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VTT Les Gets
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Aux Gets, le développement du VTT de descente menace-t-il l’avenir du pastoralisme ?

  • 4 juin 2026
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

La cohabitation entre VTTistes et bergers se tend aux Gets depuis l’annonce du projet de réaménagement du Mont Chéry. Alors que la station poursuit sa stratégie de diversification quatre saisons, avec notamment l’étude d’une nouvelle piste de descente, le Groupement pastoral alerte sur les conséquences possibles pour l’activité agricole, la biodiversité et l’équilibre de ce versant encore relativement préservé.

Au domaine skiable des Gets, station reconnue à l’échelle internationale pour l’accueil d’épreuves de Coupe du monde de VTT, le tourisme sportif occupe aujourd’hui une place de plus en plus importante dans l’économie estivale. Dans ce contexte, un projet de réaménagement du Mont Chéry prévoit la construction d’un nouveau télésiège, le démontage de plusieurs remontées mécaniques existantes, la création d’un espace dédié aux débutants, le remodelage de certaines pistes de ski ainsi que l’étude d’une nouvelle piste de VTT de descente. Bien que SoleGets assure qu'« une attention particulière sera portée à la cohabitation avec l'activité pastorale et à la préservation de la biodiversité », les éleveurs du secteur, inquiets, se sont mobilisés depuis plusieurs jours pour défendre leur place dans un territoire qu’ils estiment déjà sous pression.

Une station qui mise sur le tourisme quatre saisons

Porté par SoleGets, gestionnaire du domaine skiable « Les Gets-Morzine », le projet de réaménagement du Mont Chéry s’inscrit dans le Programme d’aménagement touristique durable (PATD), qui définit les grandes orientations du domaine skiable jusqu’en 2041. Selon les documents de présentation consultés, il répond à la nécessité de « proposer une offre touristique adaptée aux quatre saisons afin d’attirer une clientèle plus diversifiée ». Concrètement, le télésiège débrayable six places des Grains d’Or, construit en 2002, serait déplacé sur la partie haute du Mont Chéry. Rebaptisé « Télésiège de la Pointe du Chéry », il remplacerait à terme deux télésièges et deux téléskis actuellement en service. D’après le dossier, cette réorganisation permettrait de diviser par plus de deux la consommation électrique du secteur, de réduire les coûts de maintenance et d’exploitation, tout en améliorant l’intégration paysagère grâce à la suppression de quatre appareils et de 35 pylônes.

La station met également en avant l’objectif d’ouvrir davantage le secteur aux familles. « Les pistes de ski en hiver et celles de VTT en été ne sont pas suffisamment accessibles aux débutants », est-il indiqué dans le dossier. Le futur télésiège serait ainsi conçu pour transporter les vélos, tandis qu’une nouvelle piste de descente, présentée comme plus abordable que les itinéraires existants, est à l’étude afin « de répondre aux attentes d’un public élargi ». C’est ce volet qui concentre aujourd’hui l’opposition du monde pastoral.

« On a le sentiment de perdre progressivement du terrain. »

Face à cette vision du développement touristique, le Groupement pastoral des Gets, qui rassemble une dizaine d’éleveurs et d’alpagistes du territoire, dénonce un projet susceptible, selon lui, de fragiliser l’équilibre du Mont Chéry.

« On nous a invités le 20 mars de l’année dernière pour nous présenter un projet. À ce moment-là, rien ne nous semblait officiel, mais nous étions tous unanimes pour dire que nous y étions défavorables », raconte Anouk Bonhomme, présidente du Groupement pastoral des Gets. Installée aux Gets depuis 2008, elle élève une soixantaine de brebis allaitantes et accueille chaque été près de 70 génisses en pension sur les alpages de la commune.

« Lors de la réunion annuelle du groupement, le 18 mai dernier, on nous a annoncé qu’il y aurait deux pistes de vélo. Au vu du mécontentement général, SoleGets nous a ensuite convoqués à une réunion le 28 mai. » Une rencontre qui a laissé un goût amer aux représentants du monde agricole, notamment en raison de l’absence du maire et du PDG de SoleGets, même si le premier a finalement reçu le groupement dès le lendemain. Un élément que nous a d’ailleurs confirmé la mairie des Gets. « Lors de cette réunion, le sentiment de manque de considération que ressentent les paysans gétois depuis longtemps n’a fait qu’être accentué, estime Anouk Bonhomme. On a le sentiment de perdre progressivement du terrain face à une station qui mise de plus en plus sur le tourisme quatre saisons. Mon activité est aujourd’hui remise en question. Je ne suis même pas certaine de pouvoir la poursuivre dans les années à venir. »

Une cohabitation jugée difficile avec le VTT de descente

Pour les membres du Groupement pastoral, le problème ne réside pas dans le vélo en lui-même, mais dans le développement du VTT de descente. « Depuis le temps que je suis installée aux Gets, ça va bientôt faire vingt ans, avec les randonneurs, les champignonneurs, les vélos électriques ou l’enduro, la cohabitation se passe bien. Là où on a des difficultés, c’est avec le vélo de descente », affirme Anouk Bonhomme. La présidente du Groupement pastoral assure avoir échangé à plusieurs reprises avec des pratiquants et des moniteurs de VTT, mais ces discussions n’auraient pas porté leurs fruits. « C’est un peu un dialogue de sourds parce qu’on ne voit pas les choses de la même manière », reconnaît-elle.

Au cœur des inquiétudes figure le développement de pistes dites « sauvages », ou « singles », tracées en dehors des itinéraires officiels. Selon l’éleveuse, ces difficultés sont déjà observées depuis plusieurs années sur le versant voisin des Chavannes. « Là-bas, les pistes de descente ont été développées dans une logique de diversification, mais cela n’a pas été suffisamment cadré ni géré. Le problème, c’est que certains tracés passent parfois sur des pâturages ou des terrains privés. Pour le pastoralisme, cela signifie des clôtures cassées, du matériel dégradé, des parcelles traversées sans autorisation et des secteurs où l’herbe ne repousse plus parce qu’ils sont trop fréquentés. Derrière, ce sont des bêtes qui sortent, parce que les parcs sont cassés. »

Les agriculteurs redoutent désormais qu’une nouvelle offre de descente sur le Mont Chéry accentue ce phénomène, alors que les VTT de descente sont déjà autorisés à emprunter la télécabine et certaines pistes dédiées. Selon eux, le projet pourrait attirer à la fois un public familial, avec la création d’une piste de descente plus accessible, et des pratiquants plus expérimentés, notamment en cas d’ouverture de la piste de Coupe du monde aux amateurs.

Une position à laquelle SoleGets a répondu dans un communiqué publié le 29 mai. L’exploitant souligne que le projet « ne crée pas une nouvelle activité sur le Mont Chéry », le VTT de descente étant déjà pratiqué sur le secteur. La société affirme au contraire vouloir « mieux organiser et encadrer une pratique déjà bien présente ». SoleGets rappelle également que le projet a été revu à la baisse par rapport aux orientations initiales du PATD : alors que deux pistes étaient envisagées à l’origine, seule une piste bleue familiale est aujourd’hui maintenue. Selon l’exploitant, l’objectif est précisément de « canaliser les pratiquants sur un itinéraire identifié afin de limiter les circulations diffuses et la création de pistes sauvages, qui peuvent générer davantage de conflits d’usage ou de dégradations des espaces naturels et agricoles ».

Mais cette réponse ne suffit pas à rassurer les agriculteurs. « Les pistes sauvages sont un dommage collatéral, résume la présidente. Si le Mont Chéry devient un nouveau terrain de jeu pour le vélo de descente, on estime que c’est la fin de l’alpage tel qu’on le connaît aujourd’hui. »

Une activité agricole jugée indispensable à l'entretien du territoire

Au-delà des dégradations redoutées sur le terrain, les éleveurs rappellent le rôle central des troupeaux dans l’entretien des alpages et des paysages de montagne. « Nos animaux entretiennent les pâturages. Cela permet de garder des paysages ouverts, d’éviter que les terrains se referment, d’entretenir les parcelles privées, de limiter le recours à des moyens mécaniques pour broyer l’herbe et de maintenir de bonnes conditions pour l’activité hivernale », souligne Anouk Bonhomme. Des fonctions que les agriculteurs estiment globalement comprises par les différents usagers de la montagne.

Bien que SoleGets assure avoir intégré les enjeux écologiques dans la conception du projet, les opposants mettent en avant la valeur environnementale du secteur du Mont Chéry, qu’ils décrivent comme l’un des derniers espaces relativement préservés de la commune. La présence de coqs de bruyère, ainsi que d’espèces végétales emblématiques comme l’arnica ou les rhododendrons, contribuerait à la richesse biologique du site. Ils pointent également l’impact visuel des futures pistes qui, selon eux, pourraient atteindre « trois à quatre mètres de large » et modifier durablement le paysage.

De son côté, l’exploitant indique que les travaux seraient réalisés principalement à l’automne afin de limiter les perturbations pendant les périodes sensibles pour la faune. Le projet prévoit également des terrassements limités, la remise en place des mottes végétales pour favoriser l’intégration paysagère, ainsi que plusieurs mesures de restauration écologique après les travaux.

« On est bien conscients qu'il faut diversifier l'activité. »

Les représentants du Groupement pastoral tiennent toutefois à préciser qu’ils ne s’opposent pas, par principe, au développement touristique de la station. « On est bien conscients qu’il faut diversifier parce qu’il y a de moins en moins de neige. Il faut trouver quelque chose d’attractif », reconnaît Anouk Bonhomme. Mais la bergère dit ne pas comprendre certaines orientations économiques, notamment autour du VTT de descente.

« Il ne faut pas faire d’amalgame avec la communauté vélo. Le VTT enduro ou électrique ne pose aucun problème de cohabitation, insiste-t-elle. En revanche, le VTT de descente, économiquement, j’ai du mal à comprendre. J’ai le sentiment que ce public reste parfois peu sur place. Sur le terrain, je vois des pratiquants avec leur tente de toit, leur réchaud, leur vélo, mais je perçois peu de retombées pour les commerces locaux. J’ai du mal à voir les chiffres et ce que cela apporte réellement aux Gets. »

Elle estime d’ailleurs que la pratique a déjà transformé l’équilibre touristique du territoire. « J’ai le sentiment qu’avec le développement du VTT de descente, Les Gets ont perdu une partie d’un certain tourisme, regrette-t-elle. Une clientèle qui aime se balader, aller aux champignons, ramasser des myrtilles, observer le Mont-Blanc. Ce public-là me semble plus compatible avec une montagne partagée que celui du vélo de descente. »

Dans ce contexte, le Groupement pastoral plaide pour un développement concentré sur les secteurs déjà aménagés. « Nous ne demandons pas la suppression du VTT de descente aux Gets. Nous proposons simplement qu’il reste sur les secteurs qui lui sont déjà dédiés, notamment les Chavannes, et que le Mont Chéry soit préservé. Aujourd’hui, c’est le seul secteur où les piétons peuvent encore se promener sans être confrontés à la présence de VTT de descente. »

Enfin, les agriculteurs pointent un décalage entre la communication de la station et la réalité qu’ils disent vivre sur le terrain. « On voit beaucoup de communication sur les fermes et les alpages, mais dans les faits, on a le sentiment que l’agriculture n’est pas réellement prise en compte. Moi, la première concernée, je n’ai jamais été contactée, déplore la présidente du groupement. Les mesures de compensation sont surtout environnementales. Pour l’agriculture, il n’y a rien. Et ça, ce n’est pas nouveau. On ne se sent pas considérés. À force, si ça continue comme ça, il n’y aura plus de fermes ni d’alpages. »

Une enquête publique ouverte du 1er juin au 1er juillet

Dans ce contexte, une enquête publique est ouverte depuis le 1er juin et jusqu’au 1er juillet. Habitants, usagers de la montagne et visiteurs peuvent consulter le dossier et déposer leurs observations, sans qu’il soit nécessaire de résider aux Gets pour contribuer. À l’issue de cette phase de consultation, le commissaire enquêteur rendra un avis favorable ou défavorable sur le projet d’aménagement touristique, avant que la commune et les porteurs du projet ne prennent leur décision finale. Selon le calendrier présenté, les travaux pourraient débuter à partir du 1er août, une temporalité jugée « très rapide » par les opposants au projet.

Contactée par Outside, la commune des Gets nous a renvoyés vers un communiqué rappelant le cadre strict de l’enquête publique. « La commune est tenue de respecter des règles strictes de neutralité, d’information du public et de transparence, tout en veillant à ne pas diffuser de communication susceptible d’influencer le déroulement de l’enquête publique », y est-il indiqué. Dans ce contexte, la municipalité ne nous a donc pas apporté de précisions supplémentaires au-delà de ce communiqué.

Du côté du Groupement pastoral, cette étape est perçue comme un moment clé, même si ses membres restent prudents sur la portée réelle du dispositif. « Je me suis un peu renseignée. C’est quand même rare que des enquêtes publiques permettent de stopper un projet de cette ampleur », estime Anouk Bonhomme. « Mais nous avons le soutien de nombreux syndicats agricoles, notamment la Confédération paysanne, la FNSEA et la Coordination rurale. On espère que cela pourra faire évoluer les choses. »

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