Dons d’argent, matériel, collectes, volontaires… depuis la catastrophe qui a frappé le Népal le 26 août, les propositions d’aide affluent. Mais dans un pays où les recherches se poursuivent et où l’accès aux zones sinistrées reste extrêmement difficile, une aide mal coordonnée peut aussi compliquer les opérations. Le gouvernement népalais a donc mis en place un système centralisé pour organiser les secours et les dons. Sur le terrain, certains professionnels du trekking appellent même à attendre avant d’envoyer de l’argent. Alors comment aider sans ajouter de la confusion à une situation déjà extrêmement complexe ?
De quoi les victimes ont-elles besoin en priorité ?
Les besoins sont immenses et vont évoluer rapidement. Des habitations ont été détruites, des villages isolés, des routes et des ponts emportés et des installations hydroélectriques endommagées. Selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), environ 93 000 personnes pourraient avoir été affectées. Les difficultés d’accès empêchent encore d’évaluer précisément l’ampleur des besoins. Les premières priorités restent celles de l’urgence : retrouver les disparus, évacuer les personnes isolées, soigner les blessés et assurer aux sinistrés un accès à l’eau, à la nourriture et à un hébergement temporaire. La Croix-Rouge népalaise distribue déjà notamment nourriture, eau, bâches, couvertures, kits de premiers secours et matériel d’urgence. Les autorités népalaises ont parallèlement instauré une « one-door policy », destinée à centraliser la collecte et la distribution de l’aide et à éviter que les initiatives se multiplient sans coordination.
Argent ou matériel : comment fonctionne la « one-door policy » ?
Le système s’applique aux particuliers, entreprises, organismes donateurs et organisations internationales souhaitant apporter une aide financière ou matérielle. Son objectif est de limiter les irrégularités et de coordonner la distribution de l’aide. Pour les contributions financières, le gouvernement renvoie vers le Prime Minister’s Disaster Relief Fund. Le ministère népalais des Affaires étrangères appelle officiellement aux contributions.
Pour les donateurs internationaux, la mission permanente du Népal auprès des Nations unies à Genève a également publié les coordonnées bancaires officielles du fonds ainsi qu’un dispositif permettant de contribuer par carte.
« N’envoyez pas d’argent maintenant » : pourquoi Anil Adhikari appelle-t-il à attendre ?
Cette politique officielle n’empêche pas certains acteurs népalais directement confrontés à la catastrophe d’appeler à la prudence. Anil J. Adhikari, directeur de Glorious Eco Trek Nepal, avec lequel Outside est en contact depuis la catastrophe et dont deux guides sont toujours portés disparus, nous a expressément demandé de ne pas mettre en avant les dons pour le moment. Le pays est encore, explique-t-il, dans le temps du deuil, des recherches et des secours. Et lorsqu’une aide financière est envoyée, précise-t-il, elle doit passer directement par le fonds gouvernemental destiné aux victimes de la catastrophe. Son message ne signifie donc pas que le Népal refuse l’aide financière. Le gouvernement appelle au contraire officiellement aux contributions. Mais l’avertissement d’Anil Adhikari incite à ne pas multiplier dans l’urgence les collectes privées et les appels aux dons parallèles.
Où donner si l’on souhaite aider financièrement ?
Le canal gouvernemental est le Prime Minister’s Disaster Relief Fund. Pour un donateur situé en France, la règle la plus simple est donc de ne pas utiliser une cagnotte apparue sur les réseaux sociaux, de ne pas transférer d’argent sur le compte personnel d’un guide, d’un particulier ou d’un intermédiaire sans en avoir vérifié l’identité et la destination et de contrôler les coordonnées du fonds sur un site officiel.
Il existe également une autre possibilité : passer par une grande organisation humanitaire déjà engagée sur le terrain. L’IFRC a lancé le 27 août un appel d’urgence de 25 millions de francs suisses, après avoir débloqué près d’un million de francs suisses de fonds d’urgence pour soutenir l’action immédiate de la Croix-Rouge népalaise. L’appel doit financer pendant 24 mois l’hébergement, les aides financières directes, les soins, les biens de première nécessité, l’eau, l’assainissement et l’hygiène, le soutien psychosocial et le rétablissement des liens familiaux. Une prudence d’autant plus justifiée que la police népalaise a déjà alerté sur les escroqueries liées à la catastrophe : faux QR codes imitant ceux du gouvernement, faux comptes et cagnottes, demandes de versements sur des comptes personnels ou des portefeuilles électroniques et pages frauduleuses créées sur les réseaux sociaux.
Peut-on envoyer directement des vêtements, des tentes ou du matériel ?
Là encore, mieux vaut éviter les expéditions individuelles non sollicitées. Le gouvernement népalais demande que l’aide matérielle soit elle aussi intégrée à son système centralisé. La « one-door policy » concerne aussi bien les contributions financières que les dons en nature. Des points de collecte officiels ont été établis, notamment à l’aéroport international de Katmandou pour l’aide arrivant de l’étranger, ainsi que dans les districts de Nuwakot et de Dhading. Les dons matériels peuvent également être coordonnés avec les autorités locales. La Croix-Rouge népalaise distribue déjà sur le terrain des bâches, couvertures, kits de premiers secours, matériel d’urgence, eau et nourriture, tandis que l’IFRC précise que les besoins vont continuer d’évoluer à mesure que les équipes atteindront les secteurs encore isolés.
Pour résumer : ne pas expédier spontanément du matériel au Népal sans savoir quelle organisation le réceptionnera et comment il sera acheminé jusqu’aux victimes.
Guides, médecins, secouristes : faut-il partir aider sur place ?
Pas de sa propre initiative. Les autorités népalaises contrôlent les opérations dans les zones sinistrées et n’ont, à ce stade, pas autorisé le déploiement des équipes étrangères de recherche et de sauvetage proposées par plusieurs pays. Une aide internationale humanitaire, matérielle et financière reste en revanche sollicitée.
Et les associations françaises ?
Plusieurs organisations françaises suivent la situation et certaines étudient la possibilité d’une intervention. Là encore, il faut distinguer une mobilisation envisagée d’un déploiement effectivement autorisé.
Deux organisations françaises spécialisées dans les secours, SOLIFE et Pompiers de l’Urgence Internationale, ont par exemple étudié la possibilité d’apporter du matériel d’urgence et de mettre leurs compétences à disposition. Elles ont cherché à coordonner cette éventuelle intervention avec l’ambassade de France et les autorités népalaises avant tout acheminement.
Quatre Français recherchés : pourquoi nous ne publions pas leurs noms
Dans son point officiel du vendredi 28 août à 15 h 30, heure népalaise, le ministère népalais des Affaires étrangères faisait état de quatre ressortissants français parmi les centaines de ressortissants étrangers recherchés Ces chiffres restent provisoires et peuvent évoluer à tout moment. Outside dispose, par l’intermédiaire de ses contacts au Népal, des noms de trois personnes susceptibles de faire partie de ces quatre Français recherchés. Nous avons choisi de ne pas les publier à ce stade. Ces informations nous parviennent dans une situation extrêmement mouvante, où l’absence de réseau et les difficultés d’accès peuvent suffire à rendre une personne injoignable. Disposer d’un nom transmis par une source locale ne permet pas d’établir avec certitude le sort de cette personne. Cette précaution rejoint celle des autorités népalaises. Le ministère des Affaires étrangères demande de ne pas diffuser d’informations non vérifiées concernant les ressortissants étrangers et de s’en remettre aux canaux officiels. Il a créé une cellule d’urgence spécifiquement chargée de centraliser les informations, leur vérification et l’assistance consulaire concernant les étrangers affectés ou portés disparus.
Côté français, le Quai d’Orsay ne donne pour l’instant pas de chiffre précis. Dans son communiqué du 27 août, il indique être « sans nouvelle de plusieurs Français » et précise être en contact avec leurs familles. Les équipes du ministère et des ambassades de France au Népal et en Chine travaillent avec les autorités locales pour les localiser.
Comment signaler une personne disparue ?
Pour les ressortissants étrangers, le ministère népalais des Affaires étrangères a créé une Emergency Response Team,chargée de centraliser les informations, de les vérifier et de coordonner l’assistance consulaire.
Pour un Français, le premier interlocuteur doit rester l’ambassade de France au Népal. France Diplomatie invite les proches de ressortissants français présents dans les régions touchées à la contacter :
Téléphone fixe : +977 (1) 4 51 23 32
Portable : +977 980 101 7201
E-mail : admin-francais.katmandou-amba@diplomatie.gouv.fr
Le Quai d’Orsay rappelle également l’intérêt, pour les voyageurs français, de s’inscrire sur le Fil d’Ariane, qui permet aux autorités françaises de contacter les personnes présentes dans une zone de crise.
Photo d'en-tête : Langtang Valley, Nepal- Thèmes :
- Drame
- Environnement
- Himalaya
- Népal
