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col de la Loze satellite
  • Société

Face à l’affaissement de la retenue du Col de la Loze, Courchevel joue-t-il aux apprentis sorciers ?

  • 19 mai 2026
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Construite en 2020 pour garantir l’enneigement artificiel de la piste de l'Eclipse, la retenue d'eau du Col de la Loze s’affaisse dangereusement depuis sa création, révèle une enquête du Monde. Craignant un scénario catastrophe pour le hameau de La Tania, situé juste en contrebas, les autorités ont dû ordonner une vidange massive du bassin… sans pour autant remettre en cause l’infrastructure.

Située à 2 270 mètres d’altitude, la retenue d'eau de la Loze suscite aujourd’hui des inquiétudes croissantes. L’infrastructure de 5,7 millions d’euros ne date pourtant que de 2020. Conçue à l'origine pour garantir l’enneigement artificiel de la piste noire de l’Éclipse, elle a été aménagée pour accueillir la Coupe du monde de ski alpin en 2023 et potentiellement certaines épreuves des Jeux olympiques d’hiver de 2030. Or, voilà qu'elle s'avère instable, révèle Le Monde.

L’enquête s’appuie notamment sur une expertise géomorphologique datant de décembre 2025, à laquelle le quotidien a eu accès. Selon les mesures réalisées sur site, la retenue, conçue pour stocker jusqu’à 170 000 mètres cubes d’eau, soit l’équivalent d’environ 65 piscines olympiques, s’affaisse à un rythme jugé anormalement élevé. Certaines parties de l’ouvrage enregistrent un enfoncement atteignant 15 centimètres par an, avec un tassement total de 40 à 50 centimètres observé depuis sa création.

« La première année, en 2022, on avait noté un léger tassement qu’on a d’abord attribué à la récente mise en service », a reconnu David Vignon, directeur des projets et du développement durable de la Société des Trois Vallées (S3V), qui exploite le domaine skiable de Courchevel. De quoi pousser la S3V à mandater une expertise approfondie auprès du groupe Artelia. Les conclusions remises fin 2025 sont pourtant sans ambiguïté. L’ouvrage, construit à cheval sur un glacier rocheux, souffre d’une défaillance structurelle directement liée à l’évolution thermique du sous-sol. Celui-ci contiendrait du permafrost, et la fonte progressive de ce sol gelé, accélérée sous l’effet du dérèglement climatique, contribue à l'affaissement du terrain tout entier.

Pire, selon les ingénieurs d’Artelia, la retenue aurait elle-même accéléré le dégel qu’elle subit aujourd’hui. Le rapport évoque les effets thermiques des lacs artificiels sur le permafrost et rappelle que ce type de masse d’eau agit comme un gigantesque radiateur capable de réchauffer le sous-sol sur plusieurs dizaines de mètres de profondeur. À cette altitude, plusieurs spécialistes, dont le géomorphologue et guide de haute montagne Ludovic Ravanel, interrogé par Radio France, estiment que la glace résiduelle présente sous le glacier rocheux pourrait disparaître d’ici dix à quinze ans seulement.

Un scénario catastrophique pour le hameau de La Tania

Face à l’évolution rapide de la structure, la préfecture de Savoie a imposé, à la fin de l’année 2025, une vidange drastique du volume d’eau stocké. La retenue, qui devait initialement contenir 170 000 mètres cubes a d’abord été abaissée à 146 000 m3, puis à 132 000 m3, et n’en conserve aujourd’hui plus que 25 000. Une décision qui vise à prévenir le scénario catastrophe envisagé dans les études d’impact. En cas de rupture de la digue alors que le bassin est plein, une lave torrentielle pourrait atteindre La Tania en une trentaine de minutes et menacer directement les habitants, les 90 chalets et les huit résidences touristiques du hameau.

L'affaire n'est pas sans rappeler la catastrophe de La Bérarde, le 21 juin 2024, où la vidange d'un lac glaciaire combinée à une forte crue avait enseveli le village sous une coulée de boue. Sauf qu'ici, ce n’est pas un lac naturel en haute altitude qui pose question, mais bien une infrastructure conçue par l’homme pour soutenir l’économie du ski.

Autre point frappant du dossier, l’absence apparente de consultation de scientifiques au moment du projet. Plusieurs experts interrogés par Le Monde font aujourd’hui part de leur incompréhension face au choix d’implanter une telle retenue sur un terrain aussi instable. La géographe Carmen de Jong, spécialiste de l’hydrologie d’altitude à l’université de Strasbourg, juge ainsi difficilement concevable qu’une autorisation ait pu être accordée sur une zone aussi mouvante, regrettant qu’un glacier rocheux remarquable ait été amputé sur près d’un hectare et demi sans que les conséquences du réchauffement climatique n’aient été pleinement anticipées.

Le chercheur du CNRS Xavier Bodin, spécialiste reconnu du permafrost alpin, estime lui aussi que « c’était jouer avec le feu que d’installer la retenue versant nord à plus de 2 200 mètres d’altitude ». Il rappelle également que ces formations géologiques constituent des vestiges rares de la dernière grande glaciation alpine et que leur disparition est désormais accélérée non seulement par le réchauffement global, mais aussi par certains aménagements humains.

Pour autant, malgré les alertes et les mesures d’urgence déjà prises, le projet n’est pas abandonné. La S3V prévoit désormais de réduire légèrement la surface de la retenue sur les zones les plus sensibles, tout en rehaussant la digue de 19 à 21 mètres de hauteur afin de conserver une capacité de stockage similaire. L’objectif de garantir l’enneigement de la piste de l’Éclipse, y compris dans la perspective des Jeux olympiques de 2030 reste donc inchangé. « Les connaissances que nous avons aujourd’hui de la zone de la retenue ne remettent pas en cause l’usage de la piste de l’Eclipse lors des JO Alpes 2030. » a ainsi affirmé David Vignon. 

Alors que quatre assureurs cherchent à déterminer les responsabilités dans cette défaillance structurelle, plusieurs millions d’euros de travaux correctifs sont désormais envisagés pour poursuivre le projet. Les responsables du projet ont d'ailleurs affirmé avoir déjà fixé le calendrier. Nouveaux sondages en juin, dépôt des demandes administratives à l’automne, instruction du dossier durant l’hiver 2026-2027, puis reprise des travaux au printemps suivant afin de remettre la retenue en eau dès novembre 2027.

L'industrie du ski et ses promoteurs semblent avoir encore de beaux jours à Courchevel. Et ce, quoi qu'il en coûte.

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