S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Vadim Druelle Kanchenjunga
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Vadim Druelle : « Battre des records, ça ne m’intéresse pas vraiment »

  • 14 juin 2023
  • 8 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Fin mai, le Français Vadim Druelle a établi le premier temps de référence sur le Kangchenjunga (8586 m), troisième plus haute montagne du monde, avec une ascension non-stop depuis le camp de base réalisée en 19 heures, sans oxygène et sans assistance. Un exploit, surtout au vu de son jeune âge (21 ans), mais qui n'étonnera guère ceux qui, comme nous, le suivent depuis ses 16 ans. A l'époque, il annonçait déjà des objectifs ambitieux : rien moins que gravir un 8000 en style alpin ! De quoi faire sourire certains, un peu agacés par la course aux records qui sévit actuellement. Alors, cinq ans plus tard, qu'est-ce qui anime Vadim Druelle ?

À 16 ans, en 2017, tu lances un crowdfunding dans le but de devenir le plus jeune alpiniste à faire l’ascension d’un 8000. D’où te vient cet appel des plus hauts sommets du monde ?

À l’époque, je faisais beaucoup de montagne avec mes parents, j’avais déjà un peu cette culture. J’ai commencé très jeune. Avec la randonnée depuis que je marche. Et l’alpinisme vers 10/12 ans. Avec ma mère, vers 15 ans, on a fait le mont Blanc. Deux ans après, on a fait ensemble le Damavant (5610 m) en Iran. La même année, en automne, je suis allé avec mon père au Chili pour L’Ojo del Salado, au Chili (6893 m), le plus haut volcan du monde. Mais nous n’avons pas pu monter au sommet, en raison des conditions. Et en lisant le livre d’Ueli Steck, j’ai eu envie de découvrir comment c’était plus haut.

Tu travailles actuellement comme tailleur de pierre, être guide de haute montagne ne te motive pas ?

En fait, je n’ai pas encore eu le temps de le passer. Lorsque j’ai arrêté l’école, j’ai commencé un peu à me former dans la pierre, pour rapidement trouver un boulot. Je n’ai donc pas vraiment eu le temps de m’entraîner pour le guide. Mais c’est un objectif. Toutefois, j’aimerais continuer de pratiquer un métier manuel parce que j’aime bien ça.

En 2021 avec l’ascension du Manaslu (8163 m), tu es devenu le plus jeune alpiniste à faire un 8000 en style alpin. Ce qui t’anime le plus, c’est d’aller chercher des records ?

Pas du tout. Si je fais tout ça, c’est vraiment par passion. Comme je fais du ski alpinisme en compétition, je m’entraîne tout le temps. J’ai l’habitude d’aller vite. Alors c’est pour ça que je n’aime pas trop faire des gros sommets, des 8000, tout doucement. Sans aller à mon rythme, je ne prends pas de plaisir. D’où les one-shot [ascensions depuis le camp de base sans faire d’arrêts aux camps intermédiaires, ndlr]. C’est mon style d’ascension, ça me tient à cœur. Battre des records, ça ne m’intéresse pas vraiment.

Vadim Druelle KanchenjungaVadim Druelle KanchenjungaVadim Druelle KanchenjungaVadim Druelle Kanchenjunga

Tu as déjà un beau palmarès pour ton âge. Comment vois-tu l’avenir ?

Mon objectif actuel, c’est de passer mon guide. Après, j’aimerais peut-être faire les 14 sommets de 8000 mètres, en one-shot, en moins de 24 heures, un moyen d’être exposé aux risques moins longtemps. Ce qui vaut aussi pour le cerveau, parce que ce n’est vraiment pas bon d’aller là-haut sans oxygène. C’est quand-même assez dangereux, on a pas mal de neurones qui partent, il faut vraiment faire attention. […] Sinon, j’aimerais bien aussi me diriger vers des sommets un peu plus techniques, moins hauts. Mais pendant que j’ai la caisse, et que je suis tout seul aussi, je fonctionne ainsi. À vrai dire, je ne trouve jamais personne pour aller en montagne avec moi sur des expéditions himalayennes parce que ça coûte cher – il faut arriver à trouver des sponsors, c’est long à organiser. Et puis, sur des situations extrêmes, même si l’on s’entend bien avec un copain, ça peut vraiment dégénérer si on ne se connaît pas bien. C’est important de bien choisir avec qui l’on part. Quoiqu’il en soit, je fais de la montagne vraiment pour moi, donc j’en ferai tout le temps, peu importe le niveau. Sinon, j’aime bien tailler des pierres, tout simplement.

Tu parlais du risque d’aller en haute altitude. Qu’est-ce qui te pousse à y retourner ?

Pour le défi personnel. Mais aussi parce que j’ai envie de faire changer un peu les choses sur ces sommets. Parce qu’en montrant qu’il est possible de les faire ainsi [en one-shot, sans oxygène, ndlr], ça limiterait aussi toutes ces bouteilles d’oxygène qui traînent en montagne. Quand je monte en one-shot, je ne pars qu’une journée. […] Sur des petits 8000, tout le monde peut le faire, il faut juste bien prendre le temps de bien s’entraîner avant. Et il n’y a pas trop de soucis. […] Ce message est important pour moi parce que les montagnes, c’est quand-même une déchèterie. […] Et puis, le fait d’avoir de l’oxygène, ça fait venir beaucoup de monde sur les montagnes, même si j’en fait aussi partie. Mais souvent, il y a des gens mal préparés qui bloquent la voie. Ca peut même créer des accidents. Parce que parfois ils sont tellement lents, qu’ils créent de longues files d’attente. Et là, les alpinistes qui sont sans oxygène peuvent mourir. Dans le froid, si on ne bouge pas, ça peut très vite devenir très compliqué.

Le fait de prendre l’avion pour aller faire des sommets en Himalaya pose la question du bilan carbone. Comment te positionnes-tu face à ça ?

Ce n’est pas un sujet facile. J’essaie de n’y aller qu’une fois par an, d’enchaîner plusieurs sommets durant le même voyage. […] Je ne suis pas insensible à tout ça, loin de là, mais c’est vrai que j’ai quand-même envie de faire tous mes projets. J’aimerais réussir à trouver des alternatives. Dans les Alpes, je me déplace beaucoup à vélo ou à pied. J’essaie aussi de ne pas trop prendre la voiture. Ce n'est pas quelque chose que je montre sur les réseaux, mais c’est ce que je fais beaucoup. Sinon, quand je suis au Népal, je fais tout à pied, je ne prends pas d’hélicoptères. Ce n’est pas mon truc.

Y a-t-il des athlètes actuels dont les projets t’inspirent particulièrement ?

J’aime bien les alpinistes français. Ils pratiquent dans les règles de l’art. Comme Symon Welfringer, Charles Dubouloz, Benjamin Védrines. Ce sont de gros exemples pour moi. Ils sont quand-même assez avant-gardistes à mes yeux. […] Je ne les ai pas trop côtoyés jusqu'à présent, même si on a le même sponsor. Ils n'habitent pas forcément à côté de chez moi, on n’a pas le même âge et puis ils ont un certain niveau, notamment en escalade, ce que je n’ai pas encore. Je grimpe bien, mais pas comme Symon qui est dans le 9. Je suis dans le 7, je m’entraîne tout doucement. Mais comme je bosse à-côté, ce n’est pas toujours facile. Mais évidemment, j’aimerais faire quelque chose avec eux à l’avenir.

On parle souvent de toi comme un jeune prodige. Ça te convient ce genre de qualificatif ?

Plus ou moins. J’ai osé aller sur les premières expés tout seul, en étant jeune. Mais mon âge est aussi un problème. Parce que les Népalais et les autres himalayistes ne me prennent pas trop au sérieux. […] Mais à la fin des expés, ils voient bien que je ne suis pas un touriste. Quoiqu’il en soit, au début, c’est quand-même très difficile pour moi. Avec du recul, je ne sais pas si c’est un avantage.

Être ramené à ton âge, ça t'a fait perdre confiance ?

Assez oui. Surtout quand les autres me disent que je n’y arriverai pas, que ce que j’ai prévu est impossible. Ils ne me prennent pas du tout au sérieux. Des fois, ça me refroidit un peu. Lors de mes premières expés, c’était compliqué. Mais là, avec deux 8000, je vois bien qu’il faut que je me fasse confiance, et pas que j’écoute tout le monde, sinon ça va me bouffer. […] Je me dis que je me suis préparé, que tout se passera bien parce que j’ai tout fait pour que ça se passe bien. Et si jamais je doute, je préfère ne pas forcément y aller en one-shot. […] Je ne suis pas borné non plus. Mon objectif premier, c’est de rentrer. Et s’il n’y a pas de sommet, tant pis. C'est ce que je dis à ma mère pour la rassurer.

Comment fais-tu la différence entre le doute qui peut te sauver et celui susceptible de te freiner ?

Ce n’est pas évident. Surtout que là, sur cette dernier expé, j’ai perdu un copain. Un guide allemand qui avait de l’expérience puisqu’il avait déjà fait neuf 8000, sans oxygène. Comme il était européen et dans la même optique que moi [de le faire en style alpin, ndlr], on avait vite sympathisé. J’étais tout le temps avec lui. Et puis, il y a eu un accident. En fait, il est arrivé au sommet bien trop tard, 10 heures après moi alors que l’on était partis en même temps. J’étais parti du camp de base et lui du camp 4. Je l’y avais rejoint. Mais il allait doucement. Et il est arrivé au sommet, à 17h. Bien trop tard. Moi, j’y suis arrivé à 7h le matin. […] Et à la redescente, il était dans la nuit, sa frontale ne marchait plus à cause du froid. Il n’est jamais revenu.

Ca a été vraiment difficile. J’étais proche de tout ça, encore au camp de base. Ça remet plein de choses en question, surtout parce qu’il n’a pas su renoncer au bon moment, alors qu’il était fatigué. Et même avec l’expérience en fait, on voit que ça ne veut rien dire, qu’il faut toujours être vigilant. Ça fout un peu la trouille pour les prochaines fois aussi. Surtout que j’ai tout fait pour aller le secourir. Mais le lendemain, j’étais tellement fatigué pour remonter à 8000 mètres… Il fallait que je sois en forme mais personne ne voulait m’aider à aller faire la trace (il avait eu de la neige dans la nuit). Je ne pouvais pas partir tout seul. C’était trop difficile. Ça, je l’ai un peu sur la conscience aussi. Mais j’ai tout fait pour le sauver. On voit aussi que l’argent rentre beaucoup en jeu parce que tout le monde voulait de l’argent pour monter le chercher. Le côté humain n’était pas présent, c’était vraiment dur. On se sent impuissant.

Alors forcément, j’ai eu des doutes qui me sont passés par la tête. Mais ça m’a appris qu’il faut être toujours vigilant, jamais rester sur nos acquis. […] Et puis, je me dis que de toutes façons, on peut très bien avoir un accident de voiture, ici, en France. On n’est à l’abri de rien, il faut savoir se faire plaisir aussi. Quoiqu’il en soit, avec cette expérience-là, je vais faire encore plus attention en montagne.

Qu’est-ce que la montagne t’a apporté dans la vie ?

Énormément de choses. Tous les jours, même sur les petits sommets. On a confiance en soi, tout simplement. Ça m’a énormément aidé. Maintenant, quand je parle à des gens, je suis moins timide. Il y a un côté indescriptible aussi. Parce que j’ai toujours écouté un peu ce que j’avais dans le cœur. Par exemple, je ne choisis pas un sommet parce qu’il est plus difficile, plus facile, pas trop cher ou autre. En fait, j’ai l’impression que la montagne m’appelle. Ça me vient naturellement. Une fois que j’ai décidé du sommet, je suis à fond. C’est devenu mon objectif.

Avoir des objectifs, ça motive pour l’entraînement, pour tous les jours, c’est assez incroyable. Je n’aurais jamais pensé pouvoir m’entraîner comme je le fais. D’avoir la motivation pour ça. J’y vais sous la pluie, sous la neige, par tous temps, le lendemain d’une séance avec du gros dénivelé, etc. Ça me rend fort, mentalement, physiquement. Par exemple, pour m’habituer à mes expés, même après une journée à tailler des pierres, ce qui est déjà bien dur, je fais quotidiennement 100 pompes suivies d’une douche à l’eau froide après. Tous les jours, même l’hiver. Ce n’est pas évident mais ce sont des objectifs que je me donne. Des règles de vie. Et ça me forge, ça m’aide. Ainsi, quand j’arrive sur un 8000 ou sur les compétitions de ski alpinisme, je suis prêt. Je doute beaucoup moins, je suis moins stressé. Pour tout, même dans mon boulot.

La montagne t’apprend aussi à apprécier des choses simples, très simples. Par exemple, après avoir passé un mois au camp de base, reprendre une douche, c’est vraiment la vie. On l’oublie mais c’est incroyable d’avoir l’eau courante, un robinet, de ne pas être obligé d’aller faire fondre de la neige. […] On se rend compte aussi de beaucoup de choses, de la chance que l’on a d’être ici, en France. Quand on va au Népal, on rencontre une autre culture, ça nous ouvre aussi l’esprit. […] Sur ces hautes altitudes, on est juste un morceau de viande, on n’est rien. Ça fait réfléchir.

J’ai toujours des projets. Et ça, c’est incroyable. Je suis passionné par tout. Si bien que lorsque je rentre d’expés, je suis tout content d’arrêter la montagne. Parce que je vais pouvoir faire plein d’autres choses. Par exemple, je suis cristallier. Les cristaux, c’est incroyable, on trouve ça dans du chaos. Quand on va dans le massif du Mont-Blanc, on voit des grands glaciers, des grandes parois vertigineuses. Et on n’imagine pas qu’à l’intérieur il y a des cristaux parfaitement droits et transparents. […] Je n’ai pas de but quand je vais chercher les cristaux. Le sommet ne compte pas, les voies ne comptent pas. On parcourt la montagne d’une autre façon, d’une façon très pure. Les cristaux, c’est différent. Ça m’apporte énormément, je suis passionné par ça.

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Bartek Ziemski Everest ski
La rédaction

Après sa descente à ski de l’Everest, Bartek Ziemski jette un regard amer sur la course aux 14 × 8 000

Adrian et Richard Crane - Courir l’Himalaya
Sylvie Sanabria

« Courir l’Himalaya », où l’incroyable périple de deux frères, clochards célestes et précurseurs du fastpacking

Bartek Ziemski Lothse
La rédaction

Avec sa descente à ski du Lhotse, Bartek Ziemski prend un temps d’avance sur Andrzej Bargiel

Annapurna I
La rédaction

« Je savais que je ne survivrais pas à une nuit de plus » : au péril de sa vie, un guide népalais sauve deux alpinistes sur l’Annapurna

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications