En Afghanistan, le gouvernement taliban a déclaré qu’il n’interdira « aucun sport » pour les Afghans, tant qu’ils sont pratiqués « conformément à la loi islamique ». Des conditions qui ne contraignent pas trop les hommes, mais qui rendent la pratique pour les femmes bien plus incertaine : des tenues qui limitent les mouvements, pas de représentation en public, et surtout, pas de sports mixtes.
À l’image de l’accès à l’éducation et aux universités pour les femmes, la réponse du gouvernement taliban, revenu à la tête de l'Afghanistan en août dernier, est toujours la même : un « oui, mais », qui déguise surtout un « non » pas assumé. À l’aide de formules floues, de décisions prises en demi-teintes pour ne pas froisser l’image d’une politique « moins extrémiste » que leur accès au pouvoir, les talibans comptent pourtant limiter drastiquement l’accès au sport pour les femmes.
Le 15 septembre dernier, le nouveau directeur des sports et de l’éducation physique, Bashir Ahmad Rustamzai, a expliqué que les femmes seraient autorisées à pratiquer un sport, seulement si ce dernier respecte la loi islamique. « Tout cela, c’est de la propagande ! Nous n’interdirons aucun sport », avait-il alors déclaré. Soit. Mais qu’impose la loi islamique ? Dans quelles conditions pourront-elles s’exercer, et est-ce vraiment réaliste ?



Fini les rencontres médiatisées
Bashir Ahmad Rustamzai, ancien champion de lutte et de kung-fu, a été libéré de prison par les talibans le 15 août dernier. Et sa vision du sport est bien différente, selon qu'on parle d'hommes ou de femmes. S’il a déclaré que « plus de 400 sports sont permis par les lois de l’islam », et qu’il entend « développer le sport partout dans le pays », on peut réellement douter de la crédibilité de ces affirmations en ce qui concerne les sportives afghanes.
Les hommes, eux, ne devront se plier qu’à une seule règle : se couvrir les genoux « avec des shorts un peu plus longs ». En revanche, la donne est différente pour les femmes. A commencer par le cricket, sport très populaire en Afghanistan. Ahmadullah Wasiq, un responsable taliban, a en effet déclaré au média australien SBS que les femmes ne seraient pas autorisées à y jouer -- si elles devaient être exposées aux yeux du public. « Elles pourraient être confrontées à une situation où leur visage et leur corps ne seront pas couverts. L’islam ne permet pas aux femmes d’être vues comme ça », a-t-il dit.
Cet exemple risque bien d’être représentatif de tous les autres sports pour les pratiquantes : être entièrement couvertes de la tête aux pieds, se cacher du regard du public, et oublier les sports et événements mixtes. « On peut imaginer la même chose (que pour les conditions à l’université, ndlr) : autoriser les femmes à faire du sport, mais séparément des hommes », avait ajouté un conseiller du mollah Rustamzai.






Premières visées, les grimpeuses et alpinistes
Dans ces conditions, comment pourraient-elles vraiment exercer leur sport ? Au-delà des restrictions au coeur du pays, cela impliquerait la fin des rencontres et compétitions internationales, à commencer par le cricket, où chaque pays se doit de présenter une équipe masculine et une équipe féminine pour être qualifié lors des matchs internationaux. L’Australie a déjà menacé d’annuler le premier match masculin entre les deux pays, prévus en novembre à Hobart, en Australie.
Azizullah Fazli, président de la fédération afghane, a déclaré à la radio SBS que « très bientôt, nous vous donnerons de bonnes nouvelles ». Une déclaration qui ne laisse personne dupe. Et surtout pas les alpinistes de l'association ASCEND, plus que jamais dans le viseur des Talibans, comme nous l'expliquions le 25 août dernier dans l'un de nos articles sur ces jeunes Afghanes dont nous suivons la progression depuis deux ans déjà. Avant-même le départ des Américaines, nous expliquait alors Marina LeGree, fondatrice de l'association, les Talibans cherchaient désespérément à mettre les mains sur les jeunes alpinistes et grimpeuses afin de les marier à des combattants. Symboles d'une émancipation extrême, nul doute qu'elles sont définitivement interdites de pratiquer leur passion et condamnées à renoncer à tous leurs rêves, s'inquiétait-elle alors. Les récentes déclarations des nouveaux maîtres de Kaboul ne font que confirmer ses plus sombres pronostics.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€


