Tour à tour cuisiniers, hôtes et vigies des cimes, leur métier fait encore rêver, au point que le réalisateur Thibault Servan parte à la rencontre de ceux qui, sept jours sur sept en saison, nous accueillent en refuges. Julien et Sylvain dans les Pyrénées ariégeoises, Julie et Baptiste dans le Parc National de la Vanoise, et Lucie au-dessus de la mer de Glace, face au Mont Blanc… tous sont là-haut par passion, mais restent lucides sur l’évolution de leur rôle. Des témoignages qui, malgré quelques longueurs, éclairent aussi sur une certaine vision de la montagne tendant à s’étendre auprès des « usagers », plus tentés parfois par la « consommation » que par la découverte. Diffusé sur France TV, ce 52 minutes tenant plus du reportage que du documentaire est en accès libre jusqu’au 16 mai seulement.
En 2023, « The high life », un petit documentaire très léché, produit par Patagonia, nous plongeait dans l’univers chaleureux du refuge de la Charpoua, où pendant huit ans, Sarah Cartier, une jeune femme originaire de Chamonix, avait posé ses valises. Lieu mythique, cette minuscule cabane en bois vieille de 118 ans devait être rénovée. Avec elle, c’est tout un pan de l’histoire de l’alpinisme dans les Alpes, qui s’effaçait aussi. Mais la vie ne s’y est pas arrêtée pour autant. Thibault Servan, réalisateur de « Ceux d’en haut », a eu la bonne idée d’y monter dans le cadre d’un documentaire. Aujourd’hui remplacé par un bâtiment similaire, plus robuste, et sans doute plus fonctionnel, le nouveau bâtiment a perdu la patine de l’ancien, forcément, et c’est au tour de la jeune Lucie Dunand d’y apposer sa patte. Amoureuse de la montagne, celle qui au départ se sentait parfois illégitime face aux alpinistes partant à l’assaut des Drus, a peu à peu trouvé ses marques et vit pleinement la solitude, loin de la vallée.
Plus bouillonnante est l’ambiance au refuge de la Vallette dans le parc national de la Vanoise. On y suit le quotidien de Julie et Baptiste, jeune couple heureux de voir grandir leur petit Lucien en pleine nature, dans une communauté fluctuant au gré du passage des marcheurs. Gestion des stocks de nourriture, des réservations, réparations, ils ne comptent pas leurs heures, mais semblent avoir trouvé un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Un constat que partageaient déjà certains des gardiens interviewés par Outside en avril dernier.
Mais c’est dans le témoignage de Julien Militon et Sylvain Frèche, gardiens du refuge d’en Beys, dans les Pyrénées ariégeoises que l’on trouvera l’éclairage le plus intéressant de ce reportage. Il arrive un peu tardivement, à la 45e minute du documentaire, mais cerne bien l’évolution d’une profession qui ne fait que refléter celle de notre société.
« Il y a 10 ans, il y avait moins de nuitées, avec moins de campeurs », se souvient Julien Militon. « On pouvait donc passer plus temps avec les gens. Aujourd’hui, on a l’impression qu’on consomme plus. On n’a plus vraiment assez d’échanges. Les saisons nous nourrissent moins ». Les refuges sont devenus des objectifs, explique-t-il, alors qu’avant ils étaient « conçus pour aider les randonneurs à aller plus loin », regrette-t-il. Il voit aujourd’hui trop de marcheurs pressés d’arriver au refuge pour en redescendre aussi vite, comme s’ils cochaient une case. Il ne désespère pas pourtant de réussir à les inviter à s’arrêter un moment, sans bouger, « pour regarder les cailloux (…). Je préfère que les gens rêvent de montagne plutôt que de refuges », conclue-t-il.
Photo d'en-tête : Thibault Servan