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Tommy Caldwell et Siebe Vanhee signent une première ascension libre en 24 heures sur la Torre del Paine
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  • Alpinisme & Escalade

Tommy Caldwell et Siebe Vanhee signent une première ascension libre en 24 heures sur la Torre del Paine

  • 27 février 2026
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

C’est une ascension historique. Ouverte sans spits dans les années 1970, la South African Route (7b+, 1 200 m), impressionnant dièdre sur la face Est de la Torre Central del Paine, au Chili, n’avait jamais été enchaînée en libre en une seule journée. Profitant d'une étroite fenêtre météo, le duo Caldwell–Vanhee vient d'y parvenir en exactement 24 heures, au terme de trois tentatives et d'une descente nocturne épique.

« En une journée… Quelle idée ! », écrit sur Instagram le Belge Siebe Vanhee, aka El Vikingo, au retour de son ascension en 24 heures de la South African Route (7b+, 1 200 m) sur la face Est de la Torre Central del Paine, dans le massif de Torres del Paine. Aboutissement de trois semaines d'effort et de trois tentatives, cet enchaînement, réalisé avec son compagnon de cordée, l’Américain Tommy Caldwell, est le troisième libre de son histoire, et surtout le premier en un jour seulement. Car, sur cette voie légendaire, rien n’est jamais acquis. « Ce n’est pas El Cap. Il faut être prêt à passer du mode escalade au mode alpin — et au mode guerrier — en une seconde. La paroi, le rocher, les conditions… tout est exigeant », dit Vanhee qui sait de quoi il parle. A son actif, plusieurs ascensions majeures en Patagonie, dont la première ascension libre de Riders on the Storm sur la Torre Central en 2024, réalisée en 18 jours avec Seán Villanueva-O’Driscoll et Nico Favresse.

Ouverte en 1973-1974 par une équipe sud-africaine sans spits, cette voie historique n’avait été gravie en libre que deux fois en plus de cinquante ans — toujours en style expédition, sur plusieurs jours, avec portaledges et cordes fixes. En 2009, la première ascension libre avait nécessité 13 jours. Vanhee et Caldwell ont fait, eux, le pari d'enchaîner les 1 200 mètres en continu et en un seul jour. Du départ à 3 h 20 du matin, le 13 février, jusqu’au sommet atteint exactement 24 heures plus tard, sans possibilité d’abri si la météo tournait. 

Après être restés bloqués quatre jours en 2017, tenter l’ascension en une journée était un défi audacieux

Siebe Vanhee

Contrairement à des sites comme Yosemite, les tours de Torres del Paine sont définies non seulement par une escalade soutenue et technique, mais aussi par des conditions météorologiques extrêmes et des fissures difficiles. Même lors des bonnes périodes, la glace et le givre sont fréquents, et les tempêtes patagoniennes se déplacent vite, rendant les retraites fréquentes et souvent sérieuses. « C’est ce qui rend ce type de paroi si difficile à grimper en une journée. On ne peut ni redescendre rapidement, ni attendre une tempête sur un portaledge. Après être restés bloqués quatre jours en 2017, tenter l’ascension en une journée était un défi audacieux », poursuit Siebe sur ses réseaux.

Tommy Caldwell et Siebe Vanhee signent une première ascension libre en 24 heures sur la Torre del Paine
(Felipe Nordenflyght / Matthew Tangerman)

« Si l’on regarde le topo de la South African Route, elle paraît faisable. Elle n’est pas beaucoup plus longue qu’El Capitan, et les cotations sont inférieures à celles de Freerider. Alors, où est le problème ? », explique l’alpiniste dans Climbing [groupe Outside]. « Comparer la Patagonie à la Californie, c’est ignorer totalement la réalité météo de la région. La différence, ce sont les conditions. Avoir une bonne fenêtre météo est une chose, mais il faut aussi de bonnes conditions d’escalade. Souvent, la paroi est humide ou verglacée. Quand les dalles du bas sont mouillées, la partie supérieure peut être sèche grâce au vent. Quand le bas est sec, le haut peut être trop froid, avec des fissures pleines de glace. Même sans la météo, cette paroi est exigeante : les dalles inférieures sont aventureuses, avec un itinéraire complexe et un rocher parfois médiocre. Les traversées en dalle, engagées et souvent humides, sont malheureusement fréquentes. Plus haut, au-dessus des crux techniques, la voie devient clairement « alpine » : on grimpe parfois en libre avec de la magnésie dans une main et un piolet dans l’autre, parfois avec une chaussure ou un crampon sur un seul pied.

J’avais peur en pensant à l’ascension, mais jamais pendant l’escalade elle-même

Siebe Vanhee

Le dernier défi — et le plus dangereux — reste la descente. Sans portaledge ni cordes fixes, on se sent nu et vulnérable. Si le mauvais temps arrive pendant la descente, descendre en rappel sur des relais naturels sous le vent, la pluie ou la neige devient extrêmement stressant. La visibilité chute, les cordes se coincent, et la moindre erreur peut coûter très cher. »

À 3 h 20 du matin, Siebe et Caldwell atteindront pourtant le sommet. « C’était irréel. Nous l’avions fait », se souvient le Belge. « Je ne voulais pas célébrer avant d’être réellement au sommet : même la longueur la plus courte et la plus facile peut devenir un cauchemar si elle est verglacée ou si le vent se met à hurler. Et effectivement, juste après notre selfie au sommet, la météo a changé : le vent s’est levé et de petits flocons ont commencé à saupoudrer le rocher.

Tommy Caldwell et Siebe Vanhee signent une première ascension libre en 24 heures sur la Torre del Paine
(Felipe Nordenflyght / Matthew Tangerman)

Nous sommes redescendus en hâte au sommet de la voie et avons entamé ce qui allait devenir une descente d’une lenteur épique. [leur corde se coincera deux fois ]. Il faisait nuit, nous étions épuisés, et la neige soufflait vers le haut au lieu de tomber, rendant la visibilité inférieure à un mètre. Trouver les relais a été un véritable calvaire, et a pris dangereusement longtemps. Pendant que Tommy cherchait, j’essayais de rester éveillé et au chaud en secouant bras et jambes. Malgré cela, je me suis endormi plus d’une fois.

Heureusement, le jour a commencé à poindre, et nos corps sont sortis de cet état de torpeur. Nous voyions mieux la paroi et trouvions les relais plus rapidement. Huit heures après avoir foulé le sommet, nous étions de retour au pied de la paroi. Il était presque midi, la tempête était passée, et quelques rayons de soleil éclairaient nos visages marqués. Cette expérience a été tout simplement incroyable. J’avais peur en pensant à l’ascension, mais jamais pendant l’escalade elle-même. Je me sentais confiant et entièrement dévoué à l’objectif : atteindre le sommet et en redescendre en sécurité, ensemble, avec mon partenaire. »

Tommy Caldwell et Siebe Vanhee signent une première ascension libre en 24 heures sur la Torre del Paine
(Siebe Vanhee)

 « Stratégiquement, cette ascension [rebaptisée SAIAD — South African In A Day] a sans doute été plus complexe que toutes celles que j’ai réalisées en Patagonie (...). La positivité et la volonté d’essayer ont fait la différence », reconnaît Tommy Caldwell. « Libérer la South African Route en une poussée continue de 24 heures, dans des conditions où tant de choses peuvent mal tourner, est l’un des moments dont je suis le plus fier en montagne », conclut pour sa part Siebe Vanhee.

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