Elles sont 8 femmes, guide de haute montagne, skipper pro, ingénieure, architecte naval ou photographe, et toutes partagent la même passion : découvrir les lieux les plus reculés au monde. En juin dernier, elles se sont attaquées à des big walls vierges du Groenland abordés via des routes maritimes périlleuses. Une expédition baptisée Via Sedna qu’elles viennent de boucler à l’issue de trois mois de voyage mêlant voile, escalade et exploration.
20 juin 2022. L’expédition Via Sedna quitte le port de La Rochelle. À bord du Northabout, voilier historique spécialement conçu et entièrement équipé pour naviguer sur les mers polaires : Caro North, Marta Guemes, Maria Sol Massera, Nadia Royo Cremer, Capucine Cotteaux, Caro Dehais, Ramona Waldner. Un équipage 100 % féminin composé de quatre grimpeuses, trois navigatrices et d’une photographe, réunies autour d’un projet commun : allier navigation, escalade et approche environnementale. Elles entendent en effet ajouter un volet scientifique à l'aventure et, dans le cadre d'une action de sciences participatives avec Ifremer, échantillonner des micro-algues à l'aide d'un filet à plancton dans les eaux internationales au cours de leur traversée. « Ces précieux échantillons serviront aux études morphologiques et moléculaires des micro-algues océaniques encore mal connues et permettront une meilleure connaissance de la diversité de ces organismes dans ce secteur peu étudié.

En toute logique, c’est exclusivement à la voile qu’elles se déplaceront. « Nous ne voulons pas prendre l’avion et ainsi opter pour un succès rapide et facile. Mais nous engager dans un voyage de trois mois et ainsi prendre le temps de vivre une véritable aventure ! » expliquaient-elles sur leur site internet à la veille de leur départ.
Leur objectif ? Le Groenland. Question grimpe, le pays offre d’innombrables big walls de granite encore vierges, accessibles uniquement par bateau, pour peu qu’on soit prêt à slalomer entre les icebergs. Le genre de défi qui fait rêver Caro North, guide de haute montagne, et Marta Guemes, skipper pro. A l’origine du projet, elles sont toutes deux passionnées et dotées d’un solide bagage.
La Suisse Caro est une illustre grimpeuse, membre du team Mammut. Elle a fait partie de la première expédition féminine du Club Alpin Allemand en 2011. On lui doit aussi la première ascension féminine du Cerro Torre, en Patagonie. Depuis 2018, elle enchaîne également les expéditions mêlant voile et ski qui l’ont conduite notamment à rejoindre l’Antartique, depuis Ushuiaia en passant par le Cap Horn. Pour la relayer à la navigation, elle peut compter sur l’Espagnole Marta Guemes. Skipper pro et ingénieure, elle a participé à de multiples régates, dont la “Mini-Transat 2017”, une transatlantique en solo, sans assistance, sur un voilier de 6,5m. Très engagée sur le plan social, elle dirige l’association humanitaire Ocean Peaks, vouée à soutenir des jeunes en difficulté via la pratique de la voile et la découverte du milieu marin.





Pour compléter leur équipage, l’Argentine Maria Sol Massera, architecte naval, et la Française Caro Dehais ingénieure, également formée à la menuiserie. Au cours de la traversée, leur expertise s’avèrera essentielle pour faire face à une panne de moteur. Deux autres grimpeuses expérimentées font également partie de l’aventure, Capucine Cotteaux, basée à Montpellier, et l’Espagnole Nadia Royo Cremer. Sans oublier l’Autrichienne Ramona Waldner, photographe du groupe, chargée de la couverture de l’expédition.
Une fois les voiles hissées, six semaines de traversée en mer leur sont nécessaires pour atteindre les côtes du Groenland. Au vu des conditions dantesques, entre orages, pluies incessantes et brouillard, il leur est impossible d’aller plus vite. Face à ces imprévus, deux escales, l’une en Irlande, l’autre en Islande s’avèrent indispensables. Tant d’un point de vue trajectoire que ravitaillement. « Nous continuons à jouer au slalom avec les dépressions ! » déplorent-t-elles sur Instagram. « Cette fois-ci, les vents nous ont échouées sur la côte est de l’Islande. Mais, coup de chance, la falaise la plus intéressante du pays est localisée à « seulement » 6h de route ! "notent-elle. "Désespérées de voir pousser des écailles sur nos mains, avec Ramona, Caro et Capu nous partons nous refaire la peau et l’esprit sur le beau basalte de Hnappavellir. Nous avons grimpé jusqu’à ne plus sentir nos doigts et nos bras, enivrées de rocher et de joie ». De quoi retrouver un peu d’énergie avant de reprendre la route. Non sans mal. « Les conditions difficiles et les icebergs nécessitent toute notre attention. Cette région n’est pas encore bien cartographiée. Nous devons être vigilantes en permanence », s'inquiètent-elles.

À la mi-août, le Groenland est enfin là ! Le moment pour l’équipage de se diviser en deux groupes. D’un côté les grimpeuses et la photographe, avec pour objectif l’ascension d’un big wall jamais exploré auparavant. De l’autre, les navigatrices, parties dans une zone d’icebergs. Une sortie qui s'avère plus complexe que prévu. Pas un pet de vent et le moteur du bateau rend l’âme. « Toutes les alarmes se déclenchent, une épaisse fumée se dégage de la salle des machines, nous nous précipitons pour jeter l’ancre et sécuriser le bateau. Il ne redémarre pas… » racontent-t-elles. « Malheureusement, nous sommes à l’extrémité du plus long fjord du monde ! Et au vu des conditions, impossible d’en sortir sans moteur ». Il faudra l’intervention de Maria Sol et de Marta pour qu’enfin le moteur veuille bien repartir, les sortir de l’impasse et leur permettre de retrouver les grimpeuses qui n'ont pas perdu leur temps.





Caro, Nadia et Capucine ont ouvert, au coeur d’une paroi restée jusqu’alors vierge, une nouvelle voie, qu’elles baptiseront « Via Sedna » (780 mètres, 16 longueurs) en souvenir de leur expédition. Ne reste plus qu’à effectuer le voyage retour, direction La Rochelle. Un point de chute qu’elles atteindront rapidement, la météo étant bien plus clémente durant leur voyage retour.

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