On comprend un peu mieux, maintenant, pourquoi le jeune étudiant en ingénierie nous disait être particulièrement occupé le semestre dernier. Après la première ascension de Drifter’s Escape (9a+) à Squamish, puis Crown Royale (5.14c) en Norvège, Connor Herson s’est attaqué à un autre chef-d’œuvre du trad moderne : Bon Voyage (9a/5.14d).
Connor Herson nous l’avait glissé entre deux phrases lors de notre échange sur Drifter’s Escape, sans vraiment nous le confirmer. Aujourd’hui, plus besoin de deviner : la vidéo vient de tomber. Signée Black Diamond Equipment, dans leur série Born From the Climbing Life, qui retrace le parcours unique du jeune étudiant à travers les voies de trad les plus difficiles au monde, elle suit son à ascension de Bon Voyage (9a/5.14d), à Annot.
Première fois en France pour l’Américain, mais pas de surprise, il ne se rend ni à Paris ni sur la Côte d’Azur. Direction ce petit village perché des Alpes de Haute Provence, devenu en quelques années un point de passage incontournable du trad moderne. C’est ici que James Pearson ouvre Bon Voyage en 2023, depuis répétée par Adam Ondra, Seb Berthe, Jacopo Larcher et Esteban Daligault.
Sur place, il fait équipe avec Jacopo, qui fait office de mentor sur une voie qu’il connaît déjà bien. « Partager le processus, voyager, grimper et simplement passer du temps avec Jacopo a été l’un des moments forts de mon année » confie-t-il.
Au même moment, en décembre 2025, Esteban Daligault est lui aussi présent à Annot — il nous l’avait d’ailleurs confié lors de notre interview. Les deux grimpeurs travaillent la ligne en parallèle, avant de l’enchaîner à quelques jours d’intervalle. Esteban signe finalement la sixième répétition, Connor la cinquième.
La ligne, unanimement décrite comme l’une des plus belles du genre se compose d’un crux technique très exigeant, suivi d’une sortie longue et engagée où la protection se fait plus rare. Bien qu’il réussisse tous les mouvements dès le premier jour, Connor bute sur un seul passage : un mono, particulièrement exigeant pour la peau, sur lequel il chute à répétition. Swings dans le mur, retours à la corde ; à ce stade, la difficulté semble presque moins résider dans les mouvements eux-mêmes que dans la capacité à les répéter sans s’abîmer les doigts.
Mais un ajustement de position de doigt dans ce mono, mais aussi, comme il le souligne lui-même, un changement de mentalité, semble être décisif. « À un moment, on m’a fait remarquer que je grimpais pour ne pas tomber. J’étais focalisé sur les erreurs à éviter. Du coup, je serrais trop, je grimpais de manière timide. » écrit le jeune grimpeur de 22 ans. « Ce dont je suis le plus fier dans ce voyage, c’est d’avoir changé d’état d’esprit et de grimper pour le simple plaisir de grimper, bien plus que d’avoir réussi la voie. »
Un CV plus qu’impressionnant pour le jeune grimpeur de 22 ans
À 22 ans, Connor Herson s’est construit en quelques années l’un des CV les plus solides du trad mondial. Avec plusieurs voies comprises entre le 8c et le 9a+, l’Américain possède aujourd’hui un palmarès parmi les plus aboutis dans ce style. Adolescent, il s’était d’ailleurs fixé des objectifs très précis : grimper du 5.14 avant ses 14 ans, puis en enchaîner une cinquantaine avant ses 18 ans.
Quelques repères dans ce parcours :
- En 2018, à seulement 15 ans, il se fait remarquer en réalisant la troisième ascension en libre de The Nose sur El Capitan (900m, 8b+ / 5.13c), devenant le plus jeune à avoir réalisé l’ascension de cette grande voie parmi les plus emblématiques du monde.
- En 2023, à Squamish, il répète Cobra Crack (8c / 5.14b) et réalise la deuxième ascension de Crack of Destiny (8c / 5.14b) ; dans la foulée, il signe la deuxième ascension de Blackbeard’s Tears (8c+ / 5.14c), une ligne restée vierge depuis son ouverture en 2016.
- Par la suite, il ajoute à son palmarès la quatrième répétition de Meltdown (8c+ / 5.14c) dans le Yosemite, ainsi que Magic Line (8c+ / 5.14c), autre classique exigeante du même niveau, rarement répétée depuis son ouverture.
- En juillet 2025, il réalise la première ascension de Drifter’s Escape, pour laquelle il propose 9a+ (5.15a) — une cotation inédite en escalade traditionnelle, faisant de cette voie la plus dure au monde dans ce style à ce jour.
- Plus récemment, en août 2025, il enchaîne Crown Royale (8c+/ 5.14c) dans le Jøssingfjord, en Norvège, et The Recovery Drink (5.14c/8c+), confirmant sa constance sur ce niveau.