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Piolets d'or

Portrait de Yasushi Yamanoi, piolet d’or 2021, « l’homme le plus proche du paradis »

Yasushi Yamanoi doigts amputes

La rédaction La rédaction

  • 15 novembre 2021
  • 6 minutes

Alpiniste engagé, non-conformiste, méconnu en Occcident, Yasushi Yamanoi recevra fin novembre à Briançon, un Piolet d’Or récompensant l’ensemble de sa carrière. Loin des ascensions commerciales axées sur l’utilisation des cordes fixes à outrance, ce Japonais de 56 ans, le premier du continent à recevoir ce prix, a réalisé de nombreuses ouvertures sur le Cho Oyo (8 188 m) ou en big walls. Capable de gravir le K2 en 48 heures, il incarne des valeurs d’indépendance, de minimalisme, le tout rempli d’humilité.

« Que ce soit en solo, en couple ou avec des amis, l'alpinisme de Yasushi Yamanoi s'est brillamment illustré en matière de créativité, d'engagement et de résilience. Son style minimaliste et ses ascensions souvent discrètes ont montré la voie aux jeunes alpinistes japonais afin de s'exprimer en style alpin moderne. Associé à un respect écologique intransigeant pour les sites sur lesquels il s'est rendu, l'ensemble de ces qualités font aujourd'hui de Yasushi Yamanoi un digne lauréat de ce 13ème Piolet d'Or Carrière » souligne l’organisation de l’événement.

Peu connu des Occidentaux, d’une personnalité discrète, bien plus présent au cœur de la nature que sur le paysage médiatique, le Japonais Yasushi Yamanoi succède à ces alpinistes qui ont inspiré de nombreuses générations – Catherine Destivelle, Voytek Kurtyka, Andrej Stremfelj, Jeff Lowe, Chris Bonington, John Roskelley, Kurt Diemberger, Robert Parago, Doug Scott, Reinhold Messner et Walter Bonatti.

Yasushi Yamanoi Taeko Nagao Voytek Kurtyka ascension face sud tour centrale Biacherahi
(Yasushi Yamanoi)

Une vie simple, avec peu d'argent

Pourtant Yasushi était loin d’être promis à la montagne. A mille lieux des sommets enneigés, au milieu des collines verdoyantes de la préfecture de Chiba, au plus près de l’océan Pacifique, il grandit avec des parents qui ne sont ni grimpeurs ni alpinistes. Inspiré par les aventures solitaires de l’explorateur Naomi Uemura, le premier Japonais à se rendre au pôle Nord, à faire du rafting sur l'Amazone ou encore à atteindre le sommet du Denali (6 190 m), le jeune Yasushi découvre l’escalade grâce à la lecture du magazine japonais « Iwa to Yuki », spécialisé dans la discipline. Autodidacte, il commence à grimper seul, sur les murs d’une vieille bâtisse non loin de chez lui. Grâce à un pompier et un ouvrier du bâtiment, il obtient baudrier et casque. À onze ans, le jeune passionné a déjà gravi un pic de 3000 m et a pris part à la tradition japonaise du sawanobori – une pratique locale de grimpe le long des cascades.

Lycéen, il parcourt des grandes voies en solo intégral. Certains le décrivent déjà de « l’homme le plus proche du paradis ». Naturellement, après son cursus scolaire, son objectif est tout tracé : améliorer son savoir-faire sur le rocher. Pour cela, il choisit de mener une vie simple pendant l’hiver afin d'avoir un peu d’argent pour ses projets de grimpe, des petits boulots qui feront toujours partie de sa carrière. De novembre à mai, il transporte souvent 35 kilos de matériel jusqu'à la station météorologique située au sommet du mont Fujiyama (3 776 m). À certains moments, les températures chutent en dessous de -30 °C. Un bon entraînement pour l'Himalaya qui lui coûte notamment une fracture du tibia alors qu’il descendait dans une tempête de neige.

Taeko Nagao assure Yasushi Yamanoi mur Salathe El Capitan
(Hiroshi Aota)

« Je continuais à espérer qu'un autre rocher tombe, simplement pour revoir cette incroyable puissance de la nature »

Au milieu des années 80, direction les États-Unis – rien de mieux pour perfectionner sa technique de fissures. De 1984 à 1987, il passe chaque année trois à cinq mois au pays de l’oncle Sam et enchaîne notamment Sphynx Crack (8a) dans la région de South Platte au Colorado. Une vie dédiée à l’alpinisme commence alors, en rupture avec les organisations d’État qui soutiennent les expéditions.

Lors d’un voyage dans les Alpes, en 1987, il réalise en toute discrétion la première ascension solitaire de la Directissime Française au Petit Dru. S’en suit une autre aventure en solo, au Canada cette fois-ci, sur les 1 400 mètres du big wall la face ouest du mont Thor sur l'île de Baffin. « J'ai entendu un fort grondement et j'ai vu ce rocher de la taille d'un camion tomber d'en haut. Il m’a manqué de peu. J'avais terriblement peur mais je continuais à espérer qu'un autre rocher tombe, simplement pour revoir cette incroyable puissance de la nature » confiait-t-il à Alpinist.

En juillet 1990, son ascension du Fitz Roy (3 405 m) en solitaire et en hivernale, une première, le fait entrer dans l’histoire de l’alpinisme. Avant de grimper la paroi, il est resté pendant des mois à sa base, pour tenter de comprendre ce sommet et d’en défricher les failles.

Yasushi Yamanoi ascension
(Yasushi Yamanoi collection)

Un avant-gardiste incarnant un idéal minimaliste

L’année d’après, il découvre les plus hauts sommets du monde, en tant que membre d’une expédition japonaise conventionnelle au Broad Peak (8 051 m). Même si l’organisation et le style ne lui conviennent guère, cette ascension lui permet de rencontrer Taeko Nagao, sa future femme, qu’il qualifie de « moralement inébranlable », l'une des meilleures alpinistes japonaises du moment avec laquelle il partage des séances de bloc au camp de base mais surtout le même désir de gravir les sommets dans un style épuré, sans trop d’artifices. « Il ne se contentait pas de grimper, il avait une conversation avec le caillou. Pour lui, grimper en style alpin était une évidence. Une fois qu'il commence une ascension, c'est juste une affaire entre lui et la montagne » explique Alpinist. « Il valsait à travers ces montagnes qui, pour les athlètes sponsorisés, étaient des champs de bataille ».

Commencent alors les ascensions en style alpin, en solo ou en duo avec Taeko, couronnées par de nombreuses réussites en Himalaya : une nouvelle voie en face ouest de l’Ama Dablam (6 812 m) en solitaire en 1992, une autre face sud-ouest du Cho Oyo (8 188m), des big walls, notamment une première ascension de la face sud-ouest du Bublimotin, une paroi de 800 m au-dessus de la vallée de Hunza au Pakistan avec Nagao et Daisaku Nakaga.

Au milieu des années 90, il tente de gravir la face est, encore vierge, du K2 (8 611m) avec le Polonais Voytek Kurtyka. Un projet contrecarré par le mauvais temps qui permet à Yasushi de réaliser une ascension solitaire express de l'éperon sud-sud-est (communément appelé voie Česen), atteignant le sommet en 48h depuis le camp de base – un chrono qui tient toujours sur une réalisation effectuée sans oxygène. Même s’il déclarait ne pas être intéressé par les records et préférer ressentir ce lien étroit avec la nature, le Japonais entre alors dans la liste « restreinte et hautement élitiste des personnes ayant réalisé une ascension solo de style alpin d'un nouvel itinéraire indépendant vers le sommet principal d'un pic de 8 000 mètres » selon Lindsay Griffin, chroniqueur de longue date de l'Himalaya.

Au-delà des performances extraordinaires, Yasushi est un avant-gardiste. Incarnant, à l’ère de l’escalade commerciale, un idéal minimaliste, il semble retourner à une époque d'alpinisme romantique, presque poétique. Année après année, il retourne sur les hauts sommets avec une pensée posée, au cœur de cette nature qu’il affectionne depuis toujours.

Yasushi Yamanoi premiere tentative face nord Putala Shan
(Zhang Shaohong)

Soucieux d’adopter un style épuré, respectueux de l’environnement

En 2002, la seconde ascension de la voie Slovène en face nord du Gyachung Kang (7 952 m) - quinzième plus haut sommet du monde, à la frontière entre le Cho Oyu et l’Everest rarement gravi - marque un tournant dans sa carrière. Yasushi est attiré émotionnellement par ces montagnes en-dessous de 8000 mètres, « négligées, selon lui, parce qu'elles sont quelques mètres trop petites. Mais ce n'est pas une raison pour les ignorer. Elles sont tout aussi belles, n'est-ce pas ? »

Le Japonais atteint le sommet du Gyachung Kang tandis que sa femme, Taeko, choisit d’y renoncer. Entre avalanches, ophtalmies et gelures, ils mettront trois jours à rejoindre le camp de base. Rapatriés au Japon, le couple subit des amputations considérables - Yasushi perd tous ses orteils au pied droit ainsi que plusieurs phalanges à 5 de ses doigts. Avant leur évacuation du pied de la montagne, Taeko fait promettre à Yasushi de revenir venir chercher leurs déchets, une habitude pour ces alpinistes soucieux d’adopter un style épuré, respectueux du l’environnement.

Une dimension écologique présente tout au long de leur carrière. D'ailleurs, Yasushi refuse les nouveaux équipements de ses sponsors, insistant sur le fait qu'il n'en a pas besoin. Il porte les mêmes vêtements qu’il soit en montagne, dans les rues de son village ou aux réunions de son groupe d'escalade à Tokyo. Et s'il commence à pleuvoir, il garde son imperméable enroulé dans son sac. Son explication ? « Mon corps est encore fort, mais l'imperméable doit être fait pour durer. Je le garde pour la montagne, quand j’en aurais vraiment besoin ».

Yasushi Yamanoi porteur Mont Fuji

« Vieillir, c’est une expérience agréable »

En 2005, après une lente convalescence, Yasushi est de retour. Au terme de sept jours, il ouvre Jiayou, une belle ligne en face nord du Potala Shan dans le Siguniang National Park, en Chine. Deux ans plus tard, avec sa femme et Satoshi Kimito, direction le Groenland pour une nouvelle voie, Orca (1250m) sur une paroi de Milne Land en côte est du pays.

Avec l’ascension du Rucho, une première sur ce sommet de 5 970 m en Inde, il signe sa dernière ascension en Himalaya, en 2016. « En tant qu'alpiniste, il semblait avoir perfectionné l'art d'aller juste assez loin mais de ne pas faire un pas de plus, de battre en retraite lorsque les dangers semblaient trop grands et de lutter pour revenir sain et sauf » explique Alpinist. Durant sa carrière couronnée de succès, Yasushi a su abandonner, notamment à 7 000 m en face est du Gasherbrum IV, toujours non gravie à ce jour, à 7 300 m sur la face ouest du Makalu, lorsqu'il se prit une pierre sur le casque. Une qualité qui explique notamment sa longévité dans la discipline.

Ces dernières années ont été plus tranquilles : il prend désormais quelques mois pour se reposer entre les grandes ascensions. « Depuis le K2, je suis de plus en plus faible. Mais au-delà d’une certaine frustration, j’observe de près mon propre corps, me délecte de comprendre comment il réagit, combien de temps avant d'être épuisé, combien de temps il lui faut pour récupérer, et comment tout ce processus évolue avec le temps. Vieillir, c’est une expérience agréable » confie-t-il.

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