Pour limiter la surfréquentation, protéger l’environnement et souvent, aussi, faire des affaires lucratives, de plus en plus de montagnes ne sont accessibles qu’avec un permis au prix variable selon les sites et les pays. Derniers sommets concernés ? Celui du mont Fuji au Japon et de l’Elbrouz, en Russie. À quand le mont Blanc ?
Faudra-t-il, dans un avenir proche, systématiquement payer pour aller en montagne ? La liste des sommets exigeant un droit d’accès, un permis, ne cesse de s’allonger. Dernière cime en date, celle de l’Elbrouz (5 642 m), dans le Caucase en Russie. L’agence d’information et d’analyse Nakanune, enregistrée en Russie comme média officiel depuis 2006, avance en effet qu’un permis de 30 000 roubles – un peu moins de 330 euros – pourraient désormais être requis pour accéder au toit de l’Europe (au sens géographique du terme, l’Europe s’étire jusqu’à l’Oural, aux confins de la Russie et du Kazakhstan). Cette possibilité a été évoquée lors du Forum d’investissement du Caucase, en mai 2025. À cette occasion, l’année 2028 avait été avancée comme date d’entrée en vigueur du nouveau système.
L’administration du parc national de Prielbroussie, où se trouve l’Elbrouz, justifie ce choix en arguant que cela engendrera une baisse de la fréquentation. Environ 15 000 personnes (dont près d’un tiers de grimpeurs étrangers) tentent l’ascension chaque année, ce qui engendre une quantité énorme de déchets, selon le parc. Pour rappel, l’accès au site était déjà payant, puisque les alpinistes devaient s’acquitter de la modique somme de 200 roubles (environ 2 euros) pour accéder au territoire. Au-delà des déchets, l’administration locale vise aussi la limitation de l’impact sur le glacier de l’Elbrouz, glacier qui recule chaque année un peu plus, comme partout ailleurs dans le monde.
Avant l’Elbrouz, le mont Fuji aussi avait pris de telles mesures. La célèbre montagne japonaise, qui culmine à 3 776 m, impose depuis 2024 un droit d’accès d’un montant de 4 000 yens (environ 25 euros). De plus, pas plus de 4 000 personnes par jour ne peuvent s’élancer sur les sentiers du Fujisan, comme l’appellent les Japonais. Les arguments nippons sont similaires à ceux avancés par les Russes : éviter la surfréquentation et limiter l’impact environnemental.
De 25 euros à 15 000 dollars, où mettre le curseur ?
Bien sûr, le phénomène n’est pas nouveau. Il atteint même des proportions démesurées, comme à l’Everest (8 849 m). Petit rappel, depuis janvier 2025, pour tenter le sommet le plus haut du monde, le permis s’élève à 15 000 dollars. Soit une augmentation de 36% par rapport au montant précédent d’un peu plus de 11 000 dollars. Ces frais n’avaient pas bougé depuis près de 10 ans. Au regard des sommes engagées pour tenter cette ascension (en moyenne 65 000 dollars soit plus de 55 000 euros), est-ce que cette augmentation de 4 000 dollars sera vraiment déterminante ? Le doute est permis. Dans ce cas, quelle est la logique si ce n’est celle du business ?
Surtout, est-ce que le système du permis d’accès payant, déjà courant dans les parcs nationaux américains par exemple, est la bonne solution ? Verra-t-on, dans les années à venir, l’émergence d’un « tarif mont Blanc » ? L'argumentaire évoqué précédemment semblerait justifier une telle décision aux yeux de certains. Mais de telles mesures, mal proportionnées, sont discriminatoires, éliminent par l’argent certains ascensionnistes et, pire, remettent en cause l'accès libre à la nature. Sans pour autant résoudre le problème de la surfréquentation. C'est flagrant sur l'Everest. Reste à trouver la bonne méthode...
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