Rendu public hier, mardi 6 février, le rapport de 147 pages réalisé par la Cour des comptes sur l’avenir du modèle économique du ski français fait grincer des dents chez les exploitants de l’or blanc. La juridiction financière chargée notamment de contrôler le bon emploi des fonds publics vient de tirer vigoureusement la sonnette d’alarme. Notre modèle est « à bout de souffle », et ses politiques d'adaptation face au changement climatique "restent en deçà des enjeux", conclut-elle. Un constat jugé « grossier » et « tapageur » s’indignent des instances représentant des stations, sans doute bien conscientes qu’il y a péril en la demeure. La survie de l'industrie du ski étant plus que jamais dépendante de l'argent du contribuable. Or il ne semble pas vraiment bien employé, conclut le rapport.
Suite au bouleversement climatique, « toutes les stations seront plus ou moins touchées à horizon 2050 », écrit la Cour de comptes, instance qu’on peut difficilement taxée d’être noyautée par de dangereux écologistes. « Quelques stations pourraient espérer poursuivre une exploitation au-delà de cette échéance. Les stations situées au sud du massif des Alpes le seront davantage que les autres. Le changement climatique a d’ores et déjà un impact significatif sur les finances publiques locales, qui ira croissant. En effet, l’activité de remontées mécaniques nécessite par définition de lourds investissements », poursuit-elle.
Une neige de plus en plus rare, des skieurs de moins en moins nombreux, les stations françaises ont de plus en plus de mal à atteindre l’équilibre. Elles doivent dès lors faire preuve de la plus grande prudence en matière d’investissements, alerte la Cour de comptes qui a toutes les raisons de s’intéresser au sujet. Il en va de l’argent du contribuable ! Les stations de ski bénéficiant depuis des décennies d’importantes aides publiques. Pour mémoire, 23 % du chiffre d’affaires des opérateurs de remontées mécaniques des petites ou moyennes stations est issu des subventions publiques.
En station, "une vision à court terme" explique le rapport
Le rapport de la Cour des comptes ne s’arrête pas là. L’institution déplore que "les politiques d'adaptation menées par les acteurs de la montagne reposent essentiellement sur la production de neige" qui a "un effet à court terme" car "son coût est important et son efficacité tend à se réduire avec la hausse des températures". Sans parler bien sûr de "l'impact de la production de neige sur les ressources en eau" qui paraît "sous-estimé dans de nombreux territoires". Le texte enfonce encore le clou, estimant qu'"il serait nécessaire que les autorisations de prélèvement d'eau destinées à la production de neige tiennent davantage compte des prospectives climatiques".
Quant aux actions de diversifications d’activités, souvent peu coordonnées entre elles, elles « sont rarement adossées à un véritable projet », s’inquiète la Cour des comptes. « Réalisées au fil de l’eau, elles tendent souvent à reproduire le modèle du ski, fondé sur des investissements importants et une forte fréquentation sans plan d’affaires permettant d’établir leur pertinence économique ».
« Il faut très clairement changer de vision, mettre en place une nouvelle gouvernance, élargir la focale, trouver des ressources […] pour arriver à un modèle plus diversifié, qui soit un modèle “quatre saisons” et pour tout type de station », a conclu le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, s’exprimant devant la presse.
La réponse des exploitants de l'or blanc
Un discours qui passe mal en stations. S’exprimant sur Linkedin dans un communiqué commun L’ANEM - Association Nationale des Elus de la Montagne, l’ANMSM - Association Nationale des Maires de Stations de Montagne et le syndicat professionnel Domaines Skiables De France répondent en ces termes :
(…)« La Cour des Comptes minimise de manière importante l’effort d’adaptation des stations engagé depuis de nombreuses années. Elle a défini des scores de vulnérabilité des stations sans tenir compte de la résilience des stations aux changements climatiques. Ce rapport ne tient pas compte non plus de l’engouement persistant des clientèles pour les sports de neige, et plus globalement pour la montagne, ni des projections scientifiques très différenciantes qui tiennent compte des savoir-faire modernes de travail du manteau neigeux et qui améliorent considérablement la tenue des pistes de ski.
Par ailleurs, le rapport de la Cour des Comptes est construit à partir d’un panel de 42 stations en large majorité petites et moyennes. Ce panel de 42 stations n’est absolument pas représentatif de la diversité des situations dans les massifs français qui comptent à ce jour 320 stations de montagne.
La Cour disposait de capacité d’investigation étendues : elle aurait pu faire apparaître les forces tout autant que les faiblesses d’un modèle qui, s’il doit certes évoluer, n’est pas sur le point de disparaitre comme le laisse penser la Cour des Comptes. »
En commentaire, nous laisserons la parole à Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique saluant la démarche de Métabief, station du Haut-Doubs qui depuis 2019 a lancé une démarche de transition à l’horizon 2040-2050 visant à passer d’une « station de ski » à une « station de montagne », afin de minimiser la perte des retombées économiques liées au ski, estimée à - 40 %. « Métabief est un exemple d’anticipation, on n’est pas dans le déni. Ce qui se passe à Métabief, ce qu’il va falloir faire ailleurs en France, et pas seulement pour les stations de ski”, conclut-il.
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