Face au dérèglement climatique, de plus en plus d'Autrichiens ont désormais honte de faire du ski en raison de son piètre bilan écologique. Un comble dans un pays où cette pratique est fortement ancrée dans la culture nationale. Et il y a même un mot pour désigner cette tendance : le "skischam". Quid de la France ? Ce phénomène pourrait-il nous gagner ? Et comment adapter notre approche de la montagne afin de la rendre plus "verte" ?
Le "skischam", c’est quoi ?
Comparable au "flygskam" suédois, sentiment de culpabilité éprouvé lorsque l’on prend un gros avion polluant pour partir en vacances, le "skischam" - néologisme composé du mot “ski” et de “scham”, 'honte' -est également lié à des questions climatiques. Cette tendance, née en Autriche, fait littéralement allusion à cette "sorte de honte" des skieurs lorsqu’ils pensent "au climat, aux canons à neige [et à leur empreinte sur les écosystèmes], aux bandes blanches de neige artificielle dans un paysage majoritairement vert-brun" précise le quotidien national Die Presse. Ce mouvement pourrait-il traverser les Alpes et arriver jusqu'en France ?
Qui est vraiment concerné en France par cette pratique ?
Avant toute chose, un petit rappel des chiffres s'impose. "La qualité des pistes, des équipements, des canons à neige fait que le produit s'est amélioré par rapport à il y a 40 ans où on passait des vacances à la neige dans des petits villages avec deux tire-fesses. Il (le ski, ndlr) est donc aussi monté en prix. Il ne faut pas se leurrer, les vacances d'hiver, c'est une pratique de milieu social favorisé" précise le sociologue Jean Viard, spécialisé dans les questions des vacances et de loisirs au Nouvel Obs. Ainsi, "moins de 8 % des Français fréquentent les stations de sports d’hiver chaque année" expliquait récemment Le Monde soulignant qu’une journée en station coûte en moyenne 117€ par personne. Les vacances au ski, tout un budget, sans compter l'impact environnemental…
A quoi tient l'empreinte carbone d'un séjour en montagne ?
- 57% des émissions carbones proviennent des transports
Comme souvent, ce qui pollue le plus à la montagne, ce sont les transports. Dans un rapport publié en 2015, l'association Mountain Riders relève ainsi que « 57 % des émissions de gaz à effet de serre d’une station de montagne sont liées au transport des vacanciers depuis leur lieu de résidence jusqu’à la station ». Un élément indispensable à prendre en compte lors de la préparation de votre séjour. - 27% des émissions carbones dues aux bâtiments dont 11% via l’habitat résidentiel
Deuxième pôle d’émissions carbone, les bâtiments (chauffage et eau chaude essentiellement). "Le BBC (Bâtiment Basse Consommation) consomme jusqu’à 10 fois moins d’énergie que certains bâtiments existants !" précise d’ailleurs Mountain Riders dans son étude. Une piste à ne pas négliger lors d'une prochaine réservation. - 2% des émissions carbones liés aux domaines skiables…
Dont 95% liés à l’usage des dameuses fonctionnant au gasoil - les remontées mécaniques, fonctionnant à l’électricité sont décarbonnées.
Enfin, outre l’empreinte carbone, "les stations de sports d'hiver ont des impacts sur les ressources, l'air, l'eau, le sol, la végétation et les paysages", souligne Carmen de Jong, professeure en hydrologie spécialisée sur la montagne au Nouvel Obs. "Les répercussions sont beaucoup plus fortes aujourd'hui avec l’enneigement artificiel. Il y a toute la consommation énergétique des canons à neige, les pertes en eau à cause de l'évaporation, etc." Skier en station est donc souvent loin d'être neutre. Reste que nous pouvons limiter la casse, d'autant qu'à bien y regarder, ce n'est pas forcément très compliqué de "skier plus vert.
4 conseils pour continuer à faire du ski tout en limitant son impact environnemental
- Venez en train !
Embouillages, chaînage en urgence… La route des vacances peut rapidement tourner au cauchemar. C'est pourquoi le train est le moyen de transport idéal mais aussi le moins impactant en termes d’émissions de CO2 et de pollution de l’air. À distance égale, "il pollue 8 fois moins que la voiture et 14 fois moins que l’avion" précise l’ADEME. Beaucoup de stations sont d’ailleurs facilement accessibles en train, notamment grâce aux navettes saisonnières mises en place. Aux Arcs 1600, ou encore à Serre-Chevalier - entre autres- les pistes sont à un train et une navette de Paris, en moins de six heures.
- Choisissez un éco hébergement
Construit dans un souci de respect de l’environnement, un éco hébergement utilise des énergies renouvelables comme l’énergie solaire, éolienne ou hydraulique. Pour être certain que vous réservez bien un éco-logement, quelques labels sont à connaître notamment La Clef verte (label international), Écolabel européen (reconnu en Europe) et Ecogîtes (crée par Les Gîtes de France pour les habitations louées à des particuliers).
- Privilégiez les stations “vertes”
Créé en 2011, le label Flocon Vert est de loin le plus exigeant en Europe avec ses 20 critères (aménagement, soutien aux initiatives durables, sensibilisation des visiteurs, gestion de l’eau, mobilité…). Il vise à valoriser les destinations ayant une politique de développement durable de pointe en matière environnementale et sociale. À ce jour, onze stations françaises peuvent se prévaloir d’un Flocon Vert - Morzine-Avoriaz, Les Arcs, Megève, Valberg, Les Angles, Chamrousse, Val Cenis, Les Rousses, Vallée de Chamonix, Châtel et Le Grand Bornand.
- Mettez-vous au ski de randonnée !
Plus physique que le ski alpin, mais aussi nettement plus écologique, c'est un excellent moyen de côtoyer la montagne autrement, loin de la foule des pistes classiques. Découvrez d'ailleurs tous les conseils de Vivian Bruchez pour débuter.
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