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Aiguille du midi
  • Société
  • Environnement

L’aiguille du Midi est-elle menacée par la dégradation du permafrost ?

  • 17 juin 2025
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

À l’heure où le téléphérique de l’aiguille du Midi fête ses 70 ans, c’est la question que l’on peut se poser. Les éboulements survenus en août 2023 et septembre 2024 sur ce sommet sont là pour rappeler que les Alpes sont en première ligne face au réchauffement climatique et à la fragilisation du permafrost. De quoi s’interroger sur la pérennité de l'un des sites naturels les plus visités de France, passerelle vers la haute altitude pour les visiteurs, skieurs et alpinistes. 900 000 personnes y sont montées en 2024.

21,2 milliards d’euros de consommation touristique. C’est ce qu’a généré en 2024, la région Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région la plus touristique de France, selon la Chambre de Commerce et d’Industrie. Parmi les sites les plus visités, trois figurent en Haute-Savoie. Sans surprise, le téléphérique de l’Aiguille du Midi, situé à Chamonix, est tout en haut de la liste, avec 989 960 visites, passages ou entrées. En deuxième position, on trouve le train de Montenvers-Mer de Glace (854 597). Et en troisième, le téléphérique du Brévent (527 987).

Inauguré en 1955, le téléphérique de l’aiguille du Midi reliant la vallée de Chamonix à un piton rocheux à 3 777 mètres dans le massif du Mont-Blanc, s’impose donc comme une attraction majeure pour la ville et sa région. Véritable prouesse technique, il a longtemps arboré le titre de plus haute remontée mécanique au monde, avant d'être détrôné par le téléphérique de Merida, au Venezuela, qui amène, lui, ses passagers à 4 765 mètres. Pas de quoi faire de l’ombre à l’infrastructure française ni émousser son attractivité. D'en haut, la vue est imprenable sur les principaux sommets du massif du Mont-Blanc - sans parler des Grand Paradis, Cervin, Dents du Midi, Mont Rose.. - et pour de nombreuses courses d'alpinisme, cela reste le point de départ, à commencer par la descente de la vallée Blanche ou l'ascension du mont Blanc par la voie des 3 Monts.

Aussi, d'année en année, les visiteurs sont-ils plus nombreux. Une source de revenus substantielle. A 59 euros le tarif aller simple adulte  (81 euros l’aller-retour), les comptes sont vertigineux. Voilà pour les revenus directs. Sans compter bien sûr les indirects ( restauration, hôtellerie etc). Certes entretenir cette infrastructure a un coût non négligeable – elle a d'ailleurs été intégralement rénovée en 1990 et en 1991 – mais le jeu en vaut la chandelle. Tant que c’est possible. Car le site fait partie intégrante d'un massif fragilisé par le réchauffement climatique.

Aiguille du midi
(Depositphotos)

Quatre éboulements en 2024

On se souvient en effet de l’écroulement qui s'est produit en août 2023 dans la face nord de l'aiguille du Midi, du côté de l'éperon Frendo, l'un des itinéraires les plus classiques de la face. Autour de 10 000 à 20 000 m3, à environ 3 500 mètres d'altitude, se sont effondrés. En cause, le réchauffement climatique et son impact sur le permafrost. « C'est une glace qui a plusieurs milliers d'années, on parle de béton de glace, de ciment de glace, mais ce ciment a malheureusement tendance à se dégrader de plus en plus profondément, ce qui explique la forte augmentation de la fréquence des événements", expliquait alors Ludovic Ravanel, glaciologue, spécialiste de l’évolution des milieux de haute montagne (chercheur au CNRS rattaché au Laboratoire Edytem de l’Université Savoie Mont-Blanc).

L’été suivant, en 2024, les épisodes se sont succédés. Au moins quatre éboulements ont été filmés sur la face nord de l’Aiguille du Midi. Ce qui faisait réagir Olivier Greber, guide et président de la Compagnie des Guides de Chamonix, régulièrement témoin de ces éboulements. « Il ne s'en produit pas forcément tous les jours, mais à proximité de l’aiguille du Midi, il y a eu plusieurs événements relativement importants. Les clients sont toujours très, très surpris. On entend un gros bruit dans la face nord. Généralement, on voit le nuage de poussière. Et puis on voit les derniers blocs qui roulent, et le nuage finit par se dissiper. Vu la poussière dégagée, c'est souvent un peu difficile d'avoir une idée du volume. Les endroits où les éboulements se produisent ne sont pas forcément les plus fréquentés. Ça a un impact pour nous, au niveau du métier, mais pour les touristes qui veulent monter à l'Aiguille du Midi, ça n'a que très peu d'impact (…) On essaie d'être très attentif aux signes avant-coureurs, comme des bruits d'écoulement de sable ou d’eau. On essaie de ne plus fréquenter les zones où l'on voit un signe avant-coureur », expliquait-il alors.

Aiguille du midiAiguille du midi

Des épisodes de plus en plus fréquents

Cette année-là, pourtant chargée, n’aurait pourtant pas été la plus mauvaise, selon Ludovic Ravanel qui depuis 2007 a mis en place un réseau d'observation dans le massif du Mont-Blanc pour suivre ces déstabilisations rocheuses. Reste que le chercheur se montrait rassurant quant au danger pour les touristes de passage. « La zone sous l’aiguille du Midi est relativement active. Elle est aussi très visible, donc il est normal d’avoir beaucoup d’informations sur ce secteur-là. Sur la partie médiane de la face nord, la roche est très fracturée, et se situe dans une tranche altitudinale qui est favorable au dégel du permafrost. Le permafrost se dégrade, et les étés sont de plus en plus secs et chauds, donc il y a un retrait des masses de glaces qui maintiennent la roche. La construction du téléphérique de l’aiguille du Midi date des années 50. Et c’était une bonne idée de mettre ça là-haut, d’un point de vue sécurité. Au sommet, la température du permafrost est très basse et l’ensemble est stable. Le fait de monter à l’aiguille du Midi ne déstabilise pas la roche. Il n’y a aucun impact direct du tourisme, si ce n’est que le tourisme est émetteur de gaz à effet de serre. », concluait-il avant de rappeler, et c’est important, que ces éboulements étaient de plus en plus fréquents.

« Si des compartiments rocheux se détachent en amont du passage de personnes, ou si des fondations commencent à bouger, évidemment, cela représente un danger », expliquait au Monde en avril 2024 Ivan Brunet, directeur général d’Alpes Ingé, un bureau d’études spécialisé dans la surveillance des zones à permafrost. En quinze ans, il a observé des « évolutions très rapides » sur  l’aiguille du Midi. Un site hautement surveillé – où divers travaux de consolidation ont été engagés. « Des roches ont, par exemple, été fixées à l’aide de gros clous pour éviter qu’elles ne se fissurent. Des capteurs de température, des fissuromètres, des caméras et un système d’« auscultation automatisée » avec des seuils d’alerte ont été installés. A cela s’ajoutent les surveillances quotidiennes des équipes, au sommet comme depuis le Plan de l'Aiguille (gare intermédiaire à 2300 m d'altitude) ».

Aiguille du midi
(Depositphotos)

Les signes annonciateurs sont nombreux

« Les déstabilisations surviennent à des moments surprenants », précisait au quotidien Ludovic Ravanel. « On pourrait penser qu’elles arrivent l’été, en période caniculaire. Mais pas seulement, car la chaleur met plusieurs mois à pénétrer dans les roches ». De l’eau qui s’évacue des fractures, des fissures qui s’ouvrent, des bruits, les signes annonciateurs sont nombreux, et il faut savoir les identifier. 

Alors, est-ce à dire que l’aiguille du Midi, l’un des sites de montagne les plus surveillés, mais aussi l'un des plus visités de France, est condamné à court, moyen ou long terme ? 

« Rien actuellement n'étaye le fantasme d'une déstabilisation de l'aiguille du Midi quel que soit le terme considéré ! », nous explique le glaciologue. « Pour l'heure, les données géologiques et les températures du permafrost ne suggèrent aucune déstabilisation majeure à venir. Nombre de secteurs du sommet n'ont d'ailleurs subi aucune modification depuis 30 000 à 100 000 ans, souhaitons que cela dure encore autant !. Par ailleurs, et d'une manière générale, toutes les zones affectées par le permafrost ne se déstabiliseront pas avec son dégel. Même si la physionomie des environs (face nord, arête des Cosmiques, col du Midi...) est fortement susceptible d'évoluer, il est possible que le sommet soit toujours constitué de ses trois sommets à la fin du siècle. Dans tous les cas, l'endroit est surveillé ! », conclut-il. 

Encore faut-il que les experts soient suffisamment nombreux pour les observer et les analyser, ce qui est loin d'être toujours le cas à l'heure où les budgets partout sont réduits, comme nous le rappelait le glaciologue fin mai, suite à la catastrophe de Blatten. 

Article publié le 17 juin 2025 à 18h38, mis à jour le 18 juin à 20h13.

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