Guide de haute montagne, free-soloiste accompli, compagnon de cordée d'Alex Honnold et de Marc-André Leclerc...Will Stanhope était l'une des figures les plus respectées de l'escalade nord-américaine. Après deux décennies à enchaîner des ascensions majeures sur les grandes parois du Canada, de la Patagonie et du Yosemite, c'est à Squamish, sur une voie qu'il connaissait mieux que quiconque, qu'une chute de 20 mètres lui a été fatale. Il avait 39 ans.
Le Stawamus Chief, surnommé « le Chief », grande paroi granitique plantée au-dessus de la ville de Squamish, en Colombie-Britannique est un haut lieu de la grimpe nord-américaine. Pour Will Stanhope, c'était son terrain de jeu, là où il s'était formé à la grimpe, où il emmenait ses clients, et où, le 13 avril, il a trouvé la mort.
Le 13 avril, peu après 15 heures, les secours de la vallée, le Squamish Search and Rescue Team, reçoivent un appel pour un grimpeur tombé sur le Chief. Selon les informations, Will grimpait Rutabaga, une voie classique de deux longueurs cotée 5.11a/6c sur le Grand Wall.
Vingt membres des secours, rejoints par les pompiers de Squamish, ont été mobilisés. « Une fois que nous avons réalisé la gravité des blessures, nous avons organisé une évacuation par hélitreuillage »,
explique Sue Nicholson, responsable des opérations au sein de Squamish SAR, précisant que le grimpeur avait chuté d'une vingtaine de mètres et subi de nombreuses blessures sévères, dont plusieurs à la tête. À ce jour, on ignore s'il portait un casque. Transporté à l'hôpital dans un état grave, Will Stanhope succombe à ses blessures dix jours plus tard. « C'est avec le cœur brisé que nous vous annonçons que notre cher Will nous a quittés hier », écrit sa famille le 24 avril sur ses réseaux. Depuis, les messages affluent du monde entier.
Le rocher comme terrain de jeu
Will Stanhope avait commencé à grimper à neuf ans, initié par son père à l'Edge Climbing Centre de North Vancouver. Là où d'autres enfants de son âge étaient rivés à leurs jeux vidéo, lui dévorait la littérature alpine. « Will à huit ou neuf ans lisait des magazines d'escalade des années 70 pendant que les autres enfants jouaient à la console », se souvient Andrew Wilson, qui l'avait rencontré lors d'un stage d'escalade jeunesse avant de devenir son entraîneur, et qui dirige aujourd'hui par intérim Competition Climbing Canada. « Je me souviens qu'il me disait qu'il voulait aller au Yosemite et vivre au Camp 4. » Les récits de la vie de dirtbag l'enchantaient plus que ceux de Peter Pan. « À l'époque, l'escalade était marginal, disait-il. Quand j'ai commencé, je n'étais ni le meilleur ni le pire, juste un gamin qui trouvait ça cool. »
À 14 ans, il s'initie au free solo, grimpant toujours pourtant avec une prise de risque mesurée. Il s'imposait d'ailleurs une règle simple : ne jamais grimper en solo à la limite absolue de ses capacités, et toujours s'assurer de pouvoir redescendre. « Je ne grimpe pas à la limite des mes capacités, sans corde, disait-il en 2014. Et je ne grimpe pas là où je ne peux pas redescendre. » Son ami Sonnie Trotter voyait en lui un mélange singulier « d'imprudence et de maîtrise absolue ». « Pour accomplir ce qu'il voulait accomplir, il fallait être un peu téméraire et imprudent. Il voulait vivre le même genre de sensations fortes que ses héros, et on ne peut pas y arriver en jouant la sécurité. » Jason Kruk, alpiniste réputé qui avait grimpé avec lui dans ses jeunes années, le décrivait moins comme un scientifique que comme un artiste : « Beaucoup de grimpeurs, s'ils ratent un petit détail, sont déjà tombés dans leur tête. Will, lui, n'était pas affecté par ça. C'était le grimpeur le plus motivé que j'aie jamais vu. »
Une longue liste de premières
La carrière de Will Stanhope s'étire sur deux décennies de premières ascensions et de répétitions marquantes, au Canada, en Yosemite et en Patagonie. En 2007, il signe la première ascension libre du Prow sur le Stawamus Chief. En 2009, il devient le cinquième grimpeur au monde à enchaîner Cobra Crack à Squamish, l'une des voies de trad les plus dures au monde, coté 5.14a/8c, puis réalise en solo Separate Reality au Yosemite. «J'aime l'incertitude, confiait-il. J'adore les premières ascensions, grimper en montagne, là où rien n'est jamais vraiment écrit d'avance. On prend ce qui se présente à nous. »
En 2009, avec Paul McSorley et Andrew Querner, il ouvre Todos los Caballos Lindos sur Pirita Central, dans la vallée du Río Turbio en Patagonie. En 2011, il réalise la première répétition de The Prophet sur El Capitan avec Sonnie Trotter, une des voies les plus dures du Yosemite. La même année, il survit miraculeusement à une chute au sol sur The Parthian Shot, à Burbage South en Angleterre, lorsqu'une prise se détache sous ses mains alors que Tim Emmett l'assure. Il en sort avec un talus droit fracturé et une blessure au cou, au niveau de la colonne vertébrale... mais rien qui ne le pousse à arrêter de grimper. En 2014, avec Marc-André Leclerc, Paul McSorley et Matt Van Biene, il ouvre La Vuelta de los Condores sur le Cerro Mariposa, toujours en Patagonie.
En 2015, avec Matt Segal, après plus de 100 jours d'essais répartis sur quatre ans, il réalise la première ascension libre du Tom Egan Memorial Route sur Snowpatch Spire dans les Bugaboos, une voie de 13 longueurs cotée 5.14/8c, alors considérée comme l'un des projets les plus difficiles du Canada. Leur ascension est adaptée en film sous le titre Boys in the Bugs, projeté à Reel Rock en 2017. La voie disparaîtra à la suite d'un éboulement en 2022, sans jamais avoir été répétée. En 2024, avec Tim Emmett, il boucle la première ascension libre de Smoke and Mirrors sur le mont Combatant dans la chaîne Waddington, lors d'une ascension qui durera plus de 16 heures. Une voie qu'il décrit au Vancouver International Film Festival comme étant « peut-être la plus longue du Canada ».
Alex Honnold, avec qui il avait pu grimper multiple fois, notamment sur Southern Belle sur Half Dome, le résumait ainsi : « Certains aiment les blocs difficiles. Lui, il aime les voies en trad qui font peur. C'est un vrai grimpeur. »
Un relais entre deux époques
Guide certifié à l'Association of Canadian Mountain Guides et référencé chez Rock Solid Guides, Will Stanhope se levait souvent à l'aube pour enchaîner des solos sur le Chief avant d'y emmener ses clients. « Pour moi, c'est la plus belle façon de se mouvoir sur le rocher, sans entraves », disait-il.
« Will était comme un lien vivant entre la génération Monkey et des Stone Masters et la nôtre, écrit le grimpeur Nick Berry dans son hommage au disparu. Il perpétuait cette histoire, non par nostalgie, mais avec une vitalité qui transparaissait dans ses mouvements, sa façon d'aborder la grimpe, et sa présence au monde. Il incarnait une profondeur et une authenticité qui se font de plus en plus rares. Être à ses côtés rappelait d'où vient l'escalade, et ce qu'elle peut nous offrir de meilleur. »
Sa famille, dans le message annonçant sa disparition, dresse le portrait d'un homme passionné et généreux, dont la perte résonne bien au-delà des frontières : « Will a vécu avec une passion et un courage dont la plupart d'entre nous ne font que rêver. C'était un homme doux et bienveillant, avec un profond sens de l'humour. Le rocher était sa maison, et la communauté de l'escalade était sa famille. À tous ceux qui ont grimpé avec lui, suivi son chemin et l'ont aimé, merci d'avoir fait partie de sa grande aventure. »
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