Si les remontées mécaniques sont fermées pour le moment, c'est l’occasion de se mettre au ski de rando, que rien n’empêche de pratiquer. Il reste une très bonne alternative pour profiter de la neige et de la montagne à Noël, notamment en se formant auprès d’un professionnel, comme Vivian Bruchez. Le guide de Chamonix, expert en ski de pente raide, nous livre ses conseils pour commencer en toute sécurité.
En attendant les décisions du gouvernement concernant la vie des stations à Noël, on peut imaginer se mettre au ski de randonnée - une discipline que l'on peut pratiquer sans remontées mécaniques, ni pistes damées. Le hors-piste étant un terrain de jeu néanmoins risqué, il est nécessaire de connaître quelques règles de base avant de se lancer. Explications avec Vivian Bruchez.




Analyser son niveau de ski sur piste
La première question à se poser est : quel est mon niveau ? Est-ce que je sais déjà skier sur piste avant de faire du hors-piste ? La base part de là. Il vaut mieux apprendre à skier dans un environnement plus facile, avec des pistes damées. Mine de rien, en ski de rando, on évolue dans un environnement qui n’est pas aseptisé, ce n'est que du hors-piste. Ça peut être de la neige poudreuse, comme de la neige croutée, de la neige qui a regelé. Il faut avoir un minimum de bagage technique à ski.
Je dirais qu’il faut au moins être à l’aide sur des pistes rouges pour pouvoir faire une initiation au ski de randonnée. Ceux qui ont le niveau pour aller sur les pistes noires pourront déjà plus explorer la discipline.
Faire une initiation encadrée
C’est le moyen le plus simple de se mettre au ski de rando. On part encadré par des professionnels du ski, soit un moniteur, soit un guide de haute-montagne. Ça peut être un engagement privé, ou bien collectif, ce qui va juste changer, c’est le tarif. En formule collective, ça revient moins cher. Si on choisit ce genre de formation, globalement, après une journée de sortie, on gagne beaucoup de temps. Avec un formateur, on en apprend sur le matériel, il est là pour vous accompagner au magasin de location pour vous aider à choisir. Pendant la sortie, il sensibilise au milieu montagnard, il éveille la curiosité. Après une journée comme ça, on n’est pas à 100% autonome tout de suite, mais on peut déjà faire des petites sorties entre amis, sur des itinéraires classiques tout en gérant la sécurité. Après, évidemment, c’est une estimation qui dépend du degré d’implication.
Mais il faut que ce soit une journée entièrement dédiée à la formation, il est important que ce soit bien clair entre le guide et vous : insistez sur l’aspect « formation », et pas juste « sortie », sinon le guide pourrait ne pas avoir la même sensibilité de partage avec vous, en considérant que vous connaissez déjà les bases. Généralement, les professionnels proposent soit une journée de formation, soit une journée avec un objectif précis pour grimper telle montagne. Mais là, l’objectif n'est pas de gravir une montagne, mais de se former.
Suivre un itinéraire balisé
Cette option s'adresse à ceux qui voudraient s’y mettre par eux-mêmes. Dans ce cas-là, au niveau du matériel, vous pouvez vous renseigner directement auprès des loueurs. Maintenant, dans beaucoup de stations en France, on trouve des pistes balisées, damées, faites pour remonter en peau de phoque. Ce sont des chemins assez aseptisés, avant de redescendre par les pistes de ski.
C’est une très bonne approche comme première sortie de ski de rando hors formation. On monte par soi-même, tout en étant dans un espace sécurisé - donc on minimise le risque. Ça permet aussi d’être rapidement autonome car on apprend de ses erreurs.
Être curieux de connaître la montagne
On ne peut pas évaluer le temps nécessaire avant d’être totalement près à partir en autonomie. Mais quand on se forme, il faut être curieux du matériel, de la montagne. Car en soit, on continue d’en apprendre tous les jours, même après des années de pratique. Et la montagne s’apprend en la grimpant. Au final, c’est en multipliant le nombre de sorties qu’on progresse. Au-delà de la discipline, c’est toute une compréhension de l’environnement qu’il faut prendre en compte. C’est un univers intégral. Le ski de rando est une activité qui va de pair avec la connaissance du milieu.
C’est là toute la différence avec la pratique du ski en station où il « suffit » de suivre les remontées mécaniques, les pistes déjà toutes tracées, où on se retrouve en bas pour aller boire un vin chaud avec les copains et la famille. Alors que lorsqu'on part en ski de rando, qu’on est au pied de la montagne, il faut déjà réfléchir à l’itinéraire à prendre pour monter, apprendre à faire sa trace, à comprendre la neige, à gérer les horaires.
Différencier le matériel de ski de piste et ski de rando
Le matériel de ski de rando est plus léger que le ski de piste. La location est plus rentable si on compte en faire occasionnellement, c’est comme le ski de piste. On peut compter une cinquantaine d’euros en moyenne à la journée, selon les magasins.
Ensuite, pour quelqu’un qui cherche à s’équiper personnellement, ça représente un vrai budget. Entre les skis, les chaussures, les fixations, les bâtons, les peaux de phoques… on arrive vite à 2000€, si on prend du neuf. Sans compter les vêtements. L’équipement de départ est cher, mais il faut le voir comme un investissement pour ceux qui veulent continuer.
Ensuite, il y a des indispensables à avoir dans son sac à dos. J’ai publié une vidéo qui réunit tout ce que je mets dans mon fond de sac :
Se renseigner auprès des groupes de sortie
Il y a de plus en plus d’événements organisés, des regroupements de passionnés, orientés sur le ski de randonnée, ciblant notamment les bons gestes pour s’y mettre. C’est souvent gratuit en plus, ça vaut le coup de se déplacer pour y aller. C’est une mine d’or en termes d’informations. Les marques de ski aussi s’investissent dans ce discours. Ça permet d’apprendre de soi-même. Mais ce conseil vaut peut-être plus pour une autre période que ce Noël à venir...
Privilégier l’option « pro » cet hiver
Étant donné que les regroupements et l’événementiel sont limités cette année, c’est le moment d’avoir recours à un professionnel - moniteur ou guide. Seules limites actuelles, les rassemblements de personnes et la fermeture des remontées, mais ça n’empêche pas la pratique du ski de rando. Cependant si les remontées sont fermées, ça veut dire que les pistes ne seront pas damées, donc pas contrôlées - une bonne raison de suivre un pro. On attend quand même d’en savoir plus, on devrait très bientôt avoir des nouvelles.
Avoir conscience des risques
La règle d’or des indispensables à avoir avec soi, c’est : pelle, sonde, DVA (détecteur de victime d’avalanche). Il faut garder en tête qu’on fait du hors-piste. La principale cause d’accident, c’est la chute. Après, il y a le risque au niveau de la neige, qui est l’avalanche. On arrive à le minimiser en choisissant bien ses sorties - et on s’équipe. Mais il faut aussi, et surtout, savoir l’utiliser.
Pour apprendre à se servir du DVA, on trouve des parcs d’entraînement dans les stations. On essaye de chercher un signal, de trouver une fausse victime. On peut s’entraîner seul, comme avec des proches, même dans un champ. C’est un peu le même principe que la chasse au trésor !
Partir seul n’est pas conseillé. Mais quand on part en groupe, c’est important que chacun fasse part de son niveau et de son objectif pour la sortie. Soit tout le monde a le même ; soit un membre du groupe a un niveau un peu plus élevé, et peut transmettre son expérience aux autres - ça, c’est vraiment l’idéal.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
