Si les régions méditerranéennes voient depuis plusieurs années leurs feux de forêt gagner en fréquence et en intensité sous l’effet du dérèglement climatique, les Alpes du Nord semblaient jusqu’ici davantage préservées par leur climat plus frais et plus humide. Mais dans des massifs qui se réchauffent deux fois plus vite que le reste de la planète, cette relative protection s’érode à mesure que les températures grimpent et que la végétation s’assèche. En témoignent les trois incendies actuellement en cours en Savoie, dont celui du Planay, face à Courchevel.
Voilà près de deux semaines que des fumerolles s’élèvent au-dessus de la vallée de Bozel. Déclaré le 24 juin sur la commune du Planay et déclenché par la foudre, le feu continue de progresser sur les pentes de la Tour du Merle. Pendant plusieurs jours, les pompiers ont surveillé ce foyer évoluant par phases, ponctuellement réactivé par le vent et alimenté par une végétation asséchée. Une reprise d’intensité dimanche, sous l’effet de vents plus soutenus, a conduit à une intervention au sol lundi. Jusqu’alors, la zone, difficilement accessible car située dans un secteur escarpé, au milieu de pierriers et sur de fortes déclivités, présentait selon les autorités « des enjeux limités, ne justifiant ni d’exposer la sécurité des sapeurs-pompiers ni de mobiliser les moyens aériens nationaux », indiquait la préfecture de Savoie. Dans son dernier bilan publié mardi soir à 23 heures, elle estimait que l’incendie avait parcouru environ 30 hectares.
À quelques dizaines de kilomètres, un autre feu reste actif aux Belleville, où les reconnaissances se poursuivent après une réactivation liée au vent lundi soir. Dans le massif des Bauges, sur la commune des Déserts, les sapeurs-pompiers ont également dû déployer mardi plusieurs centaines de mètres de tuyaux pour atteindre une zone difficile d’accès et procéder au noyage durable du foyer.



Ces situations, encore inhabituelles dans les Alpes du Nord, pourraient se multiplier, alertent plusieurs études scientifiques. Jusqu’alors, ces massifs bénéficiaient de plusieurs facteurs limitant le risque incendie : un climat plus frais et plus humide, un enneigement retardant l’assèchement de la végétation et une densité humaine plus faible dans de nombreux secteurs, alors que près de 90 % des départs de feu sont d’origine humaine. Au cours des dernières décennies, les Alpes du Nord ont ainsi enregistré en moyenne 35 feux par an, contre environ 130 dans les Alpes du Sud. Selon le Groupe régional d’experts sur le climat en région Sud (GREC-SUD), il s’agissait le plus souvent d’incendies de faible intensité, couvrant moins de 10 hectares et se propageant principalement dans la litière forestière, les herbes et la végétation basse.
Pourtant, le changement climatique en cours a déjà conduit à une nette augmentation de l’indice forêt météo (IFM), utilisé pour mesurer la capacité des conditions météorologiques à favoriser le déclenchement et la propagation d’un incendie. En cause : la hausse des températures, qui accélère l’évapotranspiration des plantes, assèche davantage la végétation et réduit l’humidité des sols, rendant les forêts plus inflammables. Des hivers plus doux, des périodes de sécheresse plus longues et des épisodes de chaleur plus fréquents contribuent également à créer des conditions propices à des incendies plus rapides et plus difficiles à maîtriser.
Si l’augmentation du danger météorologique d’incendie reste plus prononcée dans les Alpes du Sud, elle est désormais bien visible à basse altitude dans les Alpes du Nord, explique le GREC-SUD, et gagne progressivement du terrain en altitude. En soixante ans, la saison propice aux incendies s’est allongée d’environ trois semaines dans le Sud et d’une semaine dans le Nord, principalement sous les 800 mètres d’altitude. Ces observations sont étayées par plusieurs travaux scientifiques, dont une étude publiée en 2017 et une autre, plus récente, parue en mars 2025, consacrée à l’évolution future du risque incendie dans l’ensemble de l’arc alpin. Leurs projections indiquent que les territoires aujourd’hui les moins exposés, dont les Alpes du Nord, pourraient connaître les plus fortes hausses relatives du risque dans les prochaines décennies.
Photo d'en-tête : Thibault Ginies- Thèmes :
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