Courir, c’est accessible, entend-on souvent. Il suffit d’une paire de baskets et d’un peu de motivation. Mais est-ce aussi simple que cela ? Surtout quand on a envie de goûter aux joies de l’ultra-trail… Une pratique qui, à y regarder de plus près, est relativement coûteuse. Et pas seulement à cause du prix des dossards, en constante augmentation. Pour réduire vos dépenses sans pour autant faire de concessions, voici les conseils de notre journaliste qui ne roule pas sur l'or mais qui voue une véritable passion aux 100 miles.
"Frais d'inscription pour un UTMB : 398 €, sans compter les frais administratifs de 8%. Résultat : 429,84 €. Coût d’une paire de chaussures de trail running capable d'endurer mes longues sorties : entre 120 et 160 € suivant les marques. Bon, il ne reste plus qu’à savoir comment je vais me rendre à la course, et vérifier si la nounou sera dispo pour garder les enfants… Pas simple tout ça au niveau budget, à l'heure où faire son marché n'a jamais été aussi cher"
Voilà le genre de pensées qui m'ont traversé l'esprit lorsque j'ai calculé le coût de mon premier 100 miles. Aujourd’hui, après avoir participé à plus de 16 ultras (des épreuves dépassant le marathon), j'ai découvert que le coût de ces courses allait bien au-delà des frais d'inscription. Entre les gels, les barres et les boissons énergétiques, les séances de kiné, l'essence pour me rendre au départ, l'hôtel.. La liste s'allonge rapidement. Et la facture s'alourdit.
Cela dit, ne vous y méprenez pas, le jour où j'ai attrapé le virus de l'ultra, j'ai compris que je m'inscrivais dans le temps. Que chaque euro dépensé serait un investissement personnel, tout en sachant que, oui, l'ultra-trail peut être très coûteux.
Pour aller plus loin, notre journaliste a fait le total de ses dépenses au cours des trois dernières années d'entraînement dédiées à l’ultra. Résultat ? Entre 2500 et 3000€ pour chaque 100 miles. Ce qui ne nous étonne guère. En août dernier, nous avions nous aussi fait quelques calculs dans le cadre de notre grand dossier sur l'ultra. Nous avions notamment évalué combien coûtait une participation à l'UTMB. Résultat : 1053€, rien que pour l'inscription, le transport et l'hébergement. Dès lors, si comme moi vous aimez courir quelques courses par an, cela suppose une certaine planification financière, ce dont j'étais loin de me douter lorsque j'ai commencé à pratiquer ce sport. Or, avec du recul, je me dis que j'aurais bien aimé avoir une idée des frais qui m'attendaient.
Établir un budget
Les chiffres ci-dessus peuvent faire peur. Mais pas de panique, on peut réduire les coûts et établir un budget jouable. Il vous suffira peut-être d'ajuster vos attentes en fonction de votre situation financière. Opter par exemple pour des courses régionales qui ne nécessitent pas de déplacements, suivre des plans d'entraînement de base en ligne sans entraîneur et limiter les achats de matériel non essentiels… Autant de moyens de limiter les dépenses tout en s'investissant pleinement dans l'ultra-trail. Vous pouvez également passer une saison entière à faire de longues sorties dans votre région, sans participer à aucune course.
« Je n'encouragerais pas une personne lourdement endettée, sans épargne, à s'inscrire à un ultra coûteux », insiste Candace Bryans, analyste financière, cheffe d'entreprise et coureuse d'ultras, qui, il n'y a pas si longtemps, faisait partie, elle aussi, de ses « athlètes fauchés ». Son conseil :" réexaminer ses priorités avant de s'inscrire à la prochaine course d'endurance".
Des priorités qui diffèrent d'une personne à l'autre bien sûr. Notamment pour les jeunes générations. Pour certains, dépenser de l'argent pour ses loisirs peut être plus important que d'épargner pour des investissements importants, comme l'achat d'une maison par exemple. Idéalement, Candace Bryans recommande d'établir un budget « 50/30/20 ». 50 % de vos revenus pour vos besoins vitaux, tels que l'hypothèque/le loyer, les factures, la nourriture ; 20 % pour l'épargne ; 30 % pour vos extras. « Si vous disposez de fonds limités, payez vos factures, consacrez-vous d'abord à votre épargne, et envisagez un plan pluriannuel pour vous donner le temps d'économiser pour cette course qui vous fait rêver », dit-elle.
Différentes façons d'économiser
Bien que vous ne puissiez pas lésiner sur certains coûts de l'ultra (l'entraînement, les courses, les chaussures ou les coûts de santé imprévu), d'autres paramètres peuvent être pris en compte. Sur certains événements, vous pouvez apporter votre tente et camper avant et après l’épreuve par exemple. Gardez toutefois à l'esprit que vous risquez de compromettre la qualité de votre sommeil avant et après la course, ce qui pourrait nuire à vos performances ainsi qu’à votre récupération. Enfin, côté équipement, vous pourrez peut-être vous procurer un sac d'hydratation et des vêtements de course auprès d'un ami ou d'occasion via les plateformes de vente de matériels, Campsider par exemple, ou encore Everide, pour ce citer qu'elles. Car non, il n’est pas indispensable d'avoir le dernier modèle de montre de running pour performer ! Enfin, il est également possible de faire du bénévolat sur une course et de bénéficier d'une inscription gratuite, ou de jouer la carte du dossard solidaire.
Si vous êtes un très bon coureur, le soutien d'un sponsor est peut-être envisageable, sans trop miser là-dessus toutefois. Car si quelques ultratraileurs élites bénéficient d'un soutien financier leur permettant de vivre de ce sport, les ultrarunners de niveau moyen reçoivent des parrainages plus modestes (essentiellement des dotations en matériel, ce qui n'est pas négligeable), en plus des prix remportés, de quoi couvrir de nombreux frais de course ou d'entraînement.
L’ultra, « une pratique inestimable pour prendre soin de soi »
Jubilee Paige, directrice de course, a bien conscience des investissements que font les coureurs. « Mais si l'on considère l'ultra-trail sous l'angle de la valeur d'un entraînement quotidien et de l'épanouissement personnel, cette pratique n'a pas de prix », explique-t-elle. « En termes de temps et d'argent, plus les individus se surpassent ou plus la distance est longue, plus les coûts sont élevés dans tous les aspects du sport. En tant qu'organisatrice, je suis bien consciente des coûts liés à l'organisation de ces courses. Mais je pense que les coureurs peuvent moduler leur budget en fonction de leurs choix personnels. En privilégiant par exemple, le co-voiturage, la préparation de leurs propres ravitos ou le camping ».
Autre poste non négligeable, les frais de santé. Bien que je ne souhaite cela à personne, il est prudent de prévoir un budget pour les coûts imprévus, notamment les blessures. On ne peut pas les prévoir, et elles sont d'autant plus dures à vivre que l'on a dépensé des milliers d'euros avant le jour de la course. Aussi Eve Rebennack, traileuse expérimentée, conseille-t-elle de bien planifier sa saison et d'investir judicieusement dans certains soins". "Un entraîneur, un kinésithérapeute ou un diététicien peuvent coûter un peu plus cher, au départ, que le dernier gadget arrivé sur le marché, mais faire appel à eux est un vrai investissement à long terme. Ces professionnels peuvent vous sembler hors de portée financièrement, mais n'hésitez pas à les contacter, vérifiez s'ils proposent des tarifs dégressifs en fonction de vos besoins ou des possibilités de travail en petits groupes ».
Un retour sur investissement à long terme
Alors, oui la pratique de l'ultra peut être coûteuse, mais cela en vaut la peine. Les ultra-traileurs sont unanimes. Les vues sur les montagnes, les amitiés et les expériences vécues pendant ces courses n'ont pas de prix. Et je suis bien loin de penser à mon portefeuille lorsque je franchis la ligne d'arrivée en boitillant. Ni même lorsque je tends la main pour attraper la précieuse médaille de finisher. Encore moins lorsque j’assiste au lever de soleil en pleine course.
Je conseille donc aux nouveaux pratiquants de profiter à fond de cette belle aventure. Tout en sachant qu’il s'agit d’un projet à long terme qui n'apporte pas toujours un retour sur investissement immédiat. Vous allez vivre beaucoup d'expériences qui n'ont pas de prix et qui prendront de la valeur avec le temps. Rien n'est comparable aux « premières » dans ce sport – votre première course, votre premier ultra, votre première médaille de finisher...
Courir sur les sentiers pendant 24 heures n'est certainement pas pour ceux qui recherchent une satisfaction immédiate. Dans l'ultra, vous allez vivre des hauts et des bas. Vous apprendrez à dépasser ce que vous pensiez physiquement possible. Et vous allez engranger des souvenirs que vous seul saurez savourer pendant des années. Cela dit, rappelez-vous que la course en soi ne représente qu'un moment dans le grand voyage de l’ultra. Alors, si un imprévu venait à se présenter, si par malheur vous ne pouviez pas participer à cette course tant attendue, vous pourrez probablement reporter votre inscription à l'année suivante, ou envisager une autre épreuve plus tard dans l'année. Car n'oubliez jamais que c'est à vous de façonner votre propre expérience dans le monde de l’ultra-trail, dont le moteur principal doit rester le plaisir.
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