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Aurel Lardy
  • Aventure
  • Snow Sports

Aurel Lardy, 3 films à l’affiche cette saison : « Je prends plaisir à essayer de ramener ce qu’on vit là-haut »

  • 7 novembre 2024
  • 7 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Aurel Lardy est de ceux qui repoussent les limites de sa discipline. Avec la manière, à la croisée entre performance de haut niveau et démarche artistique. Ses exploits, allant des pentes du Kirghizistan à la Patagonie, ne passent d'ailleurs pas inaperçus. Le Chamoniard de 28 ans est actuellement à l’affiche de trois films majeurs, « Chronoception », « Painting the Mountains » et « Les Jours Sauvages », sélectionné par le BANFF, pour une tournée internationale. Mais aussi par le FIFAV de La Rochelle qui débute le 10 novembre. De quoi nous donner envie d'aller voir à quoi carbure ce Chamoniard d'adoption.

Tu es à l’affiche de trois films, « Chronoception », « Les Jours Sauvages », « Painting the Mountains », en ce moment. Tu ne serais pas un peu hyperactif ? 

Ça fait pas mal de choses, effectivement. En fait sur les trois films, il y en a un qui est déjà disponible sur YouTube, "Chronoception", une aventure au Kirghizistan en 2022. Deux films qui ont vu le jour en 2023, en voyage. Un du côté de l'Alaska, « Les Jours Sauvages », de 1h20, assez intimiste, où le spectateur est vraiment plongé avec nous dans l'aventure, dans l'attente, dans le froid, dans toutes les difficultés. L’idée avec ce projet, c'était de traverser tout le massif du Denali, du nord au sud, en totale autonomie. On a mis 50 jours pour faire ça, en comptant l’ascension et la descente à ski du sommet, le plus haut d'Amérique du Nord. […] Et à la fin, on a rejoint l'océan, on avait les packrafts, des petits kayaks gonflables, hyper minimalistes.

Donc, ça, c'était en avril-mai, et après, je suis reparti en septembre-octobre avec Jules Socié et Vivian Bruchez, en Patagonie, à El Chalten. Pour un voyage un peu différent. J’avais pour ma part le rêve ultime d'aller skier une ligne en particulier là-bas, la rampe de Willhans-Cochrane. […] J'étais gamin quand j’ai vu ça pour la première fois. Je m’étais dit « putain, le jour où j'ai la chance de skier cette descente, j'aurai bouclé la boucle ». Bon aujourd'hui, ça a changé, j'ai plein d'autres rêves. Mais on est vraiment allés chercher un petit peu nos limites, et celle du ski de pente raide. On a tiré un film de cette aventure, « Painting the Mountains ».

Aurel Lardy
(Matthew Tufts)

Quand on regarde tes films, ta démarche semble être aussi bien artistique que sportive. Tu es d’accord avec ça ?

Tout à fait. Je trouve que c'est vraiment un art, le ski, déjà dans sa technique elle-même : essayer de trouver une gestuelle parfaite, se poser sans arrêt des questions, se remettre en question, etc. Et puis, après, il y a l'aspect créatif où tu vas te retrouver face à une montagne. Là, on va tous avoir un point de vue différent. […] Quand je vais skier une ligne - ou en tout cas quand je suis attiré par des lignes - je vais essayer de me plonger dedans, et tenter d'imaginer comment ça peut être. S’ajoute à cela une dimension esthétique. Il faut que ce soit aérien, qu'il y ait des passages techniques. J'aime bien quand il y a du caillou très coloré, des passages en glace, des contrastes de couleurs, plein de choses comme ça. C'est hyper important pour moi.

Aujourd'hui, en plus de ça, il y a une notion exploratoire. Si la ligne n’a jamais été skiée auparavant, ça me parle à fond. Parce qu'il y a une vraie notion aventureuse. Tu ne sais pas vraiment ce que tu vas y trouver. Et enfin, il y a un peu cette notion de peinture, de laisser une trace avec les spatules sur une montagne, quelque chose de très éphémère, d'inutile complètement, mais qui, moi, me remplit de bonheur. Pouvoir partager ça avec des copains, c'est inestimable.

Tu as un passé de compétiteur. Pourquoi t'es-tu tourné vers une toute autre pratique du ski ? 

La vie que j'ai aujourd'hui, je n'ai pas l'impression de l'avoir choisie. Moi, à la base, je suis de Chambéry. Je n'étais pas du tout prédestiné à faire de la montagne, encore moins du ski de pente raide. Surtout à ce niveau-là. Mon papa était militaire. Il s'est fait muter à Chamonix quand j’avais six ans. Et naturellement, je crois que j'avais un petit peu envie de glisser. […] C'était quand même un peu mon truc, j'avais quelque chose, au niveau de la glisse, ça se passait plutôt bien. Mais tu vois, je crois que c'est un peu le système et la vallée dans laquelle j'habite, Chamonix, qui m'a permis de mettre des skis au pied. Alors, je suis allé au club. C'était quelque chose qui me plaisait, qui me motivait. Mon rêve, c'était d'aller un jour en Coupe du Monde.

J'ai couru longtemps, jusqu’à mes 21 ans. J'ai fait le circuit de la Coupe d'Europe. La compet’, c'est quelque chose qui m'a vraiment inspiré, que je ne regrette pas du tout d’en avoir fait. […] Je dirais que le système a fait que je me suis retrouvé à skier quand même assez longtemps en ski alpin. Parce que ça fonctionnait. Parce que j'avais un peu des œillères aussi. […] Mais ça me plaisait, j'étais très heureux là-dedans. Et puis, à un moment, je me suis fait un croisé. Ce qui m’a laissé le temps d'aller me plonger le nez dans les livres, dans les topos. J’ai aussi beaucoup regardé de vidéos. Là, je me suis dit, « putain, mais en fait, avec tout ce bagage technique que j'ai, les gars qui m'inspirent en montagne et qui me donnent envie d'y aller, ils ont un petit peu le même parcours que moi ».

Le ski de pente raide, je trouvais ça assez ultime. Pour moi, c'est un petit peu le summum, le Graal du skieur. Parce qu'en fait, tu retrouves tous les aspects du ski. Et en plus de ça, il y a une puissance qui émane quand même des montagnes, quelque chose d'assez fort. Tu ne peux pas tricher. T’es obligé de mettre ton ego de côté. Il y a un vrai respect. T'es obligé d'être humble. L'erreur n'est pas permise. C'est cet aspect-là qui me plaît. D’autant qu’il y a un vrai parallèle entre le ski de pente raide et le ski. La précision, la volonté de s'améliorer, d'essayer de trouver la petite bête qui va te rendre encore meilleur techniquement. 

Aurel LardyAurel Lardy

Tu as déjà songé à la suite ? Aux lignes que tu aimerais skier ?

J'ai quand même bien ramassé après ces deux expés en 2023, notamment après l'Alaska. Moralement, ça a été super dur, le retour à la vraie vie, à la société, etc. J'ai vraiment pris une maxi claque. […] Physiquement, je dirais que ça allait. Même si, effectivement, on était complètement démontés. Mais en fait, tu vois, physiquement, à un moment donné, ben, tu manges, tu dors, tu fais autre chose, tu retrouves toujours un peu ta santé, tu vois. 

Mais mentalement, je ne suis pas allé consulter, mais je pense que j’étais potentiellement dans une sorte de dépression, dans quelque chose d'assez sombre. En fait, j'avais vécu et partagé quelque chose de tellement fort avec mes compagnons de cordée, que revenir à la réalité, à une société où tout va très vite, où t'es sans arrêt à regarder la montre, où tu peux avoir toutes tes informations sur la météo, où il y a des news tous les jours, des potins, des trucs... Eh ben moi, ça a été super dur, parce qu'en fait, on était revenus à quelque chose de très animal dans ce voyage en Alaska. Alors, je n’avais qu'une seule envie : me replonger dans ce monde de froid, de glace, hostile au possible avec des loups, des ours et mes copains.

Aurel Lardy
(Jeremy Bernard)

Et, tu vois, j'ai mis franchement six mois à vraiment remettre les pieds sur terre. […] Ça nous a quand même un peu tous transformés, parce que c'était fort, c'était dur. On a vécu des choses dures, mais très, très belles aussi. Donc, c'était assez difficile de revenir à la réalité. […] Deux expéditions dans la même année, notamment avec une comme l'Alaska, tu vois, c’était peut-être un peu too much. Et donc cette année [en 2024, ndlr], je n’ai rien fait. […]  Je suis resté dans le massif du Mont-Blanc. J'ai plein de projets ici. Je n’aurais pas assez d’une vie ! Parce qu'il y a trop de rêves, il y a trop de choses. C'est trop beau, c'est trop bien.

J’ai toujours la volonté d'aller skier des choses que je n'ai pas skiées, des classiques en montagne, extrêmes ou non. Il y a des chances que je reparte sur deux voyages. On est en train de travailler dessus. Au Pakistan, où là, on irait skier une montagne de 6 900 mètres, qui n’a jamais été skiée dans le secteur. […] C'est une montagne, quand je la regarde, elle me fait vraiment quelque chose. J’ai envie d'essayer de résoudre ce problème, de savoir par où descendre, de trouver le meilleur itinéraire. C'est vraiment quelque chose qui me parle. Et après, je travaille sur un autre voyage plutôt en hémisphère sud. Là, je ne peux pas vraiment t'en dire des masses. 

Qu'est-ce que tu fais, quand tu ne skies pas ?

Pendant l'hiver, généralement, je suis moniteur de ski. Je prends un plaisir fou à apprendre le ski aux gens, du débutant au gars qui sait très bien skier, à l'expert, à l'experte. Et puis après, l'été, maintenant, vu que j'arrive quand même bien à vivre un petit peu du ski, j'aime bien élargir un peu mon champ d'expérience et de sports. Donc, je touche un peu à tout. Je fais beaucoup de vélos de descente, de l'enduro, je fais du parapente, je grimpe beaucoup. Et puis, depuis l'Alaska, j'ai vraiment aimé le kayak. Donc, je me mets au kayak. […] Je sais vraiment être curieux et m'inspirer un peu, comme je te disais, d'autres sports. 

Ça me donne des idées aussi pour d'éventuels combos dans notre voyage. Tu vois, en Alaska, on a fait du ski, du trekking, de l'alpinisme, du ski de pente raide et du kayak. Je trouve ça génial ! […] J'ai toujours travaillé, avant de gagner ma vie avec le ski. Alors, j'ai besoin de garder un lien social, un lien de travail, des objectifs, des horaires. Tu vois, j'ai besoin de sortir. De servir à quelque chose et de rendre service aux gens. Alors, je fais des petits tafs à droite, à gauche, quand même. 

Parce que tu n’as pas l’impression de rendre service aux gens en étant athlète ?

Je ne sais pas, en fait. Si tu veux, j'ai une vision assez... Disons que je suis plutôt spectateur de ce que je fais. Aujourd'hui, le ski, c'est ma passion. La plus grosse passion que j'ai dans ma vie. J'ai envie d'en faire jusque le plus tard possible. J'ai vraiment du temps pour moi encore. Alors je ne sais pas si c'est être humble ou quoi, mais en tout cas, j'essaie de rester très loin de cette idée d'être sportif de haut niveau, d’être athlète. […] Ce ne sont que deux planches en bois qui glissent sur de la neige, après tout. 

Alors, oui, on se met en avant. Et moi, ça me plaît de mettre en avant des massifs, des montagnes, des secteurs. Et, lorsque je suis en festival, j'ai toujours un grand plaisir à rencontrer les gens, notamment les néophytes. Ça leur permet de voyager à travers nos images. J’y vois vraiment du sens. Mais en ce qui concerne ma pratique elle-même, je ne suis pas sûr de rendre service aux gens. 

En tout cas, je prends plaisir à raconter des histoires, à essayer de ramener ce qu'on vit là-haut. […] Je ne sais pas trop comment te l'exprimer, mais j'essaie juste de me nourrir et de prendre un plaisir dingue à être en montagne. J'essaie de vivre tous les jours à fond, de toujours ouvrir les yeux, de toujours regarder les levers de soleil, les couchers de soleil, la couleur du caillou. Et puis d'échanger des sourires avec les copains. C'est vraiment ce qui compte le plus. Donc, je ne sais pas si je suis utile, mais en tout cas, la montagne est utile à ma vie et la partager l'est aussi beaucoup. 

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