Chef de file en Europe des athlètes les plus engagés en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, l’un des plus médiatisés aussi, l’ultra traileur espagnol vient de rendre public son empreinte carbone 2022. Conclusion : il est encore loin des objectifs à atteindre, mais il y a du mieux. Un exemple qui pourrait en inspirer beaucoup d’autres.
« Mon mode de vie a été catastrophique pour l’environnement », avouait Kilian Jornet à L'Obs l’interrogeant en octobre 2020 dans le cadre de sa rubrique « Combien tu pollues ». Combien justement ? 14,8 t de CO2 par an ! Soit plus de 7 fois plus que ce qu'elle devrait être pour être en ligne avec l'accord sur les 1,5°C. En cause ? Principalement ses déplacements en avion. Aussi, promettait-il alors de reconsidérer ses choix de vie personnels mais aussi, et surtout, professionnels. Deux ans plus tard, en 2022, qu’en est-il ? Sans attendre qu’on lui pose la question, l’athlète, fondateur au demeurant de la Fondation Kilian Jornet, vient d'y répondre dans un message sur son site, que nous republions ici.

Kilian Jornet
Cette année, avec le rapport du GIEC, nous n'avons pu que confirmer ce que nous savions déjà : il est important d'agir dès maintenant pour lutter contre le changement climatique. Nous pouvons tous faire des choix individuels, de notre alimentation à notre mobilité (….). Mais nous pouvons aussi avoir un impact sur le changement systémique en votant pour des politiques plus vertes, en plaçant notre argent là où il n'est pas investi dans les combustibles fossiles, etc. La première chose à faire est de calculer son empreinte individuelle pour comprendre où on peut apporter des améliorations pour la réduire.
Mon empreinte carbone pour 2022 est d'environ 7,7 tonnes de CO2e. C'est presque 4 fois plus que ce qu'elle devrait être pour être en ligne avec l'accord sur les 1,5°C.
En ce qui concerne la maison, même si toute notre énergie provient de sources renouvelables et que nous essayons d'être aussi efficaces que possible, cela a un impact, mais la plus grande partie provient de l'utilisation d'Internet.
La mobilité est ce qui pèse le plus dans mon bilan. Environ 1 tonne provient du transport en voiture. Moins que l'année dernière mais je pourrais faire beaucoup moins. L'année prochaine, nous prévoyons de remplacer notre voiture par un modèle électrique, ce qui contribuera à cette réduction sur le long terme. J'essaie de faire tous mes entraînements à la maison et autour de chez moi ou sur le chemin de l'école maternelle, pour limiter les transports quotidiens. L'autre grosse émission provient du transport aérien, j'ai fait un long voyage vers les US, dans le Colorado et trois en Europe. En tant qu’athlète, les voyages font partie intégrante de notre travail, mais je devrais les limiter aux courses et aux projets qui ont vraiment un sens. Depuis quelques années, je décline toutes les invitations à ces courses qui ne sont pas mes premiers objectifs et qui nécessitent des déplacements supplémentaires, en privilégiant les courses locales. Il en va de même pour les conférences, les réunions, les événements de presse, etc. Aujourd'hui, j'ai décidé de les faire en ligne ou de ne pas les faire du tout si cela suppose des déplacements. Il en va de même pour les stages d'entraînement qui nécessitent des déplacements supplémentaires.
L'équipement : Comme je suis toujours sur le terrain, j'utilise beaucoup de matériel. La plupart n’est pas acheté mais donné par mes sponsors. C’est un point sur lequel, nous les athlètes, nous devons travailler pour ne pas avoir plus de matériel que celui que nous utilisons vraiment et pour nous concentrer sur du matériel et des vêtements qui soient utilisables longtemps, même si ce ne sont pas aux "couleurs de la dernière saison". Je pense que grâce à mes nouveaux partenaires et mes projets, je peux avoir un impact positif. En essayant de réduire le nombre d'articles nécessaires à la pratique de mes activités, et en choisissant des équipements plus durables et réparables ainsi que des vêtements qui pouvant être utilisés dans une plus grande variété d'activités.
Alimentation et autres : Nous (sa compagne Emelie Forsberg, leurs deux enfants et lui, ndlr) avons la chance d'avoir un revenu qui nous permette d'acheter de la nourriture ayant une faible empreinte carbone. Or en Norvège, il est encore difficile de trouver des produits en vrac dans les supermarchés et le choix d'aliments végétariens et biologiques n'est pas aussi vaste que dans d'autres pays.
Les articles ménagers et le matériel informatique entrent aussi en compte dans ce bilan, nous essayons de les faire durer le plus longtemps possible et nous ne les remplaçons que lorsqu'ils ne sont pas réparables. Par ailleurs nous recherchons toujours en priorité des articles d'occasion.
La part du service public : On estime que la part de chaque individu aux services publics (école, soins de santé, infrastructures, etc.) est d'environ 1,1 tonne de CO2e par an.
Passé donc de 14,8 à 7,7 tonnes de CO2e en deux ans, Kilian Jornet est loin du compte, certes, mais son effort, et son impact, sont considérables. Cela va ne pas sans faire des choix, comme il l’expliquait à la veille de prendre de bonnes résolutions. Pour preuve, en novembre dernier, il annonçait renoncer à courir la Hardrock 100 aux Etats-Unis en 2023, le dernier vainqueur étant invité à venir remettre son titre en jeu. "Facile !" N’ont pas manqué de faire remarquer certains, rappelant qu’il l’avait déjà faite cinq fois. La question n’est pas là, et son bilan 2022 témoigne que son engagement est bien réel et non limité à quelques pieux discours.
Mais avant lui, d’autres athlètes avaient fait des choix similaires. Et peut-être plus cruels encore. On se souvient en effet que le Brtannique Andy Symonds avait renoncé en septembre dernier aux championnats du monde de trail organisé quelques semaines plus tard en Thaïlande alors qu’il était sélectionné dans l’équipe britannique. « Mon empreinte carbone est déjà trop lourde cette année », expliquait-il en publiant, lui aussi, son bilan de l’année à date. « Courageux. Mieux, exemplaire », avions-nous conclu à l’époque. Compte-tenu de leur influence dans l’univers de l’outdoor, mais pas que, gageons que Andy et Kilian ne seront pas les seuls à faire preuve de transparence. En attendant, si nous nous penchions nous aussi sur notre propre bilan, histoire de voir là où nous en sommes et où nous pouvons agir ?

Comment réduire votre empreinte carbone en 7 étapes
1. On calcule son bilan carbone
Deux tonnes d’équivalent CO2 maximum par personne et par an : voilà ce que, à ce jour, nous devrions viser si nous voulons respecter les accords de Paris afin de réduire la pression sur l’environnement et lutter contre le réchauffement climatique. Pas si simple sans vision claire et surtout détaillée de notre impact. Aussi un bilan carbone individuel s’impose-t-il. Des dizaines de calculateurs sont disponibles sur le web, plus ou moins pertinents. Trois ont retenu l’attention de notre journaliste qui s’est prêtée à l’exercice. De quoi agir sur les postes les plus sensibles.
On y va ? C’est par ici
2. On fait la « Fresque du climat », pour voir où et comment on peut agir
Mieux que de grands discours, certains outils simples, ludiques même, permettent de mieux comprendre les enjeux du dérèglement climatique, les relations de cause à effet et surtout de voir où chacun peut intervenir, très concrètement. C’est le cas de la « Fresque du climat », atelier collectif autour d’une sorte de « jeu de société », que vous allez forcément croiser un de ces jours, tant les séances se multiplient en France, entre potes ou collègues de bureau. A quoi ça sert, comment ça marche, qui peut y participer ? Explications de Xavier Thévenard, champion de trail, triple vainqueur de l’UTMB, très engagé au niveau environnemental lui aussi, qui, après l’avoir découverte récemment, en est aujourd’hui l’un des ambassadeurs les plus actifs, totalement bénévole, précisons-le.
Pour trouver où faire la Fresque du climat, c'est ici.
3. On préfère le train, le bus ou le covoiturage à l’avion
Et pour optimiser nos trajets et voyager plus responsable, on essaie l’outil Tictactrip, plateforme de réservation en ligne de bus, train, covoiturage et combinés.
4. On réduit son empreinte numérique
On sait aujourd’hui comment limiter les émissions de CO₂ causées par l’utilisation de ses appareils numériques. De nombreux sites les répertorient les recommandations de base, notamment Greenpeace ou encore l’Ademe :
- Optimiser la durée de vie des appareils informatiques : réparer plutôt que racheter, ou bien acheter des appareils reconditionnés (si possible, en valorisant des appareils à faible consommation énergétique)
- Préférer le téléchargement au streaming
- Éviter de regarder des vidéos en 4G et opter pour des films en basse définition pour économiser de la bande passante
- Refuser les téléviseurs 4K et 8K
- Annuler l’option « lecture automatique » des vidéos sur les réseaux sociaux
- Éteindre sa box Internet la nuit et durant les périodes d’absence (vacances, voyages professionnels, etc.)
- Supprimer ses e-mails inutiles, compresser la taille des pièces-jointes, préférer une signature sans image ni logo et utiliser les messageries instantanées d’entreprise pour les messages courts si possible
- Limiter le stockage sur les services de Cloud et désactiver la synchronisation automatique entre les appareils (qui utilisent des data centers et non le Cloud)
- Valoriser les favoris pour les adresse web souvent consultées
- Fermer les pages web inutilisées
- Privilégier les échanges et réunions audio plutôt que vidéo
- Préférer le Wifi à la 4G sur les smartphones
Pour aller plus loin, retrouvez toutes les informations nécessaires pour réduire votre empreinte numérique dans les guides « La face cachée du numérique » et « Éco-responsable au bureau » proposés par l’Ademe – de véritables mines d’or pour tenir ses résolutions écolo en 2021 grâce à des gestes simples.
5. On achète des produits réparables
Smartphones, ordinateurs, mais aussi télévisions, machines à laver ou … tondeuses … La liste des produits dont l’indice de réparabilité est obligatoire depuis le 1er janvier 2021 est encore limitée. Mais elle devrait progressivement s’étendre à d’autres appareils. Pour y voir plus clair et comparer les performances sur ce point entre les références présentes sur le marché, un site répertorie désormais ces notes. De quoi vous permettre de repérer le produit qui saura vous accompagner sur le long terme. Un premier pas vers la fin de l’obsolescence programmée.
Accédez à la plateforme IndiceReparabilite.fr. Elle est indépendante, gratuite et complétée régulièrement. La liste des produits référencés dans les cinq catégories tests s’allongera donc au fil des jours et conservera toutes les références, même lorsqu’elles ne seront plus en vente. Important pour les achats d’occasion
6. On achète nos équipements d’occasion, via des plateformes spécialisées
Pour beaucoup d’entre nous déjà, et notamment chez les plus jeunes, c’est devenu un réflexe : acheter d’occasion. Car vraiment, pourquoi acheter du neuf quand on peut avoir, moins cher, la même qualité avec de la seconde main ? L’impact carbone d’un produit déjà utilisé est 5 à 7 fois moindre qu’un produit acheté neuf, et son prix d’achat est en pratique 50 à 60% moins élevé. Le marché de l’occasion se développe très vite, et chaque public a son application. Campsider s’adresse essentiellement aux pratiquant de ski, snowboard, randonnée, VTT et trail-running. Les surfers trouveront leur bonheur chez Akewatu. Les cyclistes iront chez Tuvalum ou Biked, plus orienté VTT et gravel. Quant à Everide, il propose même de piocher dans le vestiaire de stars de l’outdoor; de quoi ajouter une valeur sentimentale qui n’a pas de prix.
Outdoor : Everide ⎮Campsider
Surf : Akewatu
Vélo : Biked ⎮Tuvalum
7. On répare, on redonne vie à son équipement avec l’atelier Green-Wolf
Réparer, transformer, conserver d’année en année, voire d’une génération à l’autre : une évidence, un plaisir même pour beaucoup. Alors que les meilleurs équipements sportifs représentent parfois un certain budget, Green Wolf, leader européen de la réparation pour les marques textile de l’outdoor, vous propose de les réparer et d’allonger leur durée de vie. Velcro, thermosoudure, serrage, cordonnerie… Tout est possible. Basé en Haute-Savoie, l’atelier travaille bien sûr à distance.
Pour obtenir un devis, c'est ici.
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