A quatre jours du départ de l’UTMB, la course qui en 2022 l’a vu monter sur la 2e marche du podium et faire tomber le record des 20 heures après une bataille épique avec Kilian Jornet, le Français se dit prêt à se lancer à nouveau sur les sentiers et challenger un Jim Walmsley ou un Tom Evans. Une décision qui n’a pas été si simple, nous explique-t-il dans l’interview qu’il nous a accordée hier.
Il n’arrive à Chamonix qu’aujourd’hui, mardi 29 août, histoire de rester encore un peu au calme. C’est donc par téléphone, depuis les Deux Alpes, où il a un pied à terre, que Mathieu Blanchard s’entretient avec nous avant d’enchaîner sur une série d’interviews, car cette année il fait définitivement parti des favoris sur l’épreuve reine. Ce qui change singulièrement la donne quand on sait que Kilian Jornet, vainqueur en 2022, ne sera pas là cette fois pour lui dérober la victoire.
Un an depuis ta deuxième place et ton record en dessous des 20 heures, comment s’est passée cette année pour toi ?
Un an et une semaine, précisément. C’est drôle mais j’ai l’impression que c’était hier. Je n’ai pas vu le temps passer. Ces souvenirs sont tellement ancrés… je les vis encore en mode vibratoire. Avant, en 2022, j’avais plutôt le statut d’outsider, celui qui a un bon niveau mais qui ne prétend pas aux meilleures places. Cette année-là, je n’avais même pas été invité à la conférence de presse des coureurs élites, ni admis dans le sas des meilleurs au départ ! J’avais une rage que j’avais réussi à transformer en énergie positive, mais au niveau de la confiance, rien n’était garanti, et en plus il y avait Kilian. Aujourd’hui, je suis un peu plus en confiance, mais je dois rester humble, car dans l’ultra entrent des milliers de paramètres. Cela dit, avoir plus de confiance réduit le niveau de stress et je pense que ça augmente la possibilité de transformer.


Tu n’as confirmé qu’assez tardivement ta participation à l’UTMB, pourquoi ?
J’ai eu un mois de juillet très difficile, j’avais un peu le moral dans les baskets. La Western States ne s’est pas super bien passée (7e au scratch, ndlr). J’ai eu une remise en question pour plein de raisons. En avril j’ai renoncé à mon travail conventionnel. J’étais directeur commercial de la Clinique du coureur. En télétravail à 100%, et ça m’avait donné un alibi mental. Je n’étais pas un coureur pro, je n’en avais rien à foutre de mes résultats. Mais après ma démission, mon travail, c’est devenu le trail. Ca met de la pression. Ca a beaucoup pesé et peut être aussi joué sur la Western States, que je n’ai pas réussie. Quitter Montréal et le Québec, où j’ai quand même vécu 9 ans, pour revenir m’établir en France, a été un second choc, même si ça faisait sens de vivre en montagne et non plus dans une grande ville. J’ai eu un gros contrecoup qui a déclenché beaucoup d’introspection. J’ai attendu la 3e semaine de juillet pour trouver la motivation et prendre la décision de prendre le départ à nouveau sur l’UTMB. Car si j’y vais, ce n’est pas seulement pour être finisher.
Pourquoi avoir renoncé à ton job ?
C’est vrai que j’ai toujours dis que garder un job conventionnel me donnait un équilibre, mais ça me prenait du temps, cela impactait sur mon entraînement. Après l’UTMB 2022, les contrats ont augmenté, j’ai donc décidé de tenter ma chance et de vivre du trail à 100%. Il est encore trop tôt pour savoir si ça marche ou pas. Mais il va falloir que je me trouve une autre activité intellectuelle qui ne me prenne pas trop de temps, car sinon, après l’entrainement, on peut tourner en rond parfois.
Pour revenir sur la Western States, Tu misais gros sur cette course, avec du recul, comment l’aborderais-tu ?
Je ne changerais pas grand-chose. Mais j’y suis arrivé fatigué. Après dix minutes de course, j’étais déjà fatigué mentalement. Je me suis dit « ouh là là, ça va être compliqué ! ». Ma tête ne suivait pas mon corps. J’en avait trop fait, entre le Marathon des Sables, le Marathon de Paris, la sortie de mon livre…. Donc, à refaire, je ferais un peu plus de jus. Parce que t’as beau avoir un corps qui suit au niveau physique… la fatigue nerveuse compte. C’est comme avoir une voiture de sport super réglée et un pilote qui pique du nez.
A J- 4 de l’UTMB comment te sens-tu ?
Ca va, la première semaine d’août avec l’équipe Salomon, j’ai fait un volume d’entraînement et un volume d’intensité comme jamais dans ma carrière. J’ai retrouvé beaucoup de passion, d’excellentes sensations. Ca me rassure ! On a fait de grosses journées avec quelques records avec François D’Haene. J’ai enchaîné sur une semaine de 40 heures de sport. Aucune courbature. Alors là, je suis en forme. Mais tout peut arriver.


Après une 2e place et un record, tu mises sur quoi ?
Un record, c’est très compliqué. Ca dépend de quantité de paramètres. En 2022, les conditions météos étaient clémentes, parfaites. Ca arrive rarement. Et puis mes jambes comme mon ventre répondaient bien. Enfin, il y avait le combat avec kilian au kilomètre 130. Alors pour que tous ces paramètres se réunissent…
Et le combat avec Jim Walmsley ?
Le ‘duel ? ‘, c’est la communauté et les médias qui jouent un peu là-dessus, c’est normal, mais je n’ai aucune idée de l’état de Jim ou de Tom (Evans, ndlr). Je sais que Jim est plus fort que moi en termes athlétiques. Mais je suis plus adapté aux longues distances dans des conditions difficiles, au-delà des 15 heures et par temps potentiellement froid.
L’absence de Kilian, une chance ?
Un regret, plutôt. J’ai eu la chance de courir avec le plus grand coureur de tous les temps. Le scénario aurait pu se reproduire. Et puis ça fait mal au cœur quand un athlète et un ami est blessé. Je sais par quoi il passe, j’en suis passé par là moi aussi avec une blessure au sacrum. C’était horrible.
Après une deuxième place sur le podium, que vises-tu?
Comme l’année dernière, j’ai travaillé les temps de passage. Je ne veux pas changer une stratégie qui marche. Le top du podium est une conséquence d’une stratégie réussie. Et pas le contraire. Alors, soit tu fais la bagarre avec les autres et c’est comme jeter des œufs contre un mur et voir ce qu’il en reste, mais moi, à l’inverse de Jim, je n’aime pas ça. je préfère me concentrer sur mes temps de passage.
Comment envisages-tu ta fin de saison ?
Je n’ai encore rien vraiment prévu de septembre à décembre. Je vais me poser cet hiver pour être plus pro. Peut-être prendre un coach et aussi un préparateur mental. Au niveau logistique, Alix ( Noblat, également sa compagne, ndlr) est toujours cheffe de l’assistance logistique. Mais Gregory Vollet - team manager Salomon très présent pendant l’UTMB 2022 qu’il a bien gérée - est remplacé par Vincent Viet. C’est le seul changement.
La Diagonale ? J’ai commencé la saison tôt cette année, en février, donc il faudrait que quelque chose m’empêche de courir l’UTMB pour que j’imagine enchaîner là-dessus.




L’UTMB, ça reste du plaisir ?
Oui, chaque fois. C’est beaucoup d’engouement, les gens avec leur sourire, beaucoup de moments forts. Et puis c’est le seul moment de l’année ou toute ma famille est réunie, mes parents sont divorcés. C’est un rituel annuel, avec des restos, des larmes, de la joie. Donc toujours de bons moments.
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