Partir sur les routes en famille, c’est possible…à condition de bien s’y préparer et d’être prêts à bousculer un peu ses habitudes. Pour vous y aider, voici quelques conseils de pros, aboutissement d’années d’expérience de quatre familles.
Ma fille Joséphine venait tout juste de s'endormir dans notre van de location, et je n’aspirais qu’à une chose : me débarrasser de la sueur de la journée dans l'une des merveilleuses douches dont les camping islandais ont le secret. En route vers la fameuse douche, je me suis arrêtée net. J'avais oublié ma serviette. Je me suis précipitée vers le van, j'ai ouvert la porte aussi silencieusement que possible et j'ai attrapé la serviette qui avait servi de rideau pour bloquer l'interminable lumière de l’été islandais. Puis je suis repartie vers la douche. J'avais à peine commencé à me déshabiller que je me suis rendu compte que le shampoing était toujours dans le tiroir où je l'avais précipitamment rangé quelques jours plus tôt. Merde ! Lorsque j'ai rouvert la porte du véhicule, mon mari, qui était encore en train d'essayer de rendormir Joséphine, réveillée après ma dernière intrusion, m'a jeté un regard glacial. Franchement, je ne savais plus où me mettre.
Deux mois plus tôt, j'avais entrepris de dénicher un van sur Craigslist, un site d’occase encore assez populaire. Mais alors que j'affinais ma recherche sur les modèles compatibles avec les sièges auto, je savais que ce n'était qu'une chimère. Nous venions d'acheter notre première maison et nous n'étions pas prêts à la vendre pour vivre sur la route. Nous n'avions pas non les moyens d'acheter un van tout en payant notre crédit. Nous avons donc fait un compromis : nous avons acheté des billets pour l'Islande, loué un van et passé deux semaines d’été à parcourir le pays avec Joséphine, 14 mois.
Ces journées sur la route nous ont offert des moments magiques : dîner sous un glacier pendant que deux Islandaises divertissaient notre petite Jo ; trajet dans une vallée aux couleurs incroyables pendant que Jo faisait la sieste dans son siège auto ; réveil sur une plage de sable noir sans personne aux alentours. Mais comme l'a montré l’épisode de la douche, nous avions manifestement des problèmes à résoudre dans l’organisation de notre vie quotidienne, dans le van. Rentrée à la maison, je rêvais toujours d'en acheter un, mais je savais aussi que pour que cela fonctionne, nous aurions besoin de conseils de professionnels. J'ai donc pris contact avec quatre familles qui vivaient à temps plein ou partiel sur la route avec leurs enfants. Voici leurs conseils pour réussir un voyage.
1 Préparez-vous à tomber en panne : oui ça va vous arriver !
Susan Kennedy et son mari ont passé trois ans, de 2012 à 2015, à parcourir les États-Unis dans un Volkswagen Vanagon de 1984 avec leurs deux fils, l'un âgé d'un an et l'autre d'un an et demi. Ils vivent aujourd'hui à Bayfield, dans le Colorado, où ils élèvent trois garçons. Forts de leur long périple ils partagent volontiers leur expérience sur les réseaux sociaux. Susan reconnait que, même pour les familles les plus expérimentées, la vie en van n'est pas toujours aussi idéale qu'Instagram le laisse entendre. Oui, c’est pénible de déplacer les sièges de voiture pour déplier le lit chaque nuit, et oui votre véhicule tombera probablement en panne, et vos enfants comme vous, risquent d’avoir des petits coups de blues et le mal du pays. Mais il y a des moyens d'y faire face.
Assurez-vous d’abord d'avoir toujours le manuel de votre véhicule à portée de main. Ca a l’air évident, mais c’est la base, et nombre de questions à vos réponses sont dans ce manuel qu’il vaut mieux avoir en format papier, internet n’étant pas toujours en rendez-vous. Surtout, curieusement, quand vous êtes en panne, au milieu de nulle part et sous une pluie diluvienne. Avant le départ, mettez-vous en relation avec d'autres propriétaires de vans semblables aux vôtre via sur les réseaux sociaux, eux aussi ont certainement des trucs à partager avec vous, car eux aussi sont forcément passés par les mêmes galères que vous. Faites le plein avant de prendre la route d’applis vous permettant de localiser rapidement des ateliers de réparation, des terrains de camping et d'autres ressources indispensables. Enfin considérez les pannes mécaniques comme une pause, plutôt que comme une source de stress. Facile à dire, mais admettez une fois pour toutes qu’en van, les pannes font partie de l’aventure.
Pour lutter contre le mal du pays, si votre parcours vous le permet, prévoyez quelques haltes chez des parents ou des amis. De petites coupures qui feront mieux passer le voyage aux enfants, surtout si c’est leur premier. Pensez à tenir un journal de bord dans lequel ils pourront consigner leurs meilleurs souvenirs avant d'aller se coucher. Voir ou revoir ensemble cet album au fil du voyage permet d’ancrer les bons moments et d’oublier les autres.
2 L’école sur la route, tout un art
Nathan Swartz (@wandrly sur Instagram) a voyagé pendant dix ans avec sa femme et leurs trois garçons, du nourrisson à l'adolescent. Il affirme qu'il n'est pas plus difficile d'élever des enfants sur la route qu’à la maison. En fait, Nathan et sa femme, Renée, ont fait l'école à chacun de leurs enfants pendant qu'ils voyageaient. Plutôt que de s'appuyer sur des plans de cours et des programmes scolaires standard, ils ont simplement impliqué leurs enfants dans tous les aspects de leur vie, de la vidange d'huile à la préparation des repas."Notre vie quotidienne était une leçon", explique-t-il. "Faire une randonnée sur un sentier et apprendre à lire une carte, c'était l'école. Visiter un musée ou simplement aller au terrain de jeu, c'était l'école. Apprendre à se repérer dans les horaires de bus lorsque nous visitions une ville, ou écouter des livres audio... tout était matière à apprentissage." Parfait, mais pour ceux dont les enfants sont en âge de suivre un programme plus cadré, autrement dit, dès le cours préparatoire, une inscription au CNED s’impose. C’est simple, efficace et très peu cher, alors ce serait dommage de s’en passer.
3 Régulièrement, faites le point en famille pour checker ce qui fonctionne… et ce qu’il faudrait améliorer
Michelle Craig (@theroamschoolfamily) est mère célibataire et photographe indépendante, elle a vécu à plein temps pendant quatre ans dans son van baptisé Jerry Lee avec son fils adolescent, Noah Sage. Depuis un an ils y habitent seulement une partie de l’année. Comme les Swartz, au fil de son parcours, elle fait l’école en y incorporant la visite de musées, de parcs nationaux et d'autres expériences d'apprentissage. Le meilleur conseil qu'elle donne aux familles qui envisagent de vivre dans un van est : "de le faire, tout simplement ! De ne pas hésiter à se lancer ! J'ai passé tellement de temps à faire des recherches et à réfléchir avant de sauter le pas", regrette-t-elle.
Le fait d'être très organisé facilite également la vie dans un espace restreint, tout comme le fait veiller à ce que la communication reste fluide au sein de la famille, confinée dans un petit espace, en particulier avec les enfants plus âgés, dit-elle. "Nous disposons d'une échelle de 1 à 10 pour évaluer nos sentiments à l'égard de certains aspects de notre vie", explique Michelle. "Nous faisons un point au moins une fois par mois pour voir si ce mode de vie nous convient encore à tous les deux. »
4 Il va vous falloir apprendre à prendre le temps
Ash, Margaux et leur fille Mar (@sowewent), âgée d'un an, ont un domicile fixe mais partent régulièrement à bord de leur van « Bruce » pour de longs voyages depuis que Mar a quatre semaines. Leur conseil le plus précieux serait de commencer à partir avec ses enfants dès leur plus jeune âge. "Nous avons décidé de voyager le plus tôt possible pour faire du camping et de la vie en pleine nature la pierre angulaire du nouveau chapitre que nous ouvrions avec notre fille", explique Margaux. "Et après les premiers voyages, tout est devenu plus facile et plus routinier. ». Elle ajoute que les parents qui envisagent de vivre en van avec leurs enfants doivent prévoir d'y aller lentement - tout prend plus de temps avec un bébé à bord. Sa règle de base est d'ajouter 45 minutes supplémentaires pour chaque tranche de trois heures de conduite afin de tenir compte des arrêts pour changer ou nourrir un bébé. Et au lieu de se fixer de gros objectifs, grande randonnée ou journée très remplie, elle conseille de revoir un peu ses priorités et d’apprendre à savourer des expériences moins ambitieuses mais tout aussi gratifiantes. "Au fil des jours, nous avons appris à aimer les matinées en famille où l'on prépare tranquillement le petit-déjeuner avant de partir en rando et à savourer des soirées qui commencent tôt."
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