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Alix Noblat Chamonix UTMB 2023
  • Aventure
  • Trail Running

UTMB : Alix Noblat, la superwoman aux commandes de l’assistance de Mathieu Blanchard

  • 1 septembre 2023
  • 11 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Son objectif est clair : "devenir LA référence en nutrition sportive". Au vu de l’expérience qu’elle accumule ces derniers temps, assurant, sur les plus grandes courses de trail internationales, le soutien de son compagnon, Mathieu Blanchard, l’un des favoris sur l’UTMB cette année, Alix Noblat a toutes les chances d’y arriver. Et au-delà du suivi des athlètes professionnels, elle aspire à embarquer sa centaine de milliers de followers vers une vie plus saine. De la genèse de sa passion pour la nutrition à son rôle auprès du traileur français, 2e de la "course reine" l’an passé, elle est revenue pour Outside, sur son parcours, à la veille du départ de l’UTMB, jeudi 31 août.

C'est une jeune femme particulièrement en forme que nous avons retrouvée à Chamonix. "J’ai vraiment hâte que l’UTMB arrive" nous a confié Alix. "Avec Mathieu, on a envie d’y aller. Sans trop de stress. De mon côté, il n’y a aucune pression médiatique. Même s'il va falloir que je fasse les bons gestes sur les ravitaillements. Mais je lis en lui comme dans un livre ouvert, ça va faire notre troisième UTMB ensemble".

La course reine de cette effervescente semaine chamoniarde vient s’ajouter à une année bien remplie. Car entre le Trail du Bourbon (113 km ; 6700 D+), la Restonica Ultra-Trail (112 km ; 7000 D+), l’ascension du Kilimandjaro (5890 m), le Marathon des Sables (250 km en six étapes), le Marathon de Paris, sans oublier la sortie de son livre, "L’aventure commence dans l’assiette", celui de Mathieu "Vivre d'aventures", et son rôle d’assistante sur ses courses, notamment sur la Western States cet été (160 km ; 5514 D+), il y avait de quoi finir sur les rotules. Mais cette ancienne coach sportive ne manque pas de ressources. Malgré un planning très serré, en grande pro elle se plie à l'exercice de l'interview avant d’aller préparer les ravitaillements de Mathieu, dont la "fameuse purée de patates douces" qui tant fait parler d'elle sur les réseaux. L’occasion d’en savoir plus sur son parcours, ses projets, et de glaner quelques stratégies pour les futurs assistants de course.

L’an passé, à la suite de la seconde place de Mathieu sur l’UTMB, nous avions mis en avant ton rôle déterminant dans sa course, en disant que tu étais "dans l’ombre". Tu penses que ça te définit bien ?

On pourrait croire que je suis dans son ombre. Mais en réalité, on peut dire que je suis autant dans la lumière que lui. Que ce soit sur l’UTMB ou sur un autre événement sportif, c’est un travail d’équipe. Par exemple, quand il a décidé de se lancer sur cette course, il m’a demandé si je voulais faire l’UTMB avec lui, comme si on allait passer la ligne d’arrivée main dans la main. Je fais entièrement partie de sa préparation, je me vois plus comme une coéquipière.

Tu n’as pas l’impression de mettre parfois ta vie entre parenthèses pour ses objectifs ?

Mon année se construit autour des grandes courses de Mathieu. Cependant, j’insiste toujours pour avoir mes petits objectifs parce que l’on ne peut pas faire tout le temps les choses ensemble. Mais je ne mets rien de côté, je ne me sacrifie en un aucun cas. Et puis, ses objectifs sont un peu les miens finalement, puisque je me donne à 100%. Chacun a ses petits projets, je pense que ça s’est fait naturellement. Récemment, Mathieu avait un festival en Angleterre pendant que je suis allée faire mon ultra en Corse [la Restonica Ultra-Trail, 112 km et 7000 D+, ndlr]. C’est un bel équilibre.

La nutrition, ça a toujours été une passion pour toi ? Ou tu t’es formée pour suivre Mathieu ?

Mon intérêt pour la nutrition est dû à deux choses. D’une part, au deuxième cancer de mon père. J’ai vu un bon vivant vivre la frustration de se voir privé de tout ce qu’il aimait. De toutes ces choses sucrées. Alors j’ai essayé de lui préparer des recettes saines pour tenter de le réconforter avec de la nourriture. […] Et quasiment dans le même temps, j’ai commencé à me renseigner sur quel fuel il fallait à Mathieu pour avancer au mieux sur des ultras. C’était il y a deux/trois ans. Par la suite, j’ai suivi une formation en ligne sur le sujet, qui à ce jour ne vaut pas grand-chose. C’est pourquoi j’ai repris les études en avril, pour faire un BTS diététique. L’idée, c’est de continuer sur une troisième année de bachelor "sciences et nutrition du sport" à l’EDNH [Ecole de Diététique et Nutritionnel, ndlr]. Le big goal, c’est de faire un master pour devenir LA référence en nutrition sportive, peu importe la discipline. Je n’ai aucun souci à le dire parce que je me mets toujours de gros objectifs. Alors je travaille fort. Je lis beaucoup d’études et m’appuie notamment sur les oeuvres d’un professionnel de la nutrition, Anthony Berthou qui prône l’individualisation. C’est ce qu’il me plaît.

Mon idée, en parallèle, c’est de montrer sur les réseaux sociaux notamment, qu’il faut arrêter les régimes, les restrictions et être capable de s'écouter.

Et pendant cette reprise d’études, tu gagnes ta vie comment ?

À 200% grâce aux marques qui m’accompagnent à l’année. […] Je fais aussi des petites missions pour Salomon où je m’occupe de faire la cuisine quand les athlètes sont en déplacement sur des events du style summer camp.

Alix Noblat Chamonix UTMB 2023
(Thibault Ginies / Outside)

Qui était Alix avant de connaître Mathieu ?

J’étais coach de cross-fit dans le Sud de la France, à côté de Marseille. J’adorais ce que je faisais. J’avais déjà passé un cap dans ma vie puisque je me levais tous les matins sans avoir cette impression d’aller bosser. C’est primordial que ton travail te garde une bonne santé mentale. En fait, initialement, j’ai un BTS management des unités commerciales, et j'ai longtemps travaillé dans les grandes chaînes de restauration. Mais j’ai vrillé, j’ai fait un burn-out. C’est là que j’ai fait coach sportive.

Tu courrais déjà à l’époque ?

Pas du tout, je détestais courir. À chaque fois qu’il y avait marqué sur le tableau [de cross-fit, ndlr] qu'il fallait faire 200 mètres de run, je préférais le vélo, le rameur. Toutes les machines cardio mais pas la course. J’ai commencé un peu à m’y mettre avec les Spartan Race. Sur des formats très courts, parce qu’il y avait ce côté ludique. […] Je me rappellerai toute ma vie de mon premier footing avec Mathieu Blanchard, en décembre 2009. J’ai couru 20 minutes, c’était horrible.

Vos détracteurs, à toi et à Mathieu, vous reprochent votre passé Koh-Lanta, votre présence sur les réseaux sociaux… Tu leur réponds quoi ?

À titre personnel, j’ai vraiment développé mes réseaux suite à Koh-Lanta. Pour moi, c’était le bon moment. Même si l’image qui a été véhiculée de moi dans l’émission n’a pas été ultra positive. Je passais pour la guerrière, assez fermée, avec un visage déterminé. Ca a été dur, quand-même. Mais je me suis battue, j’ai fait ce que je voulais. Et aujourd’hui, ma communauté grossit. Les gens me suivent de plus en plus pour ce que je partage et ça c’est hyper important, quitte à perdre des gens qui sont venus pour Koh-Lanta. En vérité, je m’en fiche. Ce que je veux, c’est une communauté engagée, qui veut changer, mieux manger, plus bouger. Et ça, c’est parfait.

Les gens ont énormément critiqué notre présence sur Koh-Lanta. Ca a nourrit chez Mathieu un syndrome de l’imposteur. Ce qui a par la suite été une force pour lui. Car ses réseaux sociaux avant Koh-Lanta véhiculaient déjà cette dynamique de partager ses courses. Au Canada, où il vivait, la communauté reconnaissait ce qu’il faisait. […] On a été très patients. […] Troisième à l’UTMB en 2021, deuxième à l’UTMB 2022, une très belle saison, même s’il était déçu à la Western [où il a fini 7e, ndlr], son temps était très bon. Il a fait un très bon Marathon de Paris [2 heures et 22 minutes, ndlr]. À mes yeux, il n'a plus rien à prouver.

Mathieu nous a récemment expliqué avoir vécu un mois de juillet difficile. Quel a été ton rôle à ce moment-là ?

Il était excessivement déçu de sa performance à la Western States. Au point où il se disait qu’il était nul. Mais ce qu’il faut voir, c’est qu’il a couru la Western States [160 km, 5514 D+, ndlr] en moins de six heures, ce qui est mieux que François [D’Haene, ndlr], Kilian [Jornet, ndlr] et une dizaine d’athlètes internationaux déjà venus sur cette course. Cette année, il y avait des gens plus forts, basta. C’est une épreuve totalement différente de l’UTMB, parce que tu peux courir pendant 160 bornes. Or, sur l’UTMB, tu vas avoir 30% de temps de marche, avec un gros usage des bâtons. Mathieu avait quand-même préparé cet événement, en allant faire notamment de la vitesse sur le Marathon de Paris. […]

Ce mois de juillet, d’après moi, c’est un peu logique qu’il se soit passé comme ça pour lui. Dans le sens où Mathieu a eu beaucoup de projets : la sortie de son livre, notre aménagement qui quoiqu’il en soit est venu bousculer un peu sa vie […] et surtout il a arrêté son travail, est devenu à 200% un coureur professionnel. Je pense qu’il s’est mis une pression par rapport à ça. Il s’est dit qu’il devait faire ses preuves tout de suite. […] Mais on le voit bien, sur les ultras, ce n’est pas la même personne qui gagne chaque année. Après la Western, ça a été très dur pour Mat’, il ne voulait plus aller courir.

Tu sais, même si je suis sa plus grande fan, je n’allais pas lui dire qu’il était trop fort. Ce n’était pas ce qu’il avait envie d’entendre. Il a fait son introspection. J’étais juste là pour l’écouter, pour le réconforter, lui faire de bons petits plats, le requinquer et lui faire penser à autre chose. Alors on a parlé d’autres projets. Et s’il n’avait pas envie de parler de trail, je ne lui forçais pas la main.

Le départ de l’UTMB approche à grands pas. Tu le sens comment Mathieu en ce moment ?

Il a fait le taf. Il s’est entraîné fort. Il est vraiment en forme. Je pense que tous les feux sont au vert. On n’a qu’une seule hâte : prendre le départ. Parce que là, il est déjà en train de ronger son frein. On a vraiment tout optimisé, sans sacrifices. Il s’est vraiment fait plaisir. Tu vois, on optimise tout, jusqu’au sommeil. On a poussé tous les curseurs à fond. On espère que le travail va payer.

Vous avez encore plus optimisé les choses que l’année dernière ? Comment ?

Je connais Mathieu, je regarde aussi beaucoup son corps, la qualité de sa peau après les courses. C’est important de prêter attention à ce genre de détails pour ne pas qu’il y ait de pathologie qui se réveille du jour au lendemain. […] Et l’année dernière, à la suite de l’UTMB, je voyais qu’il n’était pas bien - il transpirait beaucoup, sa peau ne se réhydratait pas. Après un ultra, c’est normal de prendre cher. Mais là, je sentais qu’il y avait autre chose. Vingt-quatre heures après la course, il a été testé positif au Covid-19. C’est-à-dire qu’il avait contracté le virus pendant la semaine de l’UTMB. […] L’année dernière, il est allé plein de fois sur le village, a fait des interviews à droite et à gauche, m’a suivi sur l’OCC (55 km ; 3500 D+). N’importe quoi, quand on y repense. Cette année, on a dû filtrer à fond tout ça parce qu’on voulait faire en sorte qu’il ait un minimum de charge mentale. Car, on ne dirait pas comme ça, mais entretenir des conversations avec les journalistes, les médias, c’est énergivore. Après, on ne mort pas la main qui nous nourrit. C’est hyper important que notre sport soit médiatisé pour que les sponsors suivent de plus en plus d’athlètes, et que l’ensemble se professionnalise. […] Quand je vois des coureurs qui sont, les cinq jours précédents l’UTMB, à fond sur les stands etc., je me dis qu’il ne faut pas oublier que ce sont des athlètes, qu’ils doivent aller performer ensuite.

Et côté nutrition, vous restez sur les mêmes bases ?

On a fait un peu plus de gut training, de l’entraînement de l’estomac à l’effort. L’estomac, c’est un muscle comme les autres. Excepté pour ceux qui ont des pathologies, ne pas vomir sur une course, ça s’entraîne. Je pense que l’on a poussé le curseur un peu plus haut en matière de nutrition cette année. […] On fait encore plus attention à la qualité des produits. Mathieu a vraiment été impliqué dans le développement de la gamme Näak, à base de compotes, de gels et poudres d’effort.

Est-ce que l’on peut avoir la recette de la fameuse purée de patates douces qui a tant fait parler l’année dernière ? Ou bien c’est un secret ?

J’ai adoré l’engouement qu’il y a eu autour de cette purée de patates douces. C’est vrai qu’on l’a vu manger dans son tupperware, à Trient. Mais en fait, il n’y a pas de secret. La base, c’est donc les patates douces. Il y a aussi du riz, du curcuma, du bouillon avec du sel. Ce que je fais, c’est que je fais cuire mes patates dans le bouillon. Ca va donner un petit goût salé. Je rajoute le riz, le laisse gonfler. Et je garde l’amidon. J’utilise des aliments qui vont venir faire pansement sur l’estomac, vis-à-vis des gels et de tous les produits qu’il va consommer. Le curcuma a des vertus anti-inflammatoires, c’est aussi important. Mais il ne faut pas trop doser non plus - il ne faut pas que ça lui arrache la bouche. C’est quelque chose qui était hyper réconfortant pour lui. Il aura une purée cette année aussi, toujours à base de riz, pomme de terre et racines. Je fais extrêmement attention au choix des aliments, certains pouvant être irritants. Et comme je viens mixer le tout, il n’y a pas de risques de désordres gastriques. Rien de magique dans cette purée finalement !

Alix Noblat assistance UTMB Mathieu Blanchard
Trient, UTMB 2022 (Coralie Havas / Outside)

As-tu quelques conseils pour celles et ceux qui vont faire l’assistance d’un coureur sur ce week-end de l’UTMB ?

Munissez-vous d’une lampe frontale, c’est hyper important. Parce que la nuit, c’est vrai que si tu te retrouves dans la voiture à chercher tes affaires, avec la lampe de ton téléphone, c’est compliqué. Ayez des vêtements chauds, des petits snacks, un thermos. Et ajoutez à cela une bonne grosse dose de patience. La nuit, on peut essayer de dormir mais perso, quand Mathieu est en train de courir, je n’y arrive pas. Je suis plutôt du genre à attraper une crampe du pouce à force d’actualiser Live Trail.

Et si jamais le coureur arrive à un ravitaillement sans énergie, comment faire pour le remobiliser ?

Ca dépend de chacun, c’est comme l’alimentation. Par exemple, l’année dernière à Trient, Mathieu avait besoin d’être secoué. Et j’ai su naturellement trouver les bons mots. Je pense que pour proposer une assistance de qualité, il faut connaître un minimum son coureur. […] Car là, on n’est pas dans une course où tu vas tendre une flasque, comme sur certaines étapes des Golden Trail Series. […] Et puis, si le coureur arrive en ayant des mots secs, il ne faut pas mal les interpréter. Parce que la personne est dans l’effort, au bout du rouleau. On ne peut pas se mettre à sa place, il faut juste être patient. Je pense qu’il est primordial de faire un briefing ensemble avant assistance. La reconnaissance du parcours sur une map, les points de ravitaillement, ce que la personne veut en se disant que ça peut quand-même évoluer - ce qui n’est pas le cas de Mathieu. […] Il faut être hyper réactifs. Il faut communiquer sur les attentes de l’athlète, sur les attentes de l’assistance. Je pense que c’est important. Si l’assistance est un calvaire, il ne faut pas se lancer dans cette aventure.

Après l’UTMB, c’est quoi le programme ?

Et ben, on n’en a aucune idée ! Pour nous, c’est comme si l’année s’arrêtait après l’UTMB. […] On pense à La Diag’, aux Templiers, à la SaintéLyon, à plein de petites courses. On calera ça lundi, parce que si je parle à Mathieu de course à pied dimanche soir, il va peut-être mal le vivre !

Et toi, tu as des objectifs à venir en trail ?

Pas vraiment. J’aimerais peut-être tester quelque chose dans le genre d’un Dernier homme debout [une boucle de 7,5 km à répéter toutes les heures, ndlr]. Sinon, je me vois bien retourner sur la Restonica l’an prochain. Mais rien de particulier. J’attends que l’on fasse notre planning et je m’adapterai en fonction de ce que j’ai envie de faire.

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