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Alpine divorce
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C’est quoi un « alpine divorce » ? Et pourquoi tout le monde en parle en ce moment ?

  • 4 mars 2026
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Après une série d’affaires récentes — dont le « Glockner-Drama », comme l’ont baptisé les médias autrichiens — le terme de « divorce alpin » refait surface. L’expression désigne l’abandon d’un partenaire en montagne lorsque les niveaux, les rythmes ou les conditions ne permettent plus de progresser ensemble. De quoi raviver une question sensible : dans quelles circonstances est-il acceptable d’abandonner son compagnon de cordée ?

En 1893, l’écrivain écossais-canadien Robert Barr publie une nouvelle satirique mettant en scène un couple malheureux en vacances dans les Alpes suisses. Le mari prévoit de pousser sa femme du haut d’une falaise. Mais au sommet, l’histoire prend un tournant inattendu : la femme lui révèle qu’elle l’a piégé en le faisant passer pour un meurtrier… avant de se jeter elle-même dans le vide, le laissant juridiquement responsable de sa mort.

C’est à ce récit que l’on attribue généralement l’apparition de l’expression « alpine divorce » ou « divorce alpin » en français. Aujourd’hui, elle désigne une situation bien réelle : lorsqu’un partenaire de cordée ou de sortie abandonne l’autre en montagne, souvent parce que leurs niveaux, leurs vitesses de progression ou leur aisance en terrain alpin ne correspondent pas.

Ces dernières semaines, plusieurs affaires – dont le drame du Grossglockner – ont remis le terme sur le devant de la scène. Au point que certains juristes et responsables politiques s’interrogent désormais sur la responsabilité de chacun lorsqu’un abandon se solde par un accident grave, voire un décès.

Pourquoi le terme « alpine divorce » revient-il dans l’actualité ?

Le sujet a récemment pris une dimension internationale après la publication d’une vidéo sur TikTok : une randonneuse y affirme que son petit ami l’a abandonnée lors d’une sortie en montagne. La vidéo a dépassé les vingt-deux millions de vues.

Des milliers de commentaires ont afflué. Certains internautes expliquent que ce type de situation est loin d’être exceptionnel : il existerait même des groupes de soutien en ligne pour des femmes qui disent avoir été laissées seules en montagne par leur partenaire.

Plusieurs témoignages racontent des expériences similaires : abandonnées en chemin, certaines personnes ont dû compter sur l’aide d’inconnus rencontrés sur l’itinéraire pour réussir à redescendre.

D’autres vidéos du même type ont elles aussi accumulé des dizaines de milliers de vues. De quoi pousser certains pratiquants à s’interroger : peut-on vraiment compter sur son partenaire pour compenser son manque d’expérience lors d’une sortie engagée ?

Un pari qui, en montagne, peut rapidement avoir des conséquences bien réelles.

Quand l’« alpine divorce » devient une affaire judiciaire

La semaine dernière, l’Autrichien Thomas Plamberger, 37 ans, a été reconnu coupable d’homicide involontaire par négligence aggravée après avoir abandonné sa compagne lors de l’ascension du Grossglockner, point culminant de l’Autriche (3 798 m).

Le tribunal lui a infligé une amende de 9 600 euros ainsi qu’une peine de cinq mois de prison avec sursis.

Selon l’accusation, Thomas Plamberger aurait laissé sa compagne Kerstin Gurtner à environ cinquante mètres sous le sommet, par vent violent, sans couverture de survie. La jeune femme est morte d’hypothermie.

Lors du procès, la mère de la victime est venue soutenir Thomas Plamberger, estimant qu’il ne devait pas être tenu pour responsable. Les procureurs ont pourtant défendu la position inverse : selon eux, il a accumulé une série de décisions imprudentes et, en tant que membre le plus expérimenté de la cordée, il devait assumer une responsabilité particulière.

L’accusation et la défense ont depuis fait appel du jugement.

L’affaire a toutefois ravivé un débat sensible : le pratiquant le plus expérimenté doit-il être juridiquement responsable en cas de drame ? Ou chaque alpiniste est-il responsable de lui-même ?

En montagne, une règle simple prévaut depuis toujours : une cordée avance à la vitesse de son membre le plus lent. L’idée n’est pas nouvelle. Dans la culture alpine, elle fait partie des principes de base : lorsqu’on s’engage ensemble, on assume collectivement la sécurité du groupe.

Cela implique d’adapter le rythme, les décisions et même les ambitions de la course aux capacités du membre le plus faible. L’objectif — sommet, traversée ou itinéraire — devient alors secondaire face à la cohésion de la cordée.

Autre règle largement admise : le renoncement fait partie intégrante de l’alpinisme. Si les conditions, la fatigue ou le niveau du groupe rendent la progression trop incertaine, faire demi-tour est souvent la décision la plus raisonnable. Quitte à abandonner un peu de matériel pour installer un rappel et redescendre en sécurité.

Reste que la réalité du terrain est parfois plus complexe. Dans certaines situations — chute de pierres, mauvais temps brutal, risque objectif — la séparation peut apparaître comme la moins mauvaise option pour tenter d’aller chercher de l’aide. Mais ces décisions se prennent toujours dans l’urgence et dans l’incertitude.

En montagne, certaines décisions peuvent rester longtemps dans la mémoire de ceux qui les ont prises.

Un précédent juridique possible

La décision du tribunal autrichien pourrait faire jurisprudence pour des affaires similaires à l’avenir. Elle pose en creux la question de la responsabilité du membre le plus expérimenté d’une cordée. Car selon cette lecture, le pratiquant le plus aguerri pourrait être tenu responsable des décisions prises en course, même en l’absence de guide professionnel.

Thomas Plamberger a pourtant expliqué au tribunal qu’il n’avait reçu aucune formation alpine formelle et qu’il avait appris l’essentiel de ses compétences sur internet. Mais les procureurs ont estimé qu’il restait nettement plus expérimenté que sa compagne, ce qui impliquait une responsabilité de fait.

Ils ont également souligné plusieurs erreurs de jugement : absence d’équipement adapté pour passer la nuit en montagne et absence d’heure limite pour faire demi-tour.

En France, le Code pénal sanctionne la non-assistance à personne en danger. En montagne comme ailleurs, abandonner quelqu’un en situation critique peut donc engager la responsabilité pénale si un secours était possible sans se mettre soi-même en péril.

Photo d'en-tête : Depositphotos
Thèmes :
Alpinisme
Société

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