Pousser une poussette de running dans une côte, voilà un effort qui force le respect. Mais une fois votre enfant grandi, comment lui donner envie de commencer à courir à vos côtés ? Inutile de les soudoyer à coups de bonbons ou de multiplier les récompenses. Quelques habitudes, un peu d’imagination et beaucoup de plaisir partagé suffisent souvent à les faire bondir. Voici six principes simples pour générer cette envie… et la faire durer.
Avant de partir courir avec vos enfants, gardez en tête trois alliés essentiels sur les sentiers : la patience (il en faut beaucoup), la modération (non, vous ne battrez probablement aucun record de vitesse avec un enfant de sept ans), et l’écoute, car les enfants ne perçoivent pas l’effort à la même hauteur que nous adultes.
S’il n’existe pas d’âge universel idéal pour commencer à courir, des repères généraux permettent de situer les choses. La physiologie et la maturité motrice varient fortement d’un enfant à l’autre, et les recommandations scientifiques insistent surtout sur la progressivité, le jeu et le plaisir plutôt que sur des distances ou des durées fixes. Avant cinq ans, l’activité physique doit rester quasi exclusivement basée sur le jeu libre, sans contrainte ni structure. Entre cinq et sept ans, vous pouvez introduire des jeux actifs impliquant de la course par intermittence ( un cache-cache par exemple), mais sans recherche de course continue. Entre sept et neuf ans, certains enfants peuvent progressivement enchaîner des sorties courtes, de l’ordre de 15 à 30 minutes, et ce de manière occasionnelle, à condition que l’effort reste confortable et ludique. Entre dix et douze ans, la durée peut s’allonger progressivement (20 à 40 minutes), avec une fréquence qui augmente, tout en gardant des distances modérées et en variant les activités physiques pour éviter la surcharge. À l’adolescence, à partir de 13 ans environ, les sorties peuvent devenir plus longues et plus régulières, si l’envie est présente. Ces repères restent indicatifs : ils ne remplacent ni l’observation de l’enfant, ni son plaisir de courir, qui doit toujours rester le principal indicateur.
- Commencer en douceur
Si votre objectif est, un jour, de courir cinq kilomètres avec votre enfant, inutile de chercher à l’y emmener du jour au lendemain. Comme chez les adultes, la régularité compte bien plus que l’intensité. L’idée est simple : faire du mouvement une habitude avant d’en faire un sport. Courez quelques dizaines de mètres ici ou là, avant d’enchaîner les premières vraies sorties. La course viendra lorsque votre enfant sera prêt, et c’est lui qui vous fera savoir quand ce moment sera venu.
Un bon point de départ pour débuter la course à pied avec vos enfants se trouve dans les trajets du quotidien : le chemin de la crèche ou de l’école, la montée vers le parc, une sortie à la piscine ou toute autre destination familière. Si quitter la maison peut virer à la catastrophe (un enfant manquera d’une chaussette, l’autre aura oublié son goûter et le troisième refusera de mettre son manteau), une fois la porte franchie et les pieds sur le trottoir, tout devient généralement plus fluide.
Enfin, l’effort est souvent mieux accepté lorsqu’il est fragmenté. Les enfants supportent rarement un footing continu comme les adultes, mais ils enchaînent sans difficulté un sprint, une pause, quelques minutes de marche, avant de repartir de plus belle. C’est cette alternance qui rend le mouvement naturel, presque ludique. Parcourez régulièrement le même circuit, afin qu’ils puissent mesurer leurs progrès et s’approprier une forme de routine.
- Transformer chaque sortie en terrain de jeu
Les enfants apprennent à aimer courir parce qu’ils s’amusent en courant et non pas parce qu’on leur explique que c’est bon pour la santé. La meilleure façon de les motiver ? Transformer le parcours en aventure. S’ils associent la course à pied au jeu, à l’exploration et à la liberté, ils y prendront naturellement plus de plaisir.
Cela peut prendre des formes très simples, presque triviales. Soyez créatifs ! Sur les sentiers, ponctuez la sortie d’activités ludiques (grimper sur un rocher, observer un champignon étrange, lancer des pierres dans un ruisseau), et définissez des points de repères (accélérer jusqu’à un arbre, marcher jusqu’au prochain virage, faire demi-tour au feu rouge). Si vous avez plusieurs enfants, encouragez-les à se lancer des défis ou inventez un système de points totalement imaginaire. Peu importe qu’il n’y ait rien à gagner, le jeu suffit largement.
- Rangez votre casquette de coach
Le rôle du parent est avant tout celui du soutien matériel et émotionnel, bien plus que celui d’entraîneur. Concrètement, il s’agit de gérer l’eau, le ravitaillement, prévoir des pauses, accepter de ralentir, anticiper les baisses d’énergie et surtout éviter de transformer la sortie en évaluation de performance.
Cela demande aussi d’apprendre à observer. Écouter un enfant, ce n’est pas seulement entendre ce qu’il dit. C’est regarder sa façon de courir, sa respiration, son attitude. C’est savoir faire la différence entre un « je suis fatigué » qui signifie « ralentissons », et un « je suis fatigué » qui appelle un encas et un peu de distraction. Et si votre enfant a envie de repartir avec vous la prochaine fois, c’est probablement le meilleur indicateur d’une sortie réussie.
- Gérer les moments difficiles sans dramatiser
Il y aura des larmes, des crampes, des points de côté. Des « j’en ai marre » et des « je veux rentrer ». Le temps peut se gâter, et le plaisir s’évaporer. Une mauvaise journée d’école peut aussi déborder sur la sortie. Soudain, ils détestent courir, et vous détestent de les y avoir emmenés.
Les enfants passent très vite du plaisir au découragement parce qu’ils apprennent encore à gérer leurs sensations et leurs émotions. Dans ces moments-là, mieux vaut ne pas pas y accorder trop d’importance. Marchez. Parlez d’autre chose. Grignotez un morceau. Laissez le temps agir. L’orage finira par passer généralement plus vite qu’on ne l’imagine, et une fois l’épreuve surmontée, l’enfant retrouvera souvent un second souffle qu’il ne soupçonnait pas.
De nombreux éducateurs sportifs rappellent que l’apprentissage de l’effort ne passe pas par l’absence de difficulté, mais par l’expérience répétée du fait que cette difficulté est temporaire et surmontable. L’objectif n’est évidemment pas d’ignorer une blessure ou une vraie détresse. Mais une gêne passagère n’est souvent pas une urgence. Face à une baisse de régime, inutile de dramatiser. L’idée n’est pas de céder au premier « j’en ai marre », mais d’apprendre à distinguer l’inconfort passager d’un vrai signal d’alerte. Une fois la sortie terminée, ils seront fiers d’eux, et auront appris qu’ils sont capables de dépasser des difficultés qu’ils pensaient insurmontables.
- À plusieurs, les kilomètres passent plus vite.
L’effet de groupe n’est pas à négliger. Un enfant qui traîne les pieds pour courir un kilomètre avec ses parents est souvent capable d’en parcourir trois sans s’en rendre compte dès qu’un copain est là. Si vous avez plusieurs enfants, une partie du travail est déjà faite, sinon, essayez d’organiser des sorties avec d’autres familles ou de participer à des événements locaux.
- Dites oui, même quand vous êtes fatigué
Il arrivera forcément un jour où votre enfant vous demandera d’aller courir au pire moment possible, alors que vous venez de rentrer du travail, de terminer votre propre séance de sports, et que vous n’avez qu’une envie, vous affaler sur le canapé. Pourtant, dites oui. Un enfant qui veut courir avec vous est un enfant qui vous a choisi comme partenaire. Cette invitation a une date de péremption ; alors, quand il vous le demande, allez-y.
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