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BPC-157 ou la promesse d’une récup miracle, nouvelle zone grise du dopage amateur

  • 18 juin 2026
  • 3 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

À 58 ans, l’ultramarathonien américain Cam Hanes a signé un chrono impressionnant de 2 h 39 min 11 s sur marathon, avant d’être accusé d’avoir utilisé du BPC-157, une substance inscrite sur la liste des produits interdits par l’Agence mondiale antidopage. Vendu en ligne et présenté comme une aide à la cicatrisation des tendons, des muscles et des tissus, ce peptide aux effets encore mal établis s’est imposé comme l’un des nouveaux produits à la mode dans le sport amateur, entre récupération, automédication et dopage.

Le 26 avril dernier, Cameron “Cam” Hanes, 58 ans, ultramarathonien et podcasteur, boucle le marathon d’Eugene, dans l’Oregon, en 2 h 39 min 11 s. Il remporte la catégorie masters, deux secondes devant un coureur de dix-huit ans son cadet. Une performance équivalente à un marathon en 2 h 11 chez un coureur plus jeune. Mais la belle histoire tourne court lorsque Sage Canaday, figure américaine de l’ultra-trail, accuse Hanes d’avoir utilisé du BPC-157 pendant sa préparation. À l’appui de son signalement transmis à l’USADA, l’agence américaine antidopage, Canaday cite plusieurs mentions du produit dans des contenus publiés par Hanes sur ses réseaux sociaux.

Hanes reconnaît avoir testé le BPC-157 pour récupérer. À son âge, explique-t-il, s’il existe un produit capable de l’aider à mieux encaisser l’entraînement, voire à éviter une opération, pourquoi ne pas l'essayer ? Il rappelle aussi qu’il ne court pas sous le maillot des États-Unis et qu’il ne se voit pas comme un athlète professionnel. C’est un argument que l’on entend souvent chez certains sportifs amateurs tentés par des produits interdits. De quoi rouvrir l’éternel débat sur la frontière entre médecine, récupération et dopage. Car le problème n’est pas seulement de soigner une blessure, mais de savoir à quel moment un traitement devient un moyen de repousser artificiellement les limites du corps.

Un produit pour « réparer » plus vite

Le BPC-157 n’est pas présenté comme un stimulant, ni comme une substance censée améliorer directement la puissance ou l’endurance. Il promet de réparer, de cicatriser et de remettre en état des tendons douloureux, des muscles abîmés ou des tissus qui récupèrent mal. L’argument fait mouche, notamment auprès des sportifs vieillissants, blessés ou simplement impatients de reprendre. En ultra, une blessure est souvent synonyme d’arrêt pour quelques semaines, voire plus, d’objectif revu, parfois abandonné. Pour un coureur très investi, surtout passé un certain âge, la promesse d’une récupération accélérée peut vite devenir tentante.

Le BPC-157 appartient à la famille des peptides. Pour simplifier, un peptide est une petite chaîne d’acides aminés, éléments qui composent aussi les protéines. Le corps en produit naturellement, et certains servent de messagers entre les cellules. Mais d’autres peptides sont fabriqués en laboratoire. C’est le cas du BPC-157, aujourd’hui vendu en ligne dans les milieux du fitness, du biohacking et de la récupération sportive, avec des promesses souvent bien plus larges que ce que la science permet réellement d’affirmer.

Les arguments mis en avant reposent surtout sur des travaux expérimentaux, en laboratoire ou chez l’animal. Ces études peuvent ouvrir des pistes, mais elles ne suffisent pas à prouver que le produit fonctionne, ni qu’il est sans risque chez l’humain. Le BPC-157 s’appuie donc sur assez de données pour paraître crédible, sans disposer pour autant d’une véritable validation médicale.

La récup fait partie de la performance

La frontière est d’autant plus floue que la récupération fait pleinement partie de la performance. Récupérer mieux, c’est pouvoir s’entraîner davantage. Revenir plus vite d’une douleur, c’est maintenir sa charge de travail. Chez les masters, mieux encaisser les semaines difficiles peut aussi permettre de conserver une régularité que l’âge ou les blessures finissent souvent par entamer.

Un produit présenté comme une simple aide à la cicatrisation apparaît donc aussi comme une aide à la performance. Pas forcément parce qu’il rendrait plus rapide le jour de la course, mais parce qu’il permettrait d’arriver sur la ligne de départ avec plus d’entraînement dans les jambes, moins d’interruptions et plus de continuité. Le BPC-157 brouille ainsi les cartes, puisqu’il endosse à la fois un rôle de soin, de prévention et de longévité sportive. On ne parle plus de tricher, mais de se maintenir en forme. Pour beaucoup d’amateurs, la justification est toute trouvée.

Facile à trouver, difficile à contrôler

Le dopage amateur n’a rien de nouveau. Il y a longtemps que certains sont prêts à jouer avec les règles, parfois avec leur santé, pour gagner une catégorie d’âge, une course locale ou poser leur nom sur un segment Strava. Ce qui change avec des produits comme le BPC-157, c’est le discours qui l’accompagne. C’est aussi ce qui rend son usage plus facile à justifier. Le coureur ne se raconte pas forcément qu’il triche.

La question du BPC-157 ne se limite pas au règlement antidopage. Elle est aussi sanitaire. Acheter ce type de produit hors cadre médical, c’est prendre un risque difficile à mesurer. Le dosage, la pureté, les conditions de fabrication, les contaminations possibles ou la stérilité, lorsqu’il s’agit d’injections, ne sont pas toujours vérifiables. Le coureur pense acheter une solution de récupération. Il achète aussi un produit dont il ne maîtrise ni l’origine, ni la qualité, ni les effets à long terme.

Le BPC-157 ne sera sans doute pas la dernière substance à apparaître dans cette zone grise. D’autres peptides circulent déjà dans les conversations autour de la performance, de l’anti-âge ou du retour de blessure. Le dopage amateur n’a pas changé de nature. Il a seulement trouvé un visage plus présentable.

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