La France, l’Espagne, le Portugal et même le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle… Pendant plus de trois ans, Fiona Lauriol a sillonné les routes avec Dominique, sa grand-mère centenaire. Une expérience inoubliable qui lui a ouvert les yeux sur la nécessité de créer des liens intergénérationnels, ce qu’elle partage aujourd'hui avec un large public depuis le décès de "mémé" à 103 ans, livre à l’appui. L’objectif ? Parcourir la France - toujours en van ! - pour raconter son périple et briser les tabous autour de la vieillesse.
Fin août 1918, Fiona Lauriol, alors âgée de 35 ans, part à la rescousse de sa grand-mère, Dominique Cavanna, 101 ans, hospitalisée en EHPAD. "Si j’étais à sa place, dans un mouroir, gavée de médicaments, à compter les heures face à un mur blanc, ne voudrais-je pas que quelqu’un vienne me sauver ?" écrit-elle, dans son livre "101 ans, Mémé part en vadrouille". Un journal de bord pouvant comporter quelques longueurs mais qui fourmille de détails sur l'incroyable aventure dans laquelle Fiona et sa grand-mère se sont lancées.
Or, accueillir chez soi une personne âgée dépendante n'est pas de tout repos, surtout que les professionnels de santé ne donnent à Dominique que quelques semaines à vivre. "Elle a un carcinome [une tumeur qui se développe lentement, ndlr] à la tête, elle est centenaire, frêle, elle a un pacemaker qui date de la Seconde Guerre mondiale, une peau déshydratée, alors à part un miracle, elle ne va pas faire long feu" explique à Fiona un médecin.
La jeune femme ne se décourage pas pour autant. Une fois le rythme trouvé, entre le caractère bien trempé de sa grand-mère, ses cauchemars nocturnes, la gestion de son hygiène et de son alimentation, cette rédactrice freelance arrive même à caler quelques heures de travail dans son emploi du temps. Mais rêve d’ailleurs.
"On nous avait dit qu’il ne lui restait plus que quelques jours à vivre"
Au point que Fiona lance un jour à sa Dominique une proposition qui va changer leur vie : "Mémé, ne t’ennuies-tu pas à regarder le plafond toute la journée ? Ca ne te dirait pas de partir sur les routes avec moi dans le vieux camping-car ?". Sans vraiment prendre le temps de la réflexion, la vieille dame accepte. Tant pis pour l’incontinence, tant pis pour le déambulateur. Immigrée italienne, la grand-mère a l’âme vagabonde, elle qui a traversé clandestinement les Alpes après la seconde Guerre Mondiale.

"Le voyage commence enfin, et, même si je me suis renseignée avant auprès des médecins pour savoir si ça ne risquait pas d'accélérer son entrée dans l'autre monde, et qu'ils m'ont confirmé que les voyages forment la jeunesse, j'ai un léger doute sur l'idée brillantissime que j'ai eue" écrit Fiona dans les premiers jours. "Mais, ma grand-mère, comme pour m'encourager à démarrer, se met à chanter en riant aux éclats et me demande : 'Ma, alors, tu attends quoi ? On y va ?'
Le pari est fou ! Accompagnée de ses parents, qui les suivent en voiture, Fiona part de la Faute-sur-mer, en Vendée. Destination : la France, l’Espagne, le Portugal… et même le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, le tout dans leur van qui n'est pas tout jeune, lui non plus, mais offre le confort minimum, notamment une douche. "On nous avait dit qu’il ne lui restait plus que quelques jours à vivre. Au final, on a passé trois ans de folie à voyager partout" raconte la jeune femme.
"Je la voyais s’émerveiller de tout, rajeunir de jour en jour"
Tout au long du périple, Dominique vit une deuxième jeunesse, découvre de nouveaux paysages et assiste même à son premier concert. Les semaines défilent, les anniversaires s’enchaînent sur les routes et "mémé" partage de plus en plus de souvenirs avec sa petite fille. "Elle était comme une adolescente ! Je la voyais s’émerveiller de tout, rajeunir de jour en jour. C’est là que j'ai eu le déclic. J’ai compris que même à 103 ans, on peut toujours croquer la vie", témoigne sa petite fille
29 juin 2020. Quelques jours après être reparties sur les routes, le Covid-19 les ayant contraintes de rentrer chez elles, Dominique décède, "dans son sommeil à 103 ans trois mois et trois semaines", précise Fiona. "On voulait faire un tour du monde. Mais au final on n’a pu faire que 15 000 kilomètres, on avait encore plein de projets, comme faire tous les pays d’Europe qui se terminent en -ie". L'Italie, ou encore la Roumanie par exemple.
"Je lui avais promis d’écrire notre histoire", poursuit-elle. Et c’est chose faite. L’année d’après, son roman "101 ans, Mémé part en vadrouille" voit le jour. Plus de deux ans après la disparition de sa grand-mère, le voyage est bien loin d’être terminé pour Fiona. Toujours à bord d’un camping-car, elle passe encore sa vie sur les routes. Direction les EHPAD cette fois-ci. L’idée ? Raconter l’histoire de "mémé" aux résidents et militer en faveur de la cause des personnes âgées - son expérience étant un excellent moyen de faire bouger les lignes et d'alerter sur les conditions de nos aînés.
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