L'ex star de la NBA vient-il de saboter son projet de station de ski ? En annonçant trop tôt avoir obtenu la DSP de la station de ski de moyenne montagne, autorisation d'exploitation convoitée depuis des années, Tony Parker a semé le flou et provoqué interrogations et scepticisme sur la nature réelle de ses projets immobiliers. Du vaste complexe initial connu de tous, il ne reste plus qu’un « vrai » projet très réduit… dont personne n’avait jamais entendu parler. Une séquence qui jette le trouble sur ses intentions et la transparence de la procédure.
Le 14 janvier dernier, dans le podcast Fracture animé par l’entrepreneur en cryptomonnaie Éric Larchevêque, Tony Parker annonce avoir obtenu la délégation de service public (DSP) de la station de ski de Villard-de-Lans (Isère). Une DSP après laquelle il court depuis 2019, qui lui donne le droit d’exploiter le domaine skiable, mais qui ne concernerait pas le projet Ananda Resort — retoqué par le préfet le 15 septembre. Il s'agirait, dit-il, d'un « nouveau » projet, encore jamais présenté publiquement et dont les contours restent totalement flous. Surprenant ! Sans compter que l’ex-basketteur s'est peut-être réjoui trop tôt : son annonce intervient avant même que le conseil municipal ait eu le temps de voter, révèle l'enquête publiée par Mediapart le 8 février. Le vote, initialement prévu le 5 février, a depuis été repoussé.
Selon le média, au moment où Tony Parker tient ces propos — tournés courant décembre, comme l’attestent un teaser et une première diffusion partielle de l’émission le 15 décembre — la commission municipale n’avait pas encore statué. Et son concurrent, Augustin Dufaure de Lajarte, n’avait pas été informé du rejet de son offre, ce qui ne sera fait que le 22 décembre. Ce dernier n'a pas manqué de réagir. Il annonce avoir saisi le procureur de la République de Grenoble, et le tribunal administratif, via un référé précontractuel examiné ce 9 février. Résultats : la procédure d’attribution de la DSP est suspendue, les réunions annulées, le vote reporté ! En voulant afficher trop tôt sa victoire, Tony Parker a peut-être fragilisé un accord qui semblait en bonne voie. Mais l’intrigue est loin d’être close.
"Construire sur les remontées mécaniques, rajouter un ou deux restaurants, faire un petit hôtel..."
Cette affaire met surtout en lumière une opacité croissante autour des projets immobiliers portés à Villard-de-Lans. Dans le podcast, Tony Parker affirme que le projet Ananda Resort « n’était pas son projet ». Il précise : « Nous, notre projet, c’est de construire sur les remontées mécaniques, rajouter un ou deux restaurants, faire un petit hôtel. C’est des trucs où on ne dénature rien du tout. Ça, c’est le vrai projet dont je n’ai pas pu parler pendant longtemps ».
Une déclaration qui laisse le Collectif Vercors Citoyens, fer de lance de l’opposition locale, « stupéfait ». Car les documents officiels racontent une toute autre histoire. Les plaquettes de présentation d’Ananda Resort, dévoilées en 2022, indiquent explicitement l’investissement de la société de Parker, Infiny Nine Mountain dans le projet immobilier. Le foncier est sous son contrôle, les promoteurs partenaires sont identifiés, et Parker est actionnaire majoritaire depuis 2019 de la Société d’équipement de Villard-de-Lans / Corrençon (SEVLC), porteuse du projet.
« Il était physiquement présent à la conférence de presse de septembre 2022, il en a parlé dans des podcasts, et lors des réunions publiques de 2023 et 2024, c’est sa vice-présidente, Marie-Sophie Aubalma, qui a été envoyé pour parler du projet », rappelle une adhérente du collectif, contactée par Outside. S’il n’était pas acteur du projet, pourquoi son image y a-t-elle été associée aussi fortement ? C'est extrêmement confusant. »
Un projet qui se rétrécit… sans jamais être clarifié
Depuis sa présentation officielle à Lyon le 28 septembre 2022, le projet immobilier n’a cessé de rétrécir : initialement prévu comme un complexe hôtelier quatre étoiles, avec un pôle indoor massif, 900 lits et une surface de plancher de 17 597 m², il a ensuite été réduit à 700 lits touristiques et déplacé sur le parking P1 de la Côte 2000, aux pieds des pistes, et non plus sur une parcelle agricole. Ce rétrécissement visait à répondre à la contestation locale et à espérer un meilleur accueil du projet par les autorités et les habitants. Le 15 septembre, le préfet des Alpes rejetait toutefois la demande d’UTNS (Unité touristique nouvelle structurante), le dossier étant jugé incomplet, insuffisamment étayé sur le plan environnemental, et reposant sur des études d’impact jugées « non consolidées ». Dans sa décision, le préfet laissait pourtant la porte ouverte à une nouvelle version du projet : « Une nouvelle demande d’autorisation, sur les bases d’un projet remanié et amélioré, tenant compte des différents avis et analyses exprimés, pourra être déposée ultérieurement ».
Serait-ce chose faite ? Selon les déclarations du maire de Villard-de-Lans Arnaud Mathieu au Dauphiné Libéré le 13 janvier, le projet retenu envisagerait 500 lits, avec un pôle indoor réduit, voire abandonné. « Je ne vois pas comment pourrait être attaqué un nouveau dossier à 500 lits», avait-t-il annoncé. Mais le flou reste total : aucune présentation publique, aucun document détaillé, aucun calendrier n’a été communiqué sur ce que certains qualifient désormais de « vrai projet » de Tony Parker.
On n'y comprend plus rien !
Dans une lettre ouverte adressée au maire le 23 janvier, le collectif Vercors Citoyens résume le sentiment général : « Nous ne comprenons plus la nature du ou des projet(s) immobilier(s) porté(s) par la municipalité. » Notre source indique n’avoir reçu, à ce jour, aucune réponse. « Mais quelque part, on n’est malheureusement presque pas surpris. »
Le collectif interroge notamment la mairie sur la réalité du projet immobilier prévu au parking P1, avec ou sans Parker : « Qu’est-ce qu’un “petit hôtel” ? Est-ce qu’on a le droit de construire sur les pistes ? On demande simplement qu’on nous parle franchement. Il ne peut pas y avoir des gens qui travaillent dans l'intercommunalité à la préfecture pendant des mois sur d'un projet, et que subitement, on nous dise, il n'y a pas de projet. »
L’affaire prend une tournure encore plus sensible en raison des liens personnels du maire, Arnaud Mathieu, relevés par Médiapart : son épouse est directrice administrative et financière de la SEVLC, société contrôlée par Tony Parker, et lui-même, ancien avocat de cette même structure. Il continue pourtant à instruire des dossiers la concernant.
Depuis, Tony Parker a tenté d’éteindre l’incendie. Dans un communiqué publié sur Instagram — depuis supprimé — il reconnaît des propos « formulés de manière trop rapide et abrupte », affirmant avoir appris « par voie de presse » qu’il était resté seul candidat. Une volte-face qui alimente davantage encore le trouble. Comme l’écrit le collectif Vercors Citoyens : « La vérité est le socle nécessaire à tout débat démocratique. » À Villard-de-Lans, elle semble aujourd’hui plus floue que jamais.
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