C’est l’un des événements outdoor les plus populaires au monde. Reliant les villages de Sierre et de Zinal, la plus ancienne course de trail-running européenne, qui fête ce week-end sa 50e édition, attire chaque année des milliers de coureurs, venus du monde entier. Et l’on comprend pourquoi ! Entre ses panoramas sur cinq sommets de plus de 4000 mètres à couper le souffle, son parcours exigeant et sa philosophie inchangée depuis un demi-siècle, on peut parler d'un mythe. Retour sur l'histoire de cette course irremplaçable, de ses origines à aujourd'hui. L'occasion aussi de faire un point sur les athlètes à suivre de très près samedi 12 août.
L'un des premières courses à intégrer des athlètes féminines
1974. Le Valaisan Jean-Claude Pont, enseignant et guide de montagne, présente un projet novateur aux édiles du val d’Anniviers : une course reliant Sierre à Zinal par plus de 30 kilomètres de sentiers caillouteux avec 2200 mètres de dénivelé positif et 1 100 m de dénivelé négatif. « Je connaissais la beauté des lieux et de ce parcours, mais aussi les vertus du sport et de l’effort physique. Tout cela a dû concourir à la naissance de la course » se souvient le fondateur. « J’étais enseignant. Un enseignant de vocation, qui aime partager. Tout cela réuni m’a amené, de manière inconsciente, à cette idée saugrenue ». Car si aujourd’hui les courses de montagne se déclinent sous les formes les plus diverses (trail, kilomètre vertical, skyrunning ou encore ultra-trail), elles étaient pratiquement inexistantes en Suisse et ne constituaient pas encore une discipline à part entière.
Quelques mois plus tard, le 11 août, il neige jusqu’à Ponchette (8e km). Un temps qui à de quoi ravir le champion suisse de ski de fond Eddy Hauser (médaillé de bronze olympique du 4×10 km en 1972 à Sapporo) qui ouvre le palmarès en 2:38:14 devant le Belge Gaston Roelants, champion olympique du 3000 mètres steeple en 1964, à Tokyo. Côté femmes - car oui, dès sa première édition, Sierre-Zinal accueille les athlètes féminines, encore majoritairement exclues des courses en extérieur - la Française Chantal Langlacé s’impose en 3:51:59. Près de deux mois plus tard, elle s’emparera de la meilleure performance mondiale sur marathon (2:46:24), qu’elle abaissera en 1977 (2:35:15).
À la suite du succès de cette première édition, Jean-Claude Pons est contacté par Tamini et Jeannotat, fondateurs du magazine Spiridon, revue qui milite en faveur des premières "courses libres”, qui souhaitent promouvoir la discipline. Ils vont créer la Coupe internationale de la montagne (CIME) dont la première édition a lieu en 1975. La course Sierre-Zinal est inscrite au calendrier de la compétition, ce qui confirme d'emblée son caractère international. Plus tard, en 1979, la CIME introduit une nouvelle catégorie d'épreuve baptisée « Super », réservée aux courses présentant des difficultés comme un long parcours ou un fort dénivelé.
« Le cœur avant le chrono » : une philosophie qui n’a pas pris une ride
L'une des particularités de Sierre-Zinal est la distinction entre deux catégories de participants : les « touristes » et les « élites ». Les premiers sont ceux qui viennent vivre une expérience sur la course, sans prétention de temps. « Un moyen d’effectuer le parcours dans sa totalité de manière à la fois acteurs et spectateurs », écrit Jean-Claude Pont dans "Courir dans une Cathédrale". Les seconds sont des trailers de haut (voire très haut) niveau. Seuls les « élites » ont un classement final. « Sur une distance comme celle-là, dans un tel environnement, on va au bout de soi-même, on apprend beaucoup sur soi », poursuit le fondateur. « Le seul but pour beaucoup est de retrouver et de vaincre leur corps, aux prises avec un parcours exigeant. Les quelques moments de souffrance sont largement compensés par la richesse des impressions que l’on a recueillies et qui continuent à vous habiter une bonne partie de l’année ». Cette philosophie va engendrer une des devises de Sierre-Zinal : « Le cœur avant le chrono ».
4 athlètes qui ont inscrit leurs noms dans l’histoire de la course
Pour attirer les participants, Jean-Claude Pont a dès le début compris que la présence de « grands noms » du sport était un atout permettant d’offrir aux anonymes la chance de partager la même épreuve que les champions.
Pablo Vigil, première star de Sierre-Zinal
Avec quatre victoires sur la course, l'Américain Pabol Vigil est tombé amoureux de Sierre-Zinal lors de sa première participation en 1979, sur un parcours qu’il n’avait même pas reconnu. Ce qui ne l'a pas empêché d'établir un record qui restera imbattu durant 10 ans.
Kilian Jornet, neuf victoires au compteur
Lorsqu’il prend part à sa première Sierre-Zinal le 9 août 2009, Kilian Jornet est déjà auréolé d’un immense prestige. Double champion du monde des Skyrunner World Series, il a remporté, à 21 ans à peine, des courses aussi prestigieuses que le marathon de Zegama-Aizkorri (2007 et 2008) et surtout l’UTMB 2008, en établissant le record de l’épreuve. En cette année 2009, le Catalan aligne les performances dans toutes les disciplines. Entre autres, il remporte la Coupe du monde de ski-alpinisme en individuel, gagne de multiples Skyraces ou encore établit le record du GR20 en Corse. Favori à Sierre -Zinal cette année-là, il l’emporte en 2:35:30, un temps assez loin du record de l’épreuve établi en 2003 par Jonathan Wyatt en 2:29:12. Vainqueur à nouveau en 2010, Kilian enchaîne ensuite entre 2014 et 2018 une série de cinq victoires.
2019 ne sera pas une année pas comme les autres. En forme comme jamais, Kilian Jornet prend un départ extrêmement rapide, inhabituel pour lui, et se place en tête de la course dès les premières secondes. Le message est clair : il vise le record de l’épreuve. Son principal rival, l’Erythréen Petro Mamu, triple champion du monde de course en montagne, pointe déjà à 2 minutes du leader au sommet de la première ascension. Le Catalan boucle le parcours avec un temps exceptionnel de (2:25:25). Même le second, Petro Mamu, bat l’ancien record en signant un superbe chrono (2:26:31).
Anna Pichrtova, femme la plus titrée de la course
Avec ses quatre victoires consécutives entre 2006 et 2009, la Tchèque Anna Pichrtova est l’athlète féminine la plus titrée du parcours. En 2008, elle établit un record en 2:54:26, un chrono qui ne sera battu qu'en 2019 par la vaudoise Maude Mathys.
Maude Mathys, recordwoman chez les femmes
La Valaisanne Maude Mathys atteint elle aussi les sommets en 2019. Championne d’Europe de course en montagne la même année, elle n’aura laissé aucune chance à ses adversaires, menant de bout en bout la course pour pulvériser le record de plus de 5 minutes en 2:49:20.
Annoncée comme grande favorite en 2021, malgré un plateau très relevé, Maude ne se laisse pas impressionner par la concurrence et remporte sa troisième victoire d'affilée sur la classique suisse. Elle voit cependant la Néerlandaise Nienke Brinkman, encore inconnue sur la scène internationale, créer la surprise en terminant deuxième à seulement trois minutes derrière.
La crise sanitaire n’a pas eu raison des éditions 2020 et 2021
En plein Covid, les organisateurs de Sierre-Zinal n'ont jamais voulu annuler la course. Si un rassemblement de plusieurs milliers de participants n'était toutefois pas envisageable, la course s’est déroulée, en 2020 et en 2021, sur une période d'un mois, entre le 4 août et le 12 septembre. Le message des organisateurs est clair : « Vous nous avez fait confiance en vous inscrivant à la Course des Cinq 4000 dans une situation sanitaire incertaine. Vous vous êtes entraînés, projetés, Sierre-Zinal est désormais en vous, c’est pour cette raison que nous ne vous laissons pas tomber ». Contre vents et marées, l'esprit de Sierre-Zinal a continué de souffler !
Une édition 2022 marquée par le dopage
Beaucoup de coureurs venus des hauts plateaux d’Afrique, en particulier des Kényans, sont venus sur la 49e édition de Sierre-Zinal. Ce n’était pas la première fois que des athlètes africains faisaient le déplacement. Chez les hommes, Eticha Tesfaye (Éthiopie) s’était imposé en 1996 et Petro Mamu (Érythrée) en 2016. Du côté des femmes, c’est également le cas de Tsige Worku (Éthiopie) en 2003 et de Lucy Murigi (Kenya) en 2015. Sierre-Zinal 2022 a cependant été marquée par des résultats historiques : un doublé kényan, avec la victoire de Mark Kangogo et de Esther Chesang… qui ont tous deux été déclassés pour dopage. Un imbroglio qui jette malheureusement l’opprobre sur les coureurs Kenyans, arrivés en force sur la scène du trail.
Un parcours exigeant
Sierre-Zinal se découpe en différentes étapes. Il y a bien sûr le départ à Sierre, à cinq heures du matin pour les "touristes" et quelques heures plus tard pour les "élites". Et tout de suite la terrible montée jusqu'au pâturage de Ponchette. 1300 mètres de dénivelé en huit kilomètres : la première partie a de quoi couper les jambes et le souffle.
Le dénivelé est ensuite moins abrupt jusqu’à Chandolin. Les coureurs passent ensuite devant le célèbre hôtel Weisshorn à 2337 mètres d'altitude. Le fantastique panorama des cinq 4000, Weisshorn (4 505m), du Zinalrothorn (4 221m), de l’Obergabelhorn (4 063m), du Cervin (4 478m) et de la Dent Blanche (4 357m), au-dessus du Val d'Anniviers, s'offre alors à eux. Après avoir atteint le point culminant de Nava 2425 m), c'est la descente, qui se fait de plus en plus féroce, avec 3 derniers kilomètres pentus et assez techniques, à travers des forêts et des pâturages, à mesure qu'on se rapproche de Zinal, point d'arrivée de la course.
Cette année, malgré l’absence de Kilian Jornet, un plateau élite hommes exceptionnel
En l’absence de Andreu Blanes, vainqueur 2022, on retrouvera sur la ligne de départ tous les athlètes classés dans le Top 10 de l’an dernier, à l’exception de Kilian Jornet et Daniel Osanz. Le Kenyan Patrick Kipngeno (2e en 2022), l'Erythréen Petro Mamu (3e en 2022), le Suisse Rémi Bonnet (8e en 2022) seront donc particulièrement à suivre. Parmi ceux qui n’étaient pas là en 2022 mais qui connaissent bien la course, notons aussi : Jim Walmsley (3e en 2019), l'Italien Davide Magnini (5e en 2021), l'Américain Eli Hemming (20e de Sierre-Zinal en 2022, 2e du 42km du Marathon du Mont-Blanc 2023), le Marocain Elhousine Elazzaoui (31e en 2019, mais qui vient de s’imposer brillamment sur la 3e étape des GTWS, la Dolomyths Run). Sans oublier le Britannique Tom Evans, vainqueur de la WSER 2023, et l'Américain Adam Peterman champion du monde de Trail Long 2022.
Côté français, les chances de Top 10 seront réelles avec entre autres : Thibaut Baronian (6e en 2021), Julien Rancon (8e en 2021), Anthony Felber (11e en 2022), Sylvain Cachard (12e en 2022). Sans oublier Thomas Cardin, qui découvrira la course, et Mathieu Blanchard, 81e en 2022.
Chez les femmes, qui pour battre Nienke Brinkman ?
En l’absence de la Valaisanne Maude Mathys (3 victoires à son actif), blessée et en convalescence, et d’Esther Chesang, 1ère en 2022 (qui, sous le coup d’une suspension, n’aurait pas dû être autorisée à prendre le départ), la voie semble libre pour la Néerlandaise Nienke Brinkman, qui avait terminé 2ème en 2021 derrière la Suisse. Mais il faudra également compter sur les femmes en forme du moment, classées dans le Top 10 en 2022 : la Kényane Philaries Kisang (2e en 2022), l'Irlandaise Sarah McCormack, (4e en 2022) ou encore l'Américaine Bailey Kowalczyk, (5e en 2022).
Côté français, on suivra les performances de Mathide Sagnes, (13e en 2022), Louise Serban-Penhoat, (23e en 2022), Noémie Vachon, Marie Goncalves et Laure Paradan.
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