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Via Alpina

Paul Bonhomme : traverser les Alpes par la Via Alpina, « un rêve de gosse »

La farandole des Écrins - Paul Bonhomme approche refuge

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria

  • 11 janvier 2023
  • 5 minutes

On savait qu’il pouvait encaisser les kilomètres et le déniv. Il l’a prouvé en août dernier lors de sa désormais célèbre « Farandole des écrins ». Un petit nom romantique pour un parcours de santé de 313 km et 24 600 D+ mêlant trail et alpinisme, histoire de relier l’intégralité des refuges du massif des Ecrins. Le tout en six jours. Restait à Paul Bonhomme à vérifier s’il pouvait pousser un peu la machine et faire long et rapide. Alors quoi de mieux que parcourir les Alpes au pas de course, de Ia mer Adriatique à Ia mer Méditerranée ? Soit 2650 kms et 150 000 D+. Et en 28 jours, svp. Un chiffre qui ne doit rien au hasard : le détenteur du record, le Belge Karel Sabbe, l’a fait en juillet 2021 en 30 jours et 8 heures. Et comme, à plusieurs c’est mieux, il en fait une aventure participative, renouant avec le sens initial de la Via Alpina dont l’idée était, à sa création, de faire mieux connaître les Alpes.

Qu’est-ce qui a déclenché chez toi l’envie de cette traversée ?

Plusieurs déclencheurs. D’abord un coup de moins bien après mes dix ouvertures de lignes de pente raide.  Je me suis posé la question de ce que cela avait dit aux gens. Et je me suis dis, là c’est un peu trop élitiste, un peu trop dur. Normal, la pente raide, c’est un peu niche. Alors, dix, c’est encore plus niche. J’avais envie, comme je le dis dans mon film « Curiosité » de partager l’expérience, de trouver un truc plus simple pour que les gens puissent s’identifier ou s’imaginer ce qu’on peut faire là-haut, et c’est là qu’est venue l’idée de la Farandole. Après, j’ai échangé avec Benjamin Védrine sur l'idée de l’intensité dans l’effort, il m’a dit que cela ressemblait à ce que les mecs avaient fait sur la Via Alpina. Puis est arrivé le trail de Serre-Ponçon (162 km, ndlr), en septembre dernier, j’ai vu que le fond était bon et que j’avais bien récupéré. Donc, je me suis dit, pourquoi pas se pencher sur cette idée à la Patrick Berhault mais pas en mode alpin, je n’ai pas sa compétence. Enfin, le fondement de tout ça, c’est cette envie d’odeurs de mélèze, de trucs soft, doux, de paysages qui défilent, et plus forcément de trucs super durs. Cette envie en fait de ce qui m’a fait aimer la montagne, enfant. Les fleurs, les marmottes, les vaches, tout ce qui me faisait rêver alors dans ma banlieue parisienne. C’est la base de la montagne : le bas ; moi au début j’étais attiré par le bas, pas par le haut. Enfin, une envie de grande balade, quoi. 

28 jours par rapport au 30 et huit heures de Karel Sabbe, sur quoi comptes-tu gagner ? 

Je vais faire le même parcours que lui. Comme avant lui Guillaume ( Arthus, ndlr). J’ai regardé les étapes, poussé les contraintes au max, on peut tomber à 28 jours. Après, est-ce que je vais tenir trois semaines ? Ca fait partie du projet, essayer d’aller toucher le bout de ce qu’on peut faire avec deux jambes. Et le long, pas trop vite, c’est ce que je sais faire !

2650 km et 150 000 D+, en 28 jours, soit 94,64 km par jour pendant près d’un mois, tu as déjà fait quelque chose d’équivalent ?

Non, mais personne d’autre non plus. Et Karel lors de sa traversée s’est fait déboiter par le déniv. Moi, sur ce point, avec mon métier de guide, ça me correspond. Et là, depuis deux mois, j’apprends à courir, sérieusement, avec un préparateur physique, le père d’une copine de ma fille. Avec un plan d’entrainement et tout. 

Comment t’y prépares tu ?

En ce moment j’apprends à gérer plusieurs allures. C’est génial, avant je courais toujours à la même allure, toujours trop rapidement, je cassais mon corps. Ca marche sur six jours, mais moins sur trois semaines. Et on bosse sur la VO2 max. Quant au volume, il reste assez important, mais rien d’excessif, au 2e mois on en est à plus de 100 km par semaine. C’est aussi hyper important de comprendre ce qui se passe dans mon corps. Au niveau de l’alimentation, je travaille sur l’utilisation de la filière lipidique. Il y a encore 15 jours je ne savais pas ce que c’était ! J’ai compris pourquoi je ne perdais pas un seul gramme, je n’utilisais pas les graisses. Je suis en train d’essayer d’utiliser ça pour avoir un rythme plus régulier et éviter de me flinguer l’estomac, le problème avec les glucides. C’est génial quand tu apprends et que tu vois que ça marche ! En ce moment aussi j’essaie de ne pas dépasser les 120/ minute. Le but ? Aller vite en restant sous les 120.

Au niveau logistique, comment vas-tu t’organiser ?

On a un petit budget, contrairement à Karel, mais on a plein d’idées. Christophe Angot, déjà présent sur la Farandole, m’accompagnera, pour couvrir entre autres les images. On va mettre en place un système de tracking, les gens vont pouvoir me suivre sur un site dédié, avec des photos, des vidéos. On en tirera sans doute un film, on verra. Sera là aussi Jean-David Laurene, d’Allibert, pour la logistique. Une à deux autres personnes devraient compléter l’équipe pour l’assistance. Car ce qui prend du temps, c’est l’organisation, où faire les courses, où se poser pour la nuit. C’est admirable ce qu’a fait Guillaume en totale autonomie. J’aurais pu moi aussi y aller seul, mais en visant les moins de 30 jours, je ne sais pas si c’est possible. Au final, si ça se trouve, je vais tenir deux jours…Mais l’idée toujours, c’est de partir vers l’inconnu.

Donc là, on a de petits moyens, un ou deux vans, des tentes, quelques nuits en refuge, toutes les étapes dont déterminées, mais tout cela peut changer. Ce n’est pas très écolo tout ça je sais, mais on a tourné le truc dans tous les sens, et en train et vélo électrique ce n’est pas possible, vu la logistique. Côté sac, je serai en semi-autonomie avec de quoi tenir 50 km avec 4 kg sur le dos, peut-être moins, surtout de la bouffe et de l’eau. Pas de pacer mais toujours un sac – Karel en portait rarement – je me sentirais à poil sans, avec l’impression de ne pas faire de montagne. 

Ce projet, tu as attendu 20 ans pour le lancer, car avant, dis-tu dans ton post sur Instagram, « c’était trop grand ». Qu’est-ce qui pourrait l’être plus encore?

Tu rajoutes des sommets au passage ! Ou la même chose en courant mais à la Patrick Berhault. Ce serait énorme de faire ça. Mais pas en 28 jours, et pas pour moi ! Courir ou grimper, à partir d’un certain âge on peut difficilement faire les deux à fond.

Quel plaisir tires-tu de la course à pied ?

J’ai commencé à courir à 39-40 ans, mais depuis 5 ans, ce n’est que du plaisir. D’abord, c’est simple, tu prends tes baskets et tu vas courir ; pas de dégaine, de cordes, de vérification des conditions comme dans la pente raide ou tu es dans la prise de tête constante. Et puis c’est un truc naturel, on est fait pour ça. Enfin, physiquement, il y a tout ce qui se passe dans ton corps quand tu fais une activité physique. Et la facilité avec laquelle tu déconnectes. Ce matin, pendant ma sortie, au loin un peu de neige, le lever du soleil… on voit plein de choses fabuleuses avec la course à pied.

La traversée des Alpes, un "rêve de gosse", dis-tu. Tu en as d’autres ?

Encore plein, mais peut-être moins aussi liés à cet univers de l’enfance, où je m’endormais en rêvant de gentianes et de chutes d’eau. Un truc un peu romantique. On verra… C’est au jour le jour. L’hiver dernier je me suis surpris, avec mes clients, à regarder la vallée et à me dire : quand je serai vieux, j’aimerais bien me balader par là.

Mise à jour : mercredi 11 janvier à 9h

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