golden Trail World Series, organisées par Salomon, ont elles aussi nettement relevé leurs dotations. Pour la saison 2026, le circuit annonce 435 000 euros de prize money, soit une hausse de 45 % par rapport à 2025, répartis sur l’ensemble de la saison. Les vainqueurs du classement général, chez les femmes comme chez les hommes, empocheront 30 000 euros. Là encore, la logique est claire : attirer les meilleurs, renforcer le spectacle sportif et installer un peu plus le trail dans les codes du sport professionnel.

Une pratique qui se généralise

Cette logique de professionnalisation gagne aussi les instances internationales. Aux Championnats du monde de trail et de course en montagne, organisés en 2025 à Canfranc, la dotation globale a frôlé les 100 000 euros, soit près du double de celle proposée lors des Mondiaux d’Innsbruck, en 2023. Les vainqueurs de chacune des huit épreuves ont reçu 5 000 euros, tandis que les primes étaient distribuées jusqu’à la cinquième place.

Même tendance chez les principaux rendez-vous européens. Le Festival des Templiers distribue désormais près de 63 000 euros sur l’ensemble du week-end, tandis que la Transvulcania, aux Canaries, approche les 40 000 euros de prize money. Le Marathon du Mont-Blanc, longtemps considéré comme une course avant tout populaire, suit la même trajectoire. Les vainqueurs du 42 km repartent avec 10 000 euros, tandis que le 90 km offre 3 000 euros à ses premiers.

D’autres épreuves prestigieuses restent plus mesurées. À Sierre-Zinal, monument du trail alpin, le vainqueur reçoit 3 000 euros et les dix premiers sont récompensés. L’organisation préfère également valoriser la performance chronométrique : une prime de 2 000 francs suisses est promise en cas de record du parcours, montant qui augmente de 1 000 francs chaque année où le record résiste. Même philosophie à Zegama-Aizkorri. La course basque se contente de 3 000 euros pour son vainqueur.Son prestige, son histoire et l'engouement populaire qui l’entoure suffisent encore — et l’on espère que cela dure — à attirer les meilleurs traileurs de la planète.

Certains événements refusent toutefois d’entrer dans cette surenchère. La Diagonale des Fous, à La Réunion, maintient un prize money d’environ 1 500 euros pour le vainqueur. Un choix assumé par l’organisation, qui entend préserver « l’esprit sportif » et éviter « l’appât du gain ». Les éventuels bénéfices sont réinvestis dans la logistique, la sécurité, le suivi médical ou encore le chronométrage. « Le Grand Raid a une image que l’on ne peut pas galvauder. C’est une course familiale, reconnue mondialement, mais où l’on ne vient pas pour gagner de l’argent », rappelait Pierre Maunier, président du Grand Raid.

Plus surprenant encore, certaines grandes classiques américaines, dans un pays pourtant souvent considéré comme le berceau du sport-business, restent fidèles à un autre esprit. Après sa victoire à la Western States Endurance Run, Vincent Bouillard n’est pas reparti avec un chèque, mais avec une boucle de ceinture, l’une des récompenses les plus convoitées de l’ultra-trail. Depuis les débuts de la course, en 1974, cette boucle est remise à tous les finishers : en argent pour ceux qui terminent en moins de 24 heures, en bronze pour les autres, arrivés avant la barrière des 30 heures. Même constat à la Hardrock 100, disputée vendredi 10 juillet dans le Colorado, qui ne distribue aucun prize money. Ici aussi, le prestige de terminer l’une des courses les plus difficiles au monde suffit encore à attirer les meilleurs ultra-traileurs.

Certaines épreuves qui ont refusé d’entrer dans cette logique ont pourtant fini par disparaître. C’est le cas de la SkyRhune, qui a annoncé l’arrêt de son événement après l’édition 2024. Son fondateur, Nicolas Darmaillacq, alertait déjà sur les effets de cette évolution : « Le trail évolue à une vitesse grand V et cela s’éloigne totalement de mes idéaux. » Il ajoutait : « Car l’argent n’emmène que de mauvaises contreparties. On parle de plus en plus de dopage, de système d’entreprise, de bénéfices, et ça, ça me gêne. Ça dénature la pratique. »

Professionnaliser le trail... jusqu'où ?

Si les prize money augmentent, est-il si surprenant que les traileurs les poursuivent ? Organisateurs et athlètes défendent, eux, une même lecture. Les meilleurs s’entraînent désormais comme des athlètes de haut niveau, consacrent plusieurs dizaines d’heures par semaine à leur discipline, s’entourent de coachs, de kinésithérapeutes ou de nutritionnistes, et enchaînent les déplacements. Dans ce contexte, récompenser financièrement leurs performances apparaît, à leurs yeux, comme une forme de reconnaissance plutôt que comme une dérive. D’autant que, pour les organisateurs, des primes plus élevées attirent davantage d’athlètes de haut niveau, renforcent le spectacle sportif, augmentent la couverture médiatique et séduisent plus facilement les partenaires. Logique qu’ils y voient un cercle vertueux.

Et du côté des traileurs, il y a la réalité économique. Si quelques figures internationales vivent confortablement de leur discipline, la majorité des élites compose avec un modèle plus précaire. Les revenus proviennent d’un assemblage de contrats avec les équipementiers, de partenariats, de bonus versés par les sponsors et, plus rarement, des prize money des courses. Dans bien des cas, terminer sur un podium rapporte finalement davantage par les retombées générées auprès des partenaires que par le chèque remis sur la ligne d’arrivée. La course aux primes, elle, ne fait peut-être que commencer.

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