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Walter Bonnati Gasherbrun
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Walter Bonatti, du K2 aux Drus, retour en images sur « le plus grand alpiniste de son temps »

  • 13 septembre 2021
  • 4 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Le 13 septembre 2011, La communauté alpine perdait un géant. L’Italien Walter Bonatti, celui qui avait frôlé tous les dangers dans les Alpes comme dans l’Himalaya, s’éteignait à Rome, victime d’un cancer, à 81 ans. C’était il y a dix ans, mais l’aura du « dernier alpiniste traditionnel », selon son ami Reinhold Messner, ne s’est pas ternie. Alpiniste de tous les superlatifs, écrivain, grand reporter, il s’est définitivement inscrit dans la légende, comme en témoignent ces quatre documentaires, courts et longs métrages, éclairant un destin hors norme.

« C’est sans doute le plus grand alpiniste de tous les temps », devait confier l’Anglais Doug Scott - à qui on doit la première ascension de la façade sud-ouest de l'Everest - au sujet de Walter Bonatti dont le parcours, marqué par la tragédie et la gloire, fait définitivement un être « bigger than life », hors normes.
Né le 22 juin 1930 à Bergame en Italie, l’Italien fait irruption sur la scène de l'alpinisme avec la quatrième ascension de la face nord des Grandes Jorasses (4208 m), l'une des grandes faces nord des Alpes. Il n’a alors que 18 ans. Trois ans plus tard, en 1951, il réalise la première ascension du Grand Capucin (3838m) avec son camarade Luciano Ghigo via une voie de 400 mètres de niveau VII. Une ascension que Gaston Rébuffat définira comme « le plus grand exploit en rocher accompli à ce jour, un exploit dont l'alpinisme italien peut être fier. » À son retour, sa ville natale de Monza lui offre une réception d'honneur, mais les festivités tournent au tragique. Sa mère est victime d'une crise cardiaque fatale pendant la cérémonie, laissant Walter Bonatti avec un sentiment de culpabilité.


En 1954, lorsque les Italiens décident de s’attaquer au K2, le choix du jeune prodige de 23 ans s’impose parmi les candidats à la prestigieuse expédition. Mais Walter Bonatti n’en sortira pas indemme. Victime de querelles internes au sein de l’équipe de 11 personnes, menée par Achille Compagnoni et Lino Lacedelli, le benjamin de l’expédition est abandonné à 8100 m à un bivouac glacial avec un porteur, Ahmir Mahdi. Tous deux survivent mais l’expérience lui laisse un goût amer et marquera définitivement son penchant pour les aventures en solo, où il va s’illustrer comme personne. Tant par son audace, que par son style.

De retour dans son territoire de prédilection, les Alpes, il fait l’ascension en solitaire du Petit Dru (1955), en six jours. Le Pilier Bonatti deviendra un passage obligé pour les meilleurs alpinistes, jusqu'à ce que la voie complète soit détruite par un éboulement en 2005. Son aventure incroyable fera le tour du monde et donnera matière à un documentaire, à découvrir ci-dessous.

Bonatti continue à repousser les limites en ouvrant de nouvelles voies dans le massif du Mont-Blanc, mais aussi dans l’Himalaya. En 1958, il réalise avec Carlo Mauri la première ascension du Gasherbrum IV (7925 m) par l'arête nord-est. Auparavant, en 1956, il aura trouvé le temps de boucler un tour des Alpes à ski de 1 795 km en 66 jours.

En 1961, c’est la grande tragédie du Pilier Central du Frêney qui voit la mort d'Andrea Oggioni, Pierre Kohlmann, Robert Guillaume et Antoine Vieille. Seuls Walter Bonatti, Pierre Mazeaud et Roberto Gallieni, en reviendront.
En 1963, il inscrit à sa liste de courses, rien moins que la face nord des Grandes Jorasses, en hiver.

Mais ceux qui le connaissent bien, comme ses amis les alpinistes Reinhold Messner et Pierre Mazeaud, savent que l’Italien n’aime pas se répéter. Aussi ne seront-ils pas surpris de le voir se retirer de la scène de l’alpinisme alors qu'il n'a que 35 ans et une quinzaine d’années d’alpinisme au plus niveau derrière lui. Mais il a fait le tour de la question. Reste qu’auparavant, il signe un nouvel exploit, le premier solo hivernal de la face nord directe du Cervin, le 22 février 1965. Sa manière à lui de célébrer les 100 ans du Cervin.

Changement de vie alors, pour celui que Paris Match qualifia de « plus grand alpiniste de tous les temps » : le héros italien entame une carrière de grand reporter pour le magazine italien « Epoca »et d'écrivain. Ses œuvres, notamment "Montagnes d'une vie" (Flammarion, 1997), deviendront des classiques de la littérature de montagne et une source d'inspiration pour nombre d'alpinistes contemporains.
Sans surprise, en 2009, Walter Bonatti devient le premier alpiniste à recevoir un Piolet d'Or pour l'ensemble de son éblouissante carrière.


K2

https://youtu.be/UiV-chWRhi8

"La conquête du k2, 1954". Produit par Marco Visalbergi et Francesco Virga, ce film de 48 minutes étayé par de nombreuses images d’archives de la TV italienne, du club alpin italien et de l’armée italienne revient sur la première ascension du k2 (8611 m) deuxième plus haut sommet du monde, par l'expédition italienne de 1954. Un épisode tragique, longtemps sujet à controverse qui marquera à jamais le jeune Bonatti. L’Italien mettra 50 ans pour rétablir la vérité sur cette affaire. En 2004, le club alpin italien annoncera enfin que la version officielle de l'ascension est celle de Bonatti.

Les Drus

https://youtu.be/i46vAcA2isg

"Bonatti au pilier des Drus", extrait du film « Le pilier de la solitude » d’Hélène d’assonville, 5’12.
« Avec 80 pitons dans son sac, il a vaincu le mur de l’enfer », titre un quotidien national devant l’exploit qu’il accomplit en gravissant en solo le pilier S.O. des Drus (3733 m) du 17 au 22 Août 1955.
"Je me suis retrouvé coincé, je ne pouvais pas descendre ni monter", raconte Bonatti dans ce document. "J’étais perdu, pendant une bonne demi heure. Et puis après une demi heure j’ai eu une bonne réaction. J’ai considéré que j’étais là pour me retrouver moi-même. J’avais lutté pendant quatre jours, je ne pouvais me laisser mourir. (…)." Et puis, ce sera le sommet : "Je vivais tellement un état de grâce, que je pensais que rien ne pouvait m’arrêter."
« Le Dru est le symbole du Chamoniard, et un Italien, tout seul, il est allé le voler. Alors, ils devraient me « odiare » (détester, ndlr), mais non et c’est là le grand sens sportif que j’apprécie, c’est qu’ils m’ont considéré comme leur fils ! », conclut l'alpiniste.

Tragédie du Freney

https://youtu.be/wS1uiMMUSq4
VOIR LE VERSION ANGLAISE

« Grimpeurs », version intégrale en anglais, 1h26, un film de Andre Federico.
En 1962, c’est la grande tragédie du Pilier Central du Frêney qui vit la mort d'Andrea Oggioni, Pierre Kohlmann, Robert Guillaume et Antoine Vieille. Seuls Walter Bonatti, Pierre Mazeaud et Roberto Gallieni, en reviendront.

https://youtu.be/aQiPRQ_T53o

Hommage à Walter Bonatti, Piolet d’or. En quelques 7 minutes, Bertrand Delapierre et Pascal Tournaire reviennent sur les moments forts de la carrière de l’alpiniste italien, avec notamment un extrait d’archives offrant la reconstitution de sa légendaire ascension du pilier des Drus avec l’acteur Michel Vaucher, assez curieusement mise en scène. On retiendra notamment de ce document une citation de Bonatti expliquant que s'il devait laisser un message aux jeunes alpinistes, ce serait de « faire tout ce qu’ils peuvent faire. Mais que la conquête la plus belle de monde, c’est la conquête intérieure ».

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