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Adrian et Richard Crane - Courir l’Himalaya
  • Aventure
  • Trail Running

« Courir l’Himalaya », où l’incroyable périple de deux frères, clochards célestes et précurseurs du fastpacking

  • 18 mai 2026
  • 8 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

En 1984 sort un petit livre qui fait un tabac au Royaume-Uni : « Running the Himalayas ». Le récit de Adrian et Richard Crane, deux sujets de sa Majesté qui, deux décennies avant l’avènement du trail, se sont lancés un défi : traverser en courant l’Himalaya d’Est en Ouest, de Darjeeling en Inde, à Rawalpindi au Pakistan… en cent jours. Soit plus de 3 000 kilomètres, et 90 000 mètres de dénivelé, dont un aller-retour au camp de base de l’Everest. Ils ont moins de trente ans, ne doutent de rien, et se lancent dans l’aventure, de simples baskets New Balance au pied, et un sac de quatre kilos à peine sur le dos. Des minimalistes avant l’heure. Ils déjoueront les pronostics les plus funestes, surmonteront leurs disputes comme les aléas qui ne manqueront pas de pimenter leur périple. En France, leur histoire passe quasiment inaperçue. Si ce n’est de quelques esprits curieux, notamment Sylvain Tesson et Alexandre Poussin, qui s’en inspireront quinze ans plus tard et en tireront « La marche dans le ciel ». Enfin traduit en Français par notre confrère Julien Gilleron, l’histoire des frères Crane, publiée aux Editions Transboréal, est bien plus qu’un énième récit de trail. Vrai récit d'aventure, il se dévore comme un roman. 

Parmi les nombreuses dépêches que produisit le 17 février 1983 UPI, un court texte aurait pu retenir notre attention. Depuis New Delhi, le correspondant de l’agence de presse écrit : « Deux frères britanniques ont déclaré jeudi qu’ils prévoyaient de courir sur toute la longueur de l’Himalaya en 100 jours, une traversée record à travers trois pays. « Nous allons courir le long des anciennes routes commerciales, des chemins de pèlerinage et des sentiers de trek », a déclaré Adrian Crane, 27 ans, consultant en informatique vivant à Mountain View, en Californie. « Cela représente environ 1 500 miles à vol d’oiseau, mais nous pensons parcourir environ 2 500 miles avec toutes les montées et descentes en montagne ».« Le prince Charles nous a souhaité bonne chance », a ajouté son frère Richard, géologue dans l’exploration pétrolière chez British Petroleum et résident de Londres. » 

Adrian et Richard Crane, en 1983 - Courir l’Himalaya
Adrian et Richard Crane, en 1983. (Courir l’Himalaya / Éditions Transboréal)

On y apprend que les frères prévoient de partir de Darjeeling, dans le nord-est de l’Inde, de courir jusqu’à Katmandou, capitale du Népal, de traverser le Cachemire puis d’entrer dans la région du Hunza, au Pakistan, avant de terminer à Rawalpindi, au Pakistan. Leur itinéraire doit les conduire à travers des cols himalayens situés entre 17 000 et 18 000 pieds d’altitude ainsi qu’au-dessus de sommets de plus de 20 000 pieds. Impressionnant mais pas révolutionnaire. À l’époque, l’Himalaya a déjà été traversé par plusieurs autres groupes, mais cela leur a pris de plusieurs mois à deux ans. Or les deux coureurs, entendent boucler l’affaire en 100 jours ! 

« Nous courons autant que possible afin de montrer qu’il est possible de voyager très loin et très léger », explique Adrian à UPI. « Un voyage comme celui-ci n’est possible qu’avec les équipements technologiques les plus récents et les plus légers », précise son frère. 

Chacun de leurs sacs à dos ne pèse que 15 livres [environ 6 kilos, en fait ils feront tomber le poids à 4 kg ]). Dedans : des sous-vêtements thermiques, des vestes en duvet, des pantalons confectionnés dans un matériau chaud réfléchissant, des sacs de couchage, un appareil photo, des médicaments et un sac de bivouac, mais pas de tente. « Nous emportons une demi-brosse à dents parce que c’est la manière la plus légère d’emporter une brosse à dents », a déclaré Adrian. Un détail qui parlera sans doute à plus d'un amateur d'ultra mais qui à l’époque sidère le lecteur de UPI. Pour se nourrir tout au long des 100 jours, là aussi, ils font simple. « La plupart des régions traversées étant habitées, les frères ont indiqué qu’ils n’avaient pas besoin de transporter beaucoup de nourriture ni d’eau. Ils prévoient de passer par le camp de base de l’Everest au Népal, de traverser le plateau tibétain dans la région du Ladakh, au nord-ouest de l’Inde, puis de courir à travers le légendaire Hunza, dans le nord-est du Pakistan près de la frontière chinoise. « Nous terminerons en courant 500 miles le long de la Karakoram Highway jusqu’à Rawalpindi, pour le plaisir », a déclaré Richard. Sur leur route ils disent avoir prévu des dépôts de ravitaillement et ils comptent bien pouvoir remplacer en chemin l’équipement usé ou cassé, obtenir de nouveaux médicaments et films photo, du chocolat, et même poster des lettres. » Leur départ est prévu le 18 mars de cette année-là.

Adrian et Richard Crane - Courir l’Himalaya
(Adrian et Richard Crane / Courir l’Himalaya / Éditions Transboréal)

Des "grimpeurs sur neige et glace"

L’annonce est audacieuse, voire totalement « irresponsable» diront certains, et avant de se lancer les deux frères vont avoir du mal à trouver le soutien d'un sponsor. Mais ils sont tenaces, c’est là une de leurs nombreuses qualités, et finissent par convaincre une enseigne de chaussures, Cobra Sports Shoe Shop, et une organisation caritative, l’Intermédiate Technology Development Group, pour laquelle ils espèrent récolter 375 000 dollars. Un soutien qu’ils prendront très au sérieux. Car sous leurs dehors un peu fantasques, les deux frères n’en sont pas à leur coup d'essai. Fidèles du mountaineering anglais, ils se décrivent comme des « grimpeurs sur neige et glace » ayant une expérience dans les Rocheuses, les Andes et sur le mont Kenya. Et la perspective d'enchaîner des zones tropicales, subtropicales, tempérées et des glaciers ne leur fait pas peur.

Ce faisant, ils comptent bien aussi documenter toutes les techniques locales pouvant nourrir les recherches de leurs sponsors. Enfin ça, c’est surtout le plan de Richard. Car ce dernier s’évertue à photographier et remplir son carnet de notes en route quand son cadet, Adrian, entend, lui, avancer au pas de course, pour en finir une fois pour toutes avec une aventure dans laquelle il se demande bien pourquoi il s’est laissé embarquer. Il faut dire qu'ils sont épuisés, souvent affamés, et sales « nous avions renoncé à toute forme d’hygiène dès les préparatifs, parce que rasoirs, peignes et savons auraient alourdi notre paquetage. « , écrit Richard. Mais « continuer, en revanche, était une obligation », ajoute-t-il.  

" Il fallait tenter quelque chose de spectaculaire"

Car les frères Crane, visent haut. « Depuis des années, lui [Adrian] et moi passions de défis modestes en challenges mineurs, sans jamais toucher au grand, au vrai.», écrit Richard. « Nous avions pédalé, fait de l’auto-stop, couru, nagé, plongé, rampé et grimpé, passé des heures à nous entraîner et voyager, mais nos pedigrees ne brillaient guère plus. L’heure était venue. Maintenant ou jamais, il fallait tenter quelque chose de spectaculaire. Parfait, mais quoi ? Les règles étaient fixées depuis longtemps : l’expédition devrait être préparée et réalisée en un an, ne pas coûter cher (nous avions déjà vendu tout ce que nous possédions, sauf nos copines!), être un voyage à deux (parce que proches et amis n’étaient pas en état de suivre, et que nous refusions « catégoriquement » tout figurant ou « sympathique volontaire» de service!); elle devrait pouvoir passionner les médias et attirer les sponsors, et, surtout, être difficile. Nous ne cherchions pas tant l’argent que l’expérience et l’épanouissement. Avant tout, approfondir la connaissance de nous-mêmes en explorant nos limites. Il nous fallait quelque chose de si ambitieux qu’en cas d’échec nous pourrions dire : « Eh bien, au moins, nous avons essayé », et poursuivre une existence plus normale. »

Adrian et Richard Crane - Courir l’Himalaya
(Adrian et Richard Crane / Courir l’Himalaya / Éditions Transboréal)

(…) Nous étudiâmes toutes les expéditions qui paraissaient à la hauteur: gravir les plus hauts sommets des sept continents, faire le tour du monde à vélo, traverser le Sahara à pied, l’Atlantique à la nage, survoler l’Everest en deltaplane. Mais la plupart de nos idées étaient impraticables selon nos règles: déjà réalisées ou tout simplement débiles. 

Puis nous pensâmes à courir... et un déclic se produisit. Cela résonnait. À l’époque, courir était devenu un sport très à la mode, et il devait forcément exister un parcours moins vieillot que le John O’Groats1 ou la traversée des États-Unis. Traverser la Sibérie ? Courir le long de l’Amazone ? Et pourquoi pas en montagne ? Les Alpes, les Rocheuses ? L’Himalaya? C’est ça, de l’Everest à Katmandou, ou du K2 à l’Indus. Et pourquoi pas courir sur toute la longueur du massif ? Mais bien sûr ! « Courir l’Himalaya », voilà une bonne idée ! Cela semblait suffisamment « impossible », et encore plus si l’on envisageait de le faire en un temps « impossible ». Uniquement à pied. Quelle idée géniale ! Mais d’où pourrions-nous partir, et pour finir où? En étudiant la carte, une ligne apparut qui reliait Darjeeling (nom ressuscité de nos manuels de géographie), en Inde, à l’Everest, au Népal, qui passait par l’Annapurna et les hauts plateaux tibétains, et s’achevait à Rawalpindi, au Pakistan. D’est en ouest, elle représentait environ 2400 kilomètres à vol d’oiseau, mais à pied et en tenant compte de la complexité du parcours montagneux, cela pouvait monter à 3 800. Nous examinâmes cet itinéraire et déterminâmes la plus longue distance que nous pouvions espérer parcourir sur plusieurs jours consécutifs, et ce dans des conditions optimales. En nous appuyant sur notre expérience dans les collines britanniques, nous établîmes une moyenne d’un peu plus de 30 kilomètres par jour, ce qui, sur 3 800 kilomètres, aboutissait à 125 jours d’expédition. Cent vingt-cinq: déjà, nous n’aimions pas. Et c’était non négociable. Alors, très simplement, nous convînmes : « Va pour cent jours ! » 

" Je devais convaincre mon frère de rester avec moi "

Le défi semble totalement fou. Mais ils parviennent à convaincre Lord Hunt, dont l’expédition avait conquis l’Everest en 1953, de les soutenir. Il sera d'ailleurs présent à leur départ de Big Ben,  mais ne manquera pas de les prévenir que « la durée que nous envisagions pour notre voyage était « deux fois trop courte », et ce en supposant que nous échappions à la maladie et à l’hypothermie », précise Richard.

Adrian et Richard Crane survivront à tout cela, connaîtront parfois pire, mais deviendront soudés comme jamais. Leur complémantarité étant confirmée, comme dès le départ, Richard le pressentait. « Je savais bien que je ne pouvais pas aligner une telle distance tout seul. D’une façon ou d’une autre, je devais convaincre mon frère de rester avec moi et prier pour qu’il retrouve des forces. Depuis l’enfance, j’ai toujours été le plus costaud, le plus rapide, et je passais mon temps à défier mes copains ou ma famille à la course. Adrian, c’était l’organisateur, celui qui gagnait à la fin, jamais en trichant, mais souvent en contournant les règles. Finaud, mais à la régulière. Là, nous avions besoin de ses compétences pour être les premiers à traverser l’Himalaya en courant sur toute sa longueur ».

" Si c’est possible, faisons-le, et si c’est impossible, essayons "

Cent jours plus tard, ils auront relevé leur défi et seront traités en héros. Ils en seront transformés à jamais, comme l’explique Richard dans le prologue venue enrichir l’édition française du récit. « Au fil des années, mon frère et moi avons souvent discuté de l’impact que notre traversée de l’Himalaya avait eu sur nos vies. Loin d’être, comme nous l’avions imaginé au départ, l’aventure qui mettrait un point final à toutes les autres, elle a modelé nos existences dans les décennies qui ont suivi: si c’est possible, faisons-le, et si c’est impossible, essayons. Nous avions prévu que cette expédition nous pousse dans nos retranchements et nous anéantisse, en même temps qu’elle nous libère et nous apaise pour le restant de nos vies, conscients d’avoir atteint nos limites. Mais à la fin de la traversée, nous étions face à la même incertitude quant à la distance que nous étions capables de parcourir. Après quelque temps, des années sans doute, nous nous sommes rendu compte que notre épopée nous avait libérés autrement, en nous prouvant à tous deux que nous étions libres de tout tenter. » Par la suite, les deux frères vont effectivement enchaîner les exploits ( …).

« Notre traversée de l’Himalaya semble avoir incité de nombreuses personnes à se lancer dans leurs propres défis. Peut-être même peut-elle être considérée comme un projet précurseur dans le mouvement du « fastpacking », une forme de trekking innovante qui consiste à se déplacer rapidement avec un sac léger. Se plonger dans un défi physique en pleine nature est un chemin qui peut permettre de trouver la paix intérieure et un certain équilibre de vie lors du retour à la civilisation », explique-t-il.  « Si nous avons pu en inciter certains à s’adonner aux activités de plein air, c’est que nous avons légué une véritable contribution. Richard est parti trop jeune, à l’âge de 66 ans, à la suite d’un accident de vélo sur un sentier escarpé à un kilomètre de chez lui. Mais ce livre nous rappelle que la mort, comme l’écrivait J. M. Barrie au sujet de Peter Pan, est, elle aussi, une terriblement grande aventure », conclut-il.

courir l'himalaya

Courir l'Himalaya

Adrian & Richard Crane / Édition Transboréal. 23 janvier 2026, 291 pages

Traduction de Julien Gilleron

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