Charlie Dalin révélait souvent ses avaries une fois qu’elles étaient réparées. Il aura longtemps fait de même avec la maladie. Atteint depuis deux ans d’un cancer stromal gastro-intestinal, le vainqueur du Vendée Globe 2024-2025 avait bouclé son tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance, avant d’avouer, une fois revenu à terre, l’ampleur du combat qu’il menait loin des caméras. Le navigateur normand s’est éteint à Quimper le 11 juin, à 42 ans.
En 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes, Charlie Dalin avait bouclé le Vendée Globe plus vite qu’aucun marin avant lui, effaçant de plus de neuf jours le temps de référence établi par Armel Le Cléac’h en 2017. Mais derrière ce record, le navigateur normand affrontait d’autres vents contraires, dont peu connaissaient l’ampleur. La maladie s’était invitée dans la vie de Charlie Dalin à la fin de l’année 2023, tout juste un an avant le départ du Vendée Globe et l’une des saisons les plus importantes de sa carrière. Un diagnostic qu’il avait tenu à garder secret, partagé seulement avec sa famille et quelques proches.
L’épreuve, pourtant, ne l’avait pas détourné de son objectif. Elle semblait même avoir renforcé sa détermination à reprendre le départ du Vendée Globe, d’autant que Charlie Dalin portait depuis quatre ans un sentiment d’inachevé. Premier à franchir la ligne d’arrivée de l’édition 2020-2021, il avait finalement dû céder la victoire à Yannick Bestaven après l’attribution d’une compensation de temps à plusieurs navigateurs partis porter secours à un concurrent en difficulté au large du cap de Bonne-Espérance. La victoire lui avait alors échappé pour seulement 2 h 30, après plus de 80 jours de course. Un dénouement qui l’avait longtemps hanté. « Forcément, je me réveillais la nuit pour trouver les minutes qui m’ont manqué dans tel changement de voile, telle manœuvre, tel choix que j’ai pu faire », confiait-il au Monde une fois revenu à terre.
Quatre ans plus tard, Charlie Dalin avait fini par refermer cette parenthèse restée ouverte. Le 14 janvier 2025, il bouclait son tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance, au terme de ce qu’il qualifiera de « plus belle arrivée de toute ma carrière ».
Une maladie révélée deux ans après le diagnostic
Neuf mois après son arrivée, en octobre 2025, le skipper levait le voile sur la maladie dans La Force du destin, paru aux éditions Gallimard. « J’ai finalement choisi, comme je le fais quand je subis une avarie en course, d’en parler une fois le problème réglé. Malheureusement, il ne l’est toujours pas. » Lui qui, sur l’eau, disait « ne plus trop penser au cancer », avalait chaque jour les comprimés de sa thérapie ciblée par voie orale. À bord, il composait avec les conditions de mer, mais aussi avec les douleurs provoquées par une tumeur « de la taille d’un pamplemousse », collée à son intestin grêle.
Dans son livre, il raconte la découverte de cet intrus, cinq jours avant le départ de la Transat Jacques Vabre 2023, lorsqu’un scanner pratiqué en urgence révèle la tumeur. Il avait finalement dû renoncer à la course. Fin avril 2024, il prend pourtant le départ de la Transat CIC, l’ex-Transat anglaise reliant Lorient à New York, où il se classe quatrième. « Ma pire performance depuis 2019 et mes débuts en IMOCA. Du Groenland jusqu’à New York, je connais une fatigue comme je n’en avais jamais ressenti », racontait-il au Monde lors de la parution de l’ouvrage. Quelques mois plus tard, il remportait pourtant la New York Vendée-Les Sables-d’Olonne, l’une des courses qualificatives pour la 10e édition du Vendée Globe. « Une énorme victoire contre ma maladie et la validation d’une nouvelle façon de naviguer », écrit-il.
Le 10 novembre 2024, Charlie Dalin s’élançait sur le Vendée Globe avec la même détermination. Soixante-quatre jours plus tard, il signait le plus grand exploit de sa carrière en remportant enfin l’épreuve qui lui avait échappé quatre ans plus tôt.
Dans le grand bain dès l’enfance
Né au Havre, Charlie Dalin découvre la voile à six ans et entre très tôt dans le jeu de la compétition. Il choisit rapidement d’en faire sa vie, tout en se formant à l’architecture navale à l’Université de Southampton, au Royaume-Uni, une double culture qui nourrira durablement sa manière de naviguer. Marin de haut niveau, mais aussi technicien attentif aux formes, aux choix de conception et aux équilibres d’un bateau, il poursuit en parallèle son apprentissage de la course au large.
À partir de 2011, Charlie Dalin intègre le pôle Finistère Course au large de Port-la-Forêt et s’installe sur le circuit Figaro, cette école exigeante où se forment les marins de la course au large. Il y gagne peu à peu sa place parmi les plus réguliers, avec notamment cinq podiums sur la Solitaire du Figaro. Son palmarès s’étoffe ensuite sur les transatlantiques, avec une victoire dans la Transat AG2R 2012 aux côtés de Gildas Morvan, puis dans la Transat Jacques-Vabre 2019 avec Yann Eliès, en IMOCA. Autant d’années de navigation, de réglages et de courses au contact qui le conduiront vers son premier Vendée Globe, en 2020-2021.
Après son sacre sur le Vendée Globe 2024-2025, le skipper reste étroitement lié au projet Macif Santé Prévoyance. Tout en poursuivant son traitement contre son cancer, Charlie Dalin continue d’accompagner l’équipe dans la préparation du nouvel Imoca 60, transmettant son expérience aux équipes techniques et à son successeur désigné, le Franco-Britannique Sam Goodchild, qui concourt actuellement sur le Macif du défunt sur la Vendée Arctique. En tête de course, ce dernier pourrait lui offrir une ultime victoire symbolique.
Après son sacre sur le Vendée Globe 2024-2025, Charlie Dalin était resté étroitement lié au projet Macif Santé Prévoyance. Tout en poursuivant son traitement, il continuait d’accompagner l’équipe dans la préparation du nouvel Imoca 60, transmettant son expérience aux équipes techniques comme à son successeur désigné, le Franco-Britannique Sam Goodchild. Engagé sur la Vendée Arctique à bord du bateau avec lequel Dalin avait remporté son tour du monde. En tête de course, ce dernier pourrait lui offrir un ultime hommage.
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se succèdent, bien au-delà des pontons de la course au large. « Bon vent, mon ami », a écrit Yoann Richomme, compagnon de route de longue date, rencontré sur les bancs de l’université de Southampton. « Je suis admiratif de ta persévérance et de ton optimisme jusque dans les derniers jours. »
Armel Le Cléac’h, dont Charlie Dalin avait effacé le temps de référence sur le Vendée Globe, lui a lui aussi rendu hommage. « Une légende de la voile nous quitte beaucoup trop tôt. Charlie était un marin et un homme exceptionnel, animé par une intelligence rare, un sens du travail hors norme et une détermination sans faille. Il s’est battu jusqu’au bout avec courage et dignité. »
Charlie Dalin laisse derrière lui son épouse, Perrine, et leur fils, Oscar.
Photo d'en-tête : Jean-Louis Carli / Alea / Vendée Globe- Thèmes :
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