Faudra-t-il bientôt réserver sa place pour se lancer sur les sentiers autour du mont Blanc ? C'est possible, si l'on en croit le maire de Saint-Gervais-les-Bains Jean-Marc Peillex, déjà à l'origine de la régulation des ascensions du sommet du mont Blanc. Et pour cause, d'après un rapport de l'association des amis de l'UTMB, 44 322 personnes ont foulé les sentiers du Tour du Mont-Blanc entre le 6 juin et le 1er septembre 2025, soit environ 1 000 par jour. Un chiffre dont l’augmentation est exponentielle. Jean-Marc Peillex alerte : « C’est devenu infernal, il faut réguler ».
Le rapport de l’association des amis de l’UTMB Mont Blanc, association adossée au fameux ultra qui se déroule chaque année à la fin du mois d’août à Chamonix, est implacable. Entre le 6 juin et le 1er septembre 2025, 44 322 personnes ont emprunté les sentiers du Tour du Mont-Blanc, dont des portions sont communes au GR5 et à l’Hexatrek. Cela représente une fréquentation journalière d’environ mille personnes, sans parler du pic de fréquentation lié à l’UTMB fin août. « C’est de la folie, c’est le syndrome de l’Everest avec des files de gens sur les sentiers », déplore Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais-les-Bains, contacté par Outside aujourd'hui.
Selon l’élu, les chiffres de fréquentation ne cessent d’augmenter, en particulier depuis la période Covid. Au point qu’aujourd’hui, il craint « ne plus avoir la maîtrise ». « Que veut-on pour notre territoire ? », s’interroge Jean-Marc Peillex. Et ce dernier a sa petite idée : des règles strictes et claires, « comme on l’a fait pour le mont Blanc en 2020 ». Parmi les mesures imposées à l’époque pour accéder au plus haut sommet d’Europe, celle d’obliger les ascensionnistes à réserver leur place en refuge au préalable. La réservation nominative, combinée à des contrôles d’identité aléatoires réalisés par les gardiens de refuge, les agents communaux de Saint-Gervais-les-Bains ou les gendarmes du PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne), a permis de contrôler les flux.
« Les portiques ? Nous ne sommes pas à l’entrée de Londres »
Cela crée un précédent dont le maire souhaite s’inspirer : « Il faut instaurer un nombre de visiteurs et ne pas le dépasser, il pourrait être celui des places disponibles dans les refuges sur le Tour du Mont-Blanc par exemple ». Quant à la mise en place de portiques à l’entrée de certains endroits, comme cela s’est vu dans les Dolomites ? « Je ne suis pas pour, c’est trop urbain, nous ne sommes pas à l’entrée de Londres ».
Pour réguler, Jean-Marc Peillex appelle aussi à l’unité avec les communes disséminées autour du mont Blanc en France, en Italie et en Suisse. Mais il nuance : « Pour l’heure, il n’y a rien eu de fait car des gens détestent entendre ce genre de réflexion par peur que le business diminue ». Un argument recevable selon le maire de Saint-Gervains-les-Bains, bien conscient que les communes concernées vivent entre autres du tourisme « mais si on veut la pérennité de nos activités, il faut d’abord les respecter en limitant la concentration », tranche-t-il.
La pédagogie comme pilier réglementaire
« Les gens font ce qu’on leur permet de faire, c’est donc à nous de mettre un cadre », ajoute enfin Jean-Marc Peillex. « Il ne faut pas taper sur ceux qui n’ont pas les codes car si nous ne mettons pas une règle que nous expliquons clairement, les touristes coréens ou japonais ne peuvent pas la deviner. » Et l’élu de conclure : « Nous devons mettre en place des mesures compréhensibles par tout le monde en raisonnant sur ce que l’on veut pour notre territoire, pas en faisant une liste d’interdictions ».
De plus en plus, les espaces naturels sont réglementés, régulés, soumis à des quotas, en France mais aussi partout dans le monde. Citons par exemple l'Inca Trail, au Pérou, dont il faut demander et payer le permis un an à l'avance afin d'accéder au Machu Picchu. Difficile équilibre à trouver entre démocratisation et accès aux milieux outdoor et respect de l'environnement et des communautés locales.
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